Cette fresque d'une partie de l'histoire arménienne au 20ème siècle est beaucoup trop didactique, avec un manque cruel de passion pour nous captiver. Cette absence d'émotion était déjà une faiblesse dans "l'armée du crime" du même Robert Guédiguian mais celui-ci traitant de notre propre histoire, il était plus facile de s'en accommoder. Le prologue en 2021, tourné en noir et blanc, est finalement le passage le plus instructif, avec le procés à Berlin de Soghomon Thelirian (Robinson Stevenin) pour avoir assassiné le bourreau de son peuple Talaat Pacha. La suite souffre de trop de longueurs, avec une difficulté à faire le lien entre le génocide de 1915 et les divers attentats en Europe, survolés, ou les opérations à Beyrouth deux générations après (pourquoi et contre qui?). Quant au personnage de Gilles (Grégoire Leprince-Ringuet), victime collatérale d'un de ces attentat, il n'a aucun sens, si ce n'est servir de caution pour faire adhérer à la cause arménienne (vu que lui même va chercher à comprendre puis pardonner, c'est bien parce que la cause est juste) et ses actions manquent de vraisemblance (la rencontre improbable au Liban avec celui qui l'a mutilé, le fait qu'il s'installe chez sa famille...). Bref un film qui a le mérite d'exister et de dégrossir l'histoire méconnue de ce pays mais qui pêche dans la forme.
Bouleversant, une histoire d'Hommes dans la grande Histoire, celle du génocide des arméniens. Ce n'est pas un film à grand spectacle qui a pour but de détendre. Mais comment peut-il en être autrement tant le sujet est grave. Non, c'est un film engagé qui nous montre combien est difficile le chemin de ce peuple pour faire reconnaître leur Histoire. Le mélange d'une fiction tirée d'un roman, nous enseigne mieux qu'un documentaire historique que nous oublierions assez rapidement. Ce film ne peut pas s'oublier. Pour les hésitants, il a été exposé au festival de Cannes en hors compétition. Je vous le recommande chaudement pour sa dimension documentaire sur le génocide arménien et aussi pour la fiction comme moyen de nous faire comprendre combien cette cause est difficile: le pot de terre -L'Arménie- contre le pot de fer - la Turquie- ce qui a conduit une minorité aux actions violentes contre des turques. De nouvelles victimes... Une mention toute particulière pour la qualité des acteurs et les prises de vues saisissantes de réalisme.
Le génocide arménien est un thème compliqué à aborder. Certains tentent d’exposer des faits, d’exposer une période historique, alors que d’autres prennent un réel parti pris et défendent des idées, qu’elles soient arméniennes ou turques. Une histoire de fou est le second long-métrage de Robert Guédiguian portant sur ce génocide, après Le voyage en Arménie, véritable quête des origines du réalisateur.
La force du film de Robert Guédiguian réside dans sa narration. Une histoire de fou débute et nous voilà plongés dans un long-métrage en noir et blanc. On comprendra très rapidement qu’il s’agit de faits historiques reconstitués : l’assassinat de Talaat Pacha, reconnu comme l’un des principaux organisateurs du génocide arménien, par Soghomon Tehlirian (interprété par Robinson Stévenin). S’en suit un procès, mais pas n’importe lequel. Le procès qui permettra de rendre justice aux arméniens. Toutefois, la suite du film indique clairement que ces derniers n’ont pas pour désir d’en rester là, et qu’une rébellion continue à se construire, afin d’aller plus loin. Cette différenciation, Robert Guédiguian l’indique par le retour à la couleur, et le spectateur s’immisce dans la vie d’un couple, celui interprété par Ariane Ascaride et Simon Abkarian, accompagné de leur fille, et de leur fils, Aram, qui considère nécessaire le fait de prendre les armes, et de continuer la lutte.
Servi par des comédiens touchants et justes, avec en toile de fond, l’histoire du combat pour la reconnaissance du génocide arménien, le film raconte la rencontre entre un activiste arménien, sa famille et une victime innocente d’un attentat.
Le film est construit comme une dissertation et problématise plusieurs questions en confrontant les points de vue. C’est très intéressant, Guédiguian fait des analyses très fines. L’émotion est tout de même présente.
La justesse de la cause justifie-t-elle les moyens utilisés, dont la violence ? Jusqu’à quel degré la violence est-elle possible ?
Le bourreau et sa victime : à quelles conditions justifier la vengeance ? Comment tourner la page, comment pardonner, à condition que ce soit possible ?
Des images touchantes de l’Arménie d’aujourd’hui avec une sublime église.
Nous avons vu ce film en avant-première à Martigues. Ce film est un véritable chef d’œuvre, nous avons été transportés pendant plus de 2h20 dans une problématique qui malheureusement est atemporelle. Entre devoir de mémoire, éthique de conviction, une histoire douloureuse mais aussi pleine d'espoir. Un film à voir qui résonne autant pour ceux qui ont des origines arméniennes tout comme moi que pour ceux qui voudraient comprendre ce génocide et ses répercussions à travers l'histoire. Comment savoir si une cause est juste? quels en sont les dommages collatéraux? comment vivre avec cela? autant de question à se poser mais je ne vous en dis pas plus allez voir ce film !!
