Sans que l’on puisse le réduire à ces deux thématiques, tant il est riche par ailleurs, « Au-delà des montagnes » est un film sur la séparation et l’éloignement. Pour conter l’histoire d’une femme, Jia Zhang-Ke a choisi de le faire en trois parties, se déroulant chacune à quelque(s) décennie(s) d’intervalle. Sur toile de fond de l’évolution de la Chine (du monde ?) sur cette période, il livre un mélodrame intimiste : ce sont les relations entre les êtres qui sont au cœur de l’œuvre, et après quelques scènes à trois personnages, on assiste essentiellement à des scènes à deux personnages, toujours intéressantes, souvent bouleversantes.
C’est, formellement, du très grand cinéma. Jia Zhang-Ke ponctue son œuvre de plans, souvent d’une fulgurante beauté, et de scènes de coupe, sans rôle narratif, mais éminemment expressifs, symboliques de la situation et des émotions des personnages, parfois prémonitoires.
Si la dernière partie n’est pas tout à fait au niveau des deux premières, elle se clôt sur une scène simple et sublime, où se mêlent la beauté du souvenir, la nostalgie d’une époque (la jeunesse), le regret des choix opérés, et l’espérance illusoire. Une scène magnifique et émouvante, ces deux adjectifs qualifiant parfaitement l’ensemble du film.