Le mérite de Kornel Mundruczo est de se soustraire aux clichés du film animalier ou de jeunesse tout en métaphorisant son propos et en filmant de manière remarquable les animaux en mouvement. Inspiré par plusieurs films de John Carpenter (They live, New York 1997) ou du Survivant (pour la ville abandonnée), des Oiseaux (pour les scènes de massacre et la musique) et de White dog de Samuel Fuller pour le propos du poids du passé sur le comportement présent, White god marque par la force des ses scènes de poursuite dans une ville de Budapest, joliment filmée et abandonnée en humains. De plus, le cinéaste a d'autant plus de mérite d'éviter le champ contre champ, souvent simple facilité de mise en scène. Le film fonctionne sur la relation entre deux "paumés" : une jeune préadolescente, superbe Zsófia Psotta, victime du divorce de ses parents avec un père au départ médiocre mais dont les qualités se dévoileront à la fin, et un chien dont le douloureux trajet initiatique marquera longtemps. Comme le dit un dresseur, il n'est pas un vrai chien ! Le cinéphile pourra voir ce qu'il souhaite dans cette métaphore (l'intégration d'autres populations (Roms ?, la Shoah...) mais il n'en oublie pas l'émotion. Le film utilise bien le registre du suspens. Ainsi, la caméra dont dont reprochera un temps les tremblements, se place en position subjective. A place du chien, un temps. Puis, tel un thriller, nous ne voyons que les pattes du chien! Reste la problématique de la musique (bel habillage sonore du film). La musique adoucit-elle les moeurs ? personne ne pourra oublier cette ultime scène, troublante et très humaine. Moralité du propos : pour la compréhension réciproque entre les être humains ne faut-il pas être capable de se mettre au niveau de chacun, de prendre leur place ? Commencé à 100 à l'heure par la meute de chien, le film a ensuite ses lenteurs et quelques scènes inutiles qui nuisent au récit (le passage de la teuf, raté, personnage du grand jeune homme...) Commencé en mélo triste (la fillette couchant dans la salle de bain avec son chien, l'abandon sur la route qui évoque AI de Spielberg, les deux vaches), le dernier 1/3 est vraiment sublime : tension, suspense, sens du rythme... Une oeuvre imparfaite qui se prête à l'intertextualité mais très troublante qui ne se laissera pas facilement oubliée.