"Tes choix, tes actes, voilà ce qui fait de toi qui tu es."
N'ayant jamais été un immense fan de l'homme d'acier, dont j'ai toujours trouvé l'écriture un peu trop lisse, et me sentant bien plus proche de son collègue de travail, le justicier de Gotham, je suis allé découvrir ce nouveau «Superman» (qui se présente comme un reboot de l'univers DC (initié par James Gunn lui-même, devenu co-PDG de DC Studios en 2022), passant après la saga (avortée) de Zack Snyder) sans grande attente.
Ici, pas de traditionnelle "origin story" (résumée à l'écran par quelques phrases de mise en contexte), on plonge tout de suite dans le vif du sujet, ce qui dans ses premières minutes donne l'étrange impression d'atterrir en plein milieu d'un épisode de série.
Une impression qui, heureusement, disparaît assez vite, les tenants et aboutissants étant suffisamment clairement exposés pour que je me laisse prendre au jeu de cette nouvelle version.
Une nouvelle version à l'opposé de celle plus adulte et sombre de Snyder, où Gunn fait le choix de nous présenter un univers bien plus coloré et pop.
Perso, j'ai eu un peu l'impression de voir une retranscription des séries animées «Superman» (celle des années 40 de Max Fleischer et celle des années 90 de Bruce Timm) et «Justice League» (celle des années 2000 de Bruce Timm et Paul Dini) pour le grand écran, et en live.
Sans oublier un Superman plus humain, plus faillible aussi, mais toujours plein d'espoir, faisant tout pour protéger ses congénères et faire le moins de dégâts possible, notamment à Métropolis (là aussi à l'opposé de l'incarnation presque divine et plus destructrice de la version précédente).
Un divertissement plus familial, mais à la démarche sincère de la part de son réalisateur-scénariste, même si son exécution n'est pas toujours totalement convaincante (notamment cet effet de distorsion de l'image un peu étrange et certaines touches d'humour un peu lourdaud (qui marchait mieux dans la trilogie des «Gardiens de la Galaxie», précédemment mise en scène par Gunn), qui viennent maladroitement désamorcer certaines situations plus dramatiques. Ainsi qu'un film qui manque d'une bande originale vraiment marquante, plus orchestrale).
Au casting, David Corenswet (dont la ressemblance physique avec Henry Cavill est assez frappante) incarne un Superman convaincant et investi (même si mon cœur ira toujours à Christopher Reeve, découvert dans mon tout 1er film de super-héros) et Rachel Brosnahan (qui elle rappelle une certaine Margot Kidder) est un très bon choix pour le rôle de Lois, dont l'alchimie avec Corenswet est assez évidente (j'aurai presque voulu un peu plus de scènes entre eux).
Autour d'eux, le reste de la distribution n'est pas en reste, notamment avec la «Justice Gang» (démontrant que Superman ne peut pas sauver le monde entier à lui tout seul et a aussi besoin d'un collectif pour prendre la relève) et plus précisément Mister Terrific, bien incarné à l'écran par Edi Gathegi et le personnage le plus mis en avant de la ligue.
Mais c'est surtout Nicholas Hoult qui prend un plaisir évident à incarner l'ennemi juré de Superman, Lex Luthor. Bien loin de la version trop excentrique de Jesse Eisenberg, il incarne un antagoniste mégalomane, intelligent (la tête avant les muscles) et impitoyable, obsédé par Superman et prêt à tout pour s'en débarrasser (même si la méthode pour y arriver, basée sur une vidéo et son relais sur les chaînes TV et réseaux sociaux, a un peu trop rapidement fait basculer l'opinion de la société vis-à-vis de Superman, passant d'admiration à peur et rejet en l'espace de quelques secondes. Et en même temps, quand on voit le peu de recul et de réflexion qu'il peut parfois y avoir sur certains réseaux, ce n'est pas si éloigné de la réalité non plus).
Quant au chien Krypto, son rendu est vraiment bien fait et s'intègre bien dans cet univers de Superman, même si on sent par moments la touche clairement plus enfantine de ce personnage.
Un film qui remplit bien son objectif de divertissement plus décomplexé et fun, remettant au centre de son récit la notion d'espoir que représente ce sauveur surhumain, dont le symbole est scandé et hissé sur un drapeau.
Un "enfant des étoiles" qui est conscient qu'il est considéré comme quelqu'un de différent, comme un étranger, dont les pouvoirs incroyables peuvent rassurer comme ils peuvent inquiéter (Gunn aborde notamment la responsabilité légale de tout super-héros. Une sorte de questionnement à la «Civil War», mais traitée trop anecdotiquement), mais qui se sent tout aussi humain que celles et ceux qui l'entourent, avec ses forces et ses failles, son optimisme et ses doutes.
Un super-héros à l'image de ceux qu'ils protègent, et qui apprend, jour après jour.
Un chouette blockbuster, plutôt efficace et généreux, sorte de film d'animation en live, avec ses fulgurances et quelques fautes de goût, mais qui m'a fait passer un bon moment au final.
Est-ce qu'il me restera encore en tête d'ici la fin de l'année ? Ça, c'est une autre question. 6,5-7/10.