Chronique sociale d'une extrême intensité. Un témoignage poignant, sans sensiblerie excessive quoique la démonstration soit appuyée par un drame dans une courte scène. De quoi faire réfléchir ! Sur le fond du propos, on adhère vite à la fougue de ces cinq jeunes filles. Peut-être pas si indomptables que ça comme l'évoque le titre ? Car, somme toute, elles respectent les règles, les interdits ou du moins tentent de faire au mieux avec sans vouloir toutefois se priver d'un espace de liberté dont, force est de constater, qu'elles n'abusent pas. Et c'est là qu'est le sujet. La démonstration évite même de porter un jugement trop sévère sur la société turque. Une société (conservatrice et rurale ici mais un dans milieu social favorisé et éduqué) dont on nous permet de penser qu'elle a en elle les germes qui finiront par la faire bouger ainsi que le révèlent les appuis, parfois inattendus, dont les héroïnes bénéficieront. Applaudissements des spectateurs à la fin. Et une bande musicale d'une beauté rare, tout à fait adaptée au propos et en phase avec les émotions distillées.
Un film qui raconte l'histoire de cinq soeurs à la découverte de la vie et de l'amour dans un petit village de Turquie. Alors séquestrées et en proies aux traditions conservatrices, le film devient alors un teen movie, récit de tentatives d'évasions. Une dénonciation de la féminité opprimée par la culture machiste, un plaidoyer pour la liberté et l'indépendance. Un 1er film qui dégage une belle énergie et mis en scène avec une touchante simplicité.
(...) Il est bien évidemment question d’émancipation, et le rapport à la sexualité est habilement mis en scène par la réalisatrice, et ce sous toutes ses formes. Les cinq sœurs démontrant d’ailleurs cinq aberrations différentes des conditions féminines sur ce point. Mais là où « Mustang » ne porte pas pleinement l’étendard féministe pur et dur, c’est dans la finesse, l’énergie et la rébellion justifiée des cinq sœurs à résister, à exister en tant que filles, dans un mode où l’homme cloisonne physiquement et moralement les femmes. Il y a une réelle scission entre le fond et la forme quand la beauté des décors, de la photo, des cinq sœurs répond à la dureté de leur cadre de vie. La réalisatrice maîtrise alors un vrai langage cinématographique, si il n’est pas nouveau, s’avère être d’un esthétisme gracieux. (...) Le casting finement composé, semble avoir des airs de « Virgin Suicides » quand la beauté des 5 filles, leur douceur, et parfois un humour bienvenu, répond à une certaine horreur morale. « Mustang » est une petite pépite subtile, qui débute dans le réel pour finir dans l’espoir d’un onirisme positif, là où les traditions dépassées, peuvent être dénoncées, par dans élans de grâce et de poésie. Au grand galop, porté par la musique de Warren Ellis toujours aussi enchanteur, les cinq sœurs restent finalement le symbole de tout un discours salvateur. Vif, beau et réussit, « Mustang » surprend autant qu’il touche. Au-delà des traditions, reste les émotions.
« Mustang » est traversé par une belle force émotionnelle. Des nombreux thèmes traités, pratique religieuse extrême, émancipation, poids des traditions, inceste, hypocrisie… Deniz Gamze Ergüven vient pondérer son propos, n’accablant et ne s’apitoyant pas, il veut au contraire diffuser un vrai message d’espoir. C’est efficace et bien écrit et le film se révèle nécessaire par sa gravité, mais également par sa beauté formelle. Bien sur, l’ombre de « Virgin suicide » pèse un peu sur l’ensemble. Cela vient un peu pondérer un enthousiasme qui aurait pu être débordant tant les deux films semblent jumeaux par continents interposés. Il n’en reste pas moins que ces sœurs aux destins si marqués ne manqueront pas de toucher un large public d’autant que leur interprétation est parfaite. Pour ma part, même si je trouve le film extrêmement bien fait, je suis un peu passé à côté, un peu trop figé et prévisible sans doute.
On ne peut s'empêcher de penser à "Virgin suicide" en voyant "Mustang" tant les thématiques principales en sont proches. Le film est bon mais pas parfait - j'ai tiqué quelques fois sur certains éléments du scénario un peu grossiers -, et même s'il n'est pas très long il souffre d'une certaine répétitivité. Ceci dit l'histoire est poignante et les jeunes actrices ont beaucoup de prestance, la réalisation est propre, ce qui fait que j'ai quand même bien apprécié le film.
Certes la dénonciation des mariages forcés et plus globalement de la place des femmes dans ces sociétés patriarcales mérite notre attention, mais un message fort n'implique pas un film réussi. L'ombre de Virgin Suicides plane de toute sa grâce sur ce long-métrage qui par ses facilités et ses personnages stéréotypés ne nous permet pas d'éprouver de l'empathie pour ces jeunes femmes au sort néanmoins révoltant. Une satire qui manque de sel.
