Zhang-ke Jia nous avait épaté avec ses films précédents comme A touch of sin. Avec Au delà des montagnes, il est plus ambitieux, moins "chinois" peut être (il y a des moments, je vous jure, on se croirait dans Antonioni...) et, peut être aussi, moins directement convainquant.
C'est l'évolution de la Chine sur un quart de siècle, vue à travers le destin d'une jeune femme, Tao (Zhao Tao), d'abord jeune fille insouciante courtisée par deux amoureux. L'un, Jinsheng (Zhang Yi) est gardien dans une mine. L'autre, Liangzi (Jing Dong Liang) commence à faire fortune et...rachète la mine. Tao choisit le riche.... même si son cœur, peut être la porterait plus vers le pauvre.
La Chine qui gagne, la Chine qui perd. Liangzi est une caricature du nouveau riche: odieux. Après un divorce, il partira vivre en Australie (sans doutes quelques histoires de corruption aux basques...) en emmenant leur fils, qu'il a eu la très élégante idée d'appeler Dollar.... Tandis que Jinsheng a les poumons pourris par l'insalubrité de la mine.
Ambitieux car c'est tout un panorama de la Chine que Zhang-ke nous présente. Le pays intérieur, minier, pelé, désolé. Ce n'est pas la première fois qu'un cinéaste chinois s'intéresse à ces petites exploitations privées où le charbon était arraché au sol au mépris de toutes les règles de sécurité et d'hygiène. Mais la tristesse de ces paysages serre le cœur.
Et à côté des pauvres toujours aussi pauvres, cette nouvelle classe de petits malins sans scrupules qui se constitue des fortunes, classe de corrompus à laquelle le Président Xi Jinping semble vouloir s'attaquer.
Et puis le mythe de la réussite à l'occidentale. Le résultat: Dollar (Dong Zijian), qui a oublié jusqu'au prénom de sa mère est un déraciné, qui ne sait plus d'où il est; insolent mais en fait paumé, il ne peut même pas communiquer avec son père qui n'a jamais réussi à parler anglais alors que Dollar ne parle pas un mot de chinois...
Le monde de Zhang-ke est sombre. Ce que je lui reproche ici, c'est le côté assez hétéroclite de l'assemblage de ces trois épisodes (2000, 2015 et... 2025) au cours duquel on perd des personnages, pour en retrouver d'autres. Le lien est fait par cette chanson sirupeuse à la mode cantonaise des années 90, que chantait Tao, qui ouvre et clôture le film.
Mais c'est incontestablement un grand cinéaste. A voir!