J'ai l'impression d'avoir visionné le Mein Kampf arménien, avec en introduction le procès victorieux de Soghomon Tehlirian sur le responsable turc du génocide d'un million et demi de civils en terre Ottomane... Ensuite, nous avons la jeunesse arménienne qui continue le combat, tient cela fait penser à la jeunesse hitlerienne, qui va perpétrer un attentat sur l'ambassadeur turc en France... Et pour finir, nous suivons la victime de cet attentat qui se prénomme Gilles, très mauvaisement joué par Grégoire Leprince-Ringuet, ainsi que la famille de l'assaillant qui essaie de survivre à ce qu'à fait leur fils. Le seul réconfort d'une histoire de fou restera l'émotion que procure les parents. Pour le reste, il y a trop d'erreurs, comme la référence à Dark Vador alors qu'en l'année où est sensé se passer le film, on ne savait toujours pas pour les jambes de Vador... Bref ! Un film qui impose une idéologie insoutenable avec une troisième partie beaucoup trop longue.
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4,5
Publiée le 18 octobre 2020
Une Histoire de Fou est l'un des films sur le génocide arménien comme racine des sentiments et du combat et pour découvrir l'autre en tant que partie de soi. Un film sur le terrorisme au premier ou sur un héritage sacré. L'équilibre est significatif dans le cas de ce film et la performance admirable d'Ariane Ascaride en est le meilleur exemple car de manière inspirée elle donne un portrait des événements. Mais c'est d'abord l'image des états d'âme dans différentes situations sur des nobles idées et les moyens d'imposer un idéal sur le crime et sur la famille et sur un accident qui change tout. C'est l'un des films pour se souvenir ou découvrir pas seulement une tragédie nationale mais la manière délicate et précise de la présenter au niveau de la vie quotidienne personnelle. Robert Guédiguian a fait un très bon film...
Un film appliqué, mais qui s'avère un peu long. Peut être trop explicatif...Je pense que sur le sujet, je préfère un documentaire. Le film a le mérite de traité le génocide, sa mémoire et les hommes qui en souffrent encore.
Les guerres ne finissent jamais ; en se transmettant aux générations postérieures, elles deviennent privées ; alors, les descendants des victimes se transforment en bourreaux qui détruisent non seulement des innocents étrangers à leurs combats mais aussi les leurs ; eux-mêmes perdent leur humanité. Tel est le message de ce film remarquablement interprété et réalisé, sans artifices, d’autant plus noir qu’il est projeté à un moment dramatique de notre histoire. Il aurait mérité de se terminer sans le mélo (« note d’espoir ») dont Guedigian ne sait pas se dispenser. Note personnelle d’humour très très noir : écouter France GALL présente des risques.
Ce film de Robert Guédiguian méritait de bien meilleures critiques tant sa construction est réussie et son cheminement excellent. En adaptant un roman, le réalisateur nous rappelle non seulement des faits historiques mais comment ne pas penser à tout ce qui agite notre monde actuellement ? Le génocide arménien et la lutte menée par ceux qui restent et leurs descendants n'autorise pas tout. Cela, le film le montre très bien, sans pathos, sans larmoiement. Robinson Stevenin, Simon Abkarian, Ariane Ascaride, Syrus Shahidi et surtout Grégoire Leprince-Ringuet sont parfaits dans leur rôle et je ne peux conseiller d'aller voir ce film car Robert Guédiguian ne déçoit jamais.
Le film peut sembler un peu raide, un peu factice, mais c'est sans doute lié à l'inconfort légitime qu'il déploie sur la question de la violence politique (aucun romantisme ici de l'acte terroriste) - notamment à travers un Grégoire Leprince-Ringuet littéralement bancal de bout au bout (au propre comme au figuré). Cette mise à distance raisonnable laisse la place à Guédiguian de déployer ce qu'il fait le mieux - faire raisonner dans une modeste épicerie arménienne de Marseille l'horreur de la violence historique, une "histoire de fou" qu'un Simon Abkarian incarne splendidement, dans tous ses paradoxes, à hauteur d'homme.
Non seulement une évocation historique magistrale mais aussi une réflexion particulièrement utile de nos jours sur le terrorisme. Le film commence par l'assassinat du responsable turc du génocide arménien par un jeune survivant; les scènes sont en noir et blanc et le récit est traité avec sobriété et dignité. En 1921, on peine presque à le croire, un jury populaire allemand disculpe l'accusé, persuadé qu'il est d'être en face d'un "crime juste". Plusieurs décennies plus tard, un jeune arménien français qui baigne dans le culte de ce grand modèle et qu'on entretient dans la haine de l'ennemi et le désir de vengeance va se laisser entraîner dans la spirale terroriste. Dès son premier acte, bien loin de la lumière qui éclaire l'acte du héros fondateur, il plonge dans les ténèbres et l'horreur des "mains sales"; car dans l'explosion qu'il déclenche pour tuer l'ambassadeur de Turquie, un jeune cycliste perd l'usage de ses deux jambes; dans les camps d'entraînement il essaie ensuite de se plier à cette monstruosité qui se moque, plus même, qui compte sur la disparition massive de ces victimes innocentes pour faire triompher la cause. Il n'y parviendra pas et s'enfuira. En quête de pardon, il rencontrera sa victime qui elle, de son côté, a fait le chemin qui l'a conduit de l'indifférence, de la révolte à une compréhension qui est une forme de salut. C'est grand, c'est terrible, c'est riche d'une puissante émotion. Ce n'est pas une Histoire de fou, mais d'hommes confrontés à eux-mêmes dans la tragédie que le Mal fait surgir sur leur chemin et où ils ont le choix d'être forts ou faibles, héroïques ou monstrueux.
un peu décevant à mon gout, car même si l'intérêt historique et politique est présent, la mise en scène est assez conventionnelle et les situations très attendues. On retrouve une fois de plus Ariane Ascaride en mère courage passionnée, le son des cigales dans la bonne ville de Marseille, bref du Guédiguian traditionnel. sans surprise mais pas (trop) ennuyeux.