Virgin Suicide à 1000 Km d'Istanbul. J'aurai aimé mieux, le potentiel était là mais Mustang restera un film puissant qui se sabote lui-même par manque de foi dans le cinéma. Alors que je m'attendais à une oeuvre aussi difficile à appréhender qu'un cheval sauvage (mon dernier long métrage turque était Winter Sleep...) c'est finalement ses facilités et sa peur constante d'ennuyer qui m'a déçue. Mustang traite certes d'un sujet puissant, le poids des traditions et le patriarcat dans la Turquie reculée mais il est traité dans sa forme avec les mêmes défauts que les films occidentaux caricaturaux. D'abord dans le choix de ses actrices, 5 mannequins aux visages parfaits et auxquelles pas un bourrelet ne dépassent de leur chemises trempées dans une scène d'ouverture qui tient plus du conte ou d'un high School Musical que d'un film social. Même si j'aurais aimé des morphotypes moins stéréotypés, le problème n'est pas tant d'exhiber la plastique parfaite de ces ado mais plutôt de ne pas prendre la peine de leur donner une personnalité. Même dans ce film résolument féministe il y a un arrière goût de male gaze qui m'a gêné. Ces femmes ne sont que des corps indissociable les unes des autres, elles ne se distinguent finalement que dans leur façon de se rebeller contre l'oppression masculine. Seule la plus jeune bénéficie d'un véritable traitement mais son personnage est tellement sur-écrit qu'on à peine à y croire. Mais ce n'est pas la seule extravagance car la réalisatrice en fait des tonnes pour appuyer sur l'émotion :spoiler: la musique ronflante au moment d'évoquer la wife-making factory, la célébration au match de foot, le cailloux qui fait quasiment tomber un poteau électrique. Pourquoi tomber dans la surenchère alors que le sujet se suffit à lui même ? On arrive tout de même à une scène dans laquelle spoiler: une gamine de 15ans, pendant que son oncle retire de l'argent à la banque, se fait dépuceler de plein grée dans une bagnole en plein jour par un parfait inconnu ... Outre l'obsession à enchaîner de façon aussi rapide qu'artificielle les scènes afin de ne pas lasser son auditoire, la plus mauvaise idée selon moi est probablement de faire de l'oncle un spoiler: violeur incestueux . Quel dommage de ne pas avoir créé un personnage plus nuancé afin d'éviter qu'il ne devienne le méchant tout désigné quand, le patriarcat bien sûr, mais aussi toute la société, la religion et les traditions sont à blâmer. D'ailleurs les jeunes hommes paraissent finalement n'avoir que peu de contrôle leurs unions. Un bémol toutefois, si on peut et on doit, déplorer l'absence de libre arbitre dans le choix de son conjoint, l'homogamie qui progresse en occident relativise largement le libre arbitre dont nous croyons disposer. Enfin et même si encore une fois on nous caresse dans le sens du poil difficile de résister à cette fin pleine d'espoir, déclaration d'amour au progressisme et à l'éducation.
Un regard critique sur des mœurs d'un autre monde. Un sujet sensible et intéressant décrit dans une histoire dramatique et touchante. Un film qui entrerait bien dans des programmes culturels scolaires. A titre purement cinématographique, c'est un film relativement simple et sans véritables défauts. Il ne marquera pas nécessairement les esprits mais il aura le mérite d'exister.
" Poignant ! Une belle claque culturelle qui nous immerge dans les coutumes musulmanes en pleine Turquie ! A bouche bée ! Fascinant ! Ouah ! Le film "Mustang " raconte l'histoire de cinq jeunes filles, orphelines vivant chez son oncle autoritaire et sa grand mère, très fortement attachés aux traditions religieuses dans un village reculé de la Turquie, qui vont basculer leurs vies en les enfermant dans leur maison et en les forçant des mariages pour ne pas être mal vus par les habitants qui dénoncent les fréquentations des jeunes filles avec les garçons dans la plage ... Ils vont jusqu'à leur priver toute sortie, même pour aller à l'école et à les soumettre à des taches domestiques ... Alors, comment réagissent les cinq jeunes filles qui aiment être belles et s'amuser ? Que vont-elles faites ? Accepter des mariages avec un homme choisi par leur entourage ou quoi ? Révoltant ! Beau film qui dénonce la place des femmes musulmanes, opprimées par les traditions religieuses qui les privent de liberté et leurs mariages forcés .. Intéressant, ce film qui montre bien la confrontation entre les traditions musulmanes dans des villages isolés et la modernité de la société, attiré par le modèle occidental en Turquie ! Les jeunes filles y sont époustouflantes dans leur jeu d'acteur ... à voir !"
