Un film qui illustre parfaitement une Turquie ambiguë, dichotomique coincée entre deux modes de vie, une, ancestrale régie par une religion des plus restrictives, répressives, dictatoriales, face à une Turquie civile, à caractère laïque, émancipée. Et le film débute sur cette Turquie empreinte de liberté, souriante où des jeunes filles, cinq soeurs s’ébattent gentiment avec des garçons sur une plage. Des enfants fêtent leur vacances qui s’annoncent. Mais dans leur campagne, les 5 soeurs vont passer du sourire à la grimace, vont basculer soudainement d’une Turquie civile à une Turquie religieuse en rejoignant leur famille. Avec un oncle aux préceptes d’Ayatollah ! La raison de ce revirement de situation : la conduite des cinq filles à la sortie de l’école. Ce n’est pas tant qu’elles se soient amusées avec des garçons, c’est que certaines d’entre elles se sont hissées sur leurs épaules. Pis : on leur reproche de s’être masturbées sur le cou des garçons !!! Qui est pervers ? Qui a l’esprit mal tourné ? La Turquie laïque ou la Turquie religieuse ? Evidemment, c’est la Turquie religieuse ! Celle qui interprète l’innocence en mal, celle qui voit le mal partout, celle qui se revendique le droit de faire la morale, de juger. N’est-ce pas cette Turquie qui est perverse ? Combien il est difficile de rester indifférent à ces jeunes filles mariées de force, que l'on prive de toute liberté, téléphone, internet, vêtement léger, que l’on enferme dans la villa sans possibilité de rencontrer le monde extérieur. Alors que c’était le cas avant ! Comment ne pas compatir devant la toute dernière née qui fera tout pour sortir de cette prison familiale ? D’une Turquie souriante, ces cinq filles passent dans une Turquie austère, intolérante, religieuse, quoi !! "Mustang" est un film indispensable, une piqûre de rappel pour nous obliger à reconnaître que des femmes, des jeunes femmes et filles sont encore malmenées par des hommes et quelques femmes, malheureusement, à l’esprit fermé conditionné par des traditions religieuses d’une absurdité criminelle,
puisque une des jeunes filles se suicidera
. Et pourtant, "Mustang" nous arrache des sourires par ci par là. Oui, par moment, il y a de la légèreté dans cette gravité qui nous est contée. Mentions spéciales aux cinq actrices, elles jouent remarquablement.