Avec ce premier film, la réalisatrice franco-turque signe une entrée remarquée dans le 7ème art. Car dès les premiers plans de Mustang, on sent un style et une force se dégager de son cinéma. Avec ce thriller familial en forme de huis-clos, elle met en scène 5 sœurs à l’esprit rebelle qui tentent d’échapper par tous les moyens aux geôles de leur grand-mère et de leur oncle. Débordant d’énergie, de vitalité et d’espoir, parfois drôle, parfois surprenant et souvent émouvant Mustang est sans doute le plus beau plaidoyer pour la liberté des femmes vu cette année au cinéma.
Un film qui a son importance par le traitement de son sujet. L'isolation des jeunes filles, la privation de leur liberté par le patriarcat. Ces filles se révèlent rebellent et on souhaiterait que toutes osent cela ! 3,6/5
Bien qu’il y ait du « Virgin Suicide » dans ce film, il serait dommageable de réduire « Mustang » à cette comparaison aussi flatteuse soit-elle tant la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven signe une œuvre lumineuse portée par une bande de jeunes filles épatantes par leur naturel dans leur quête d’affranchissement du carcan familial et de la société patriarcale qu’elles subissent. Par cette ode à la liberté c’est un premier long-métrage vibrant qu’il nous est donné de voir.
Vous avez aimé Wadjda ? Alors vous adorerez Mustang ! Cinq jeunes filles, cinq soeurs unies élevées par leur grand-mère et leur oncle, affrontent le conservatisme de la société turque et se trouvent condamnées au mariage arrangé par les familles. Mais toutes n'acceptent pas ce sort programmé, où dans une hypocrisie totale, l'avenir des femmes est scellé par une poignée de mains comme s'il s'agissait d'un frigo vendu sur le Bon coin. Ces jeunes filles naturelles, qui aiment rire, étudier, flirter avec les garçons, se retrouvent enfermées dans leur maison et souhaitent échapper à cette férule aussi implacable qu'obsolète. En plein débat sur la place de la femme dans la société musulmane, sur le retour de la religion dan la vie civile en Turquie , ce film ne cède pas aux facilités de l'indignation mais suscite et suggère plutôt que démontre lourdement... Oui, les femmes sont des hommes comme les autres, oui elles doivent avoir les mêmes droits : celui du choix, du rire, du désir, et d'aller voir les matrices de foot, ou, comme dans Wadja, de faire du vélo. La liberté, serait-ce trop demander aux hommes ? Mais le vrai problème c'est qu'il devrait n'avoir rien à demander !La mise en image nourrit avec légèreté l'intensité du propos. Caméra mobile, expression des visages en gros plans, paysage superbes. Un très bon film, et de plus c'est le premier !
Deniz Gamze Ergüven signe ici un premier long métrage remarquable. Avec ses faux airs de "Virgin Suicides" (Sofia Coppola - 1999), "Mustang" traite de l'émancipation des femmes en Turquie et du poids de la tradition, voire de la mysoginie de la société, dans les villages reculés. La cinéaste aborde son sujet avec doigté et beaucoup de finesse, y insufflant une forte intensité émotionnelle. On s'attache facilement à ces jeunes filles tiraillées par les pressions familiales et leur soif de liberté. C'est beau, puissant, intelligent et l'on ressort pas tout-à-fait indemne de cette histoire. Un coup-de-coeur que je conseille fortement.
Ce qui a motivé la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven a tourner Mustang, c'est la situation politique de la Turquie (son pays) depuis 10 ans. Notamment pour les femmes, qui se retrouvent dépossédées de plusieurs libertés individuelles. Le retour à une application stricte des préceptes moraux et religieux ont permis une dégénérescence touchant la vie dans les sphères publiques et privées. Sur la forme et le propos, Mustang rappelle le récent Sibel ( Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti). Les deux films ont la qualité des fables universelles sur la résistance aux formes d'oppressions les plus séditieuses. L'approche est également similaire. À vif, loin de se laisser aller à un quelconque misérabilisme. Mustang rappelle qu'entre une prison et la maison, il n'y a que des barreaux. Et de démontrer que ce qui devrait être la source de réconfort et de paix peut devenir le champ de bataille d'une lutte psychologique. Le titre du film semble associer les cinq héroïnes à ces chevaux s'épanouissant à l'état sauvage, à l'inverse de leur ancêtres dressés. L'écriture sincère permet à chacune d'incarner une facette de cette jeunesse spoliée par le patriarcat. Mais celle qu'on remarque le plus demeure Güneş Nezihe Şensoy, la cadette. La plus sage, la plus charismatique et celle qui suscite le plus d'empathie (bien que ses partenaires ne déméritent pas). La limite du film est également la même que pour Sibel, trop abrupte dans des passages qui pourraient être vecteurs de plus d'affects. C'est dommage puisque Mustang propose plusieurs moments de vraie douceur (entre les cinq personnages principaux). Le cinéma joue la carte politique puisque c'est bien sur ce terrain que les choses doivent bouger. Sonnez la charge, lâchez les chevaux et galopez à en mourir.