On m'avait promis une renaissance, un souffle neuf pour le mythe le plus iconique de l'Amérique, et je me retrouve face à ce qui ressemble à un gigantesque gag qui tourne au vinaigre. Ce n'est pas simplement un mauvais film, c'est une insulte à l'intelligence, un navet monumental qui va probablement servir d'étude de cas dans les écoles de cinéma sur la façon de ne pas traiter un héros.
Dès les premières minutes, j'ai saisi le problème fondamental, à savoir l'incapacité chronique de James Gunn à prendre son sujet au sérieux. Il y a cette faute tonale qui me scie le film en deux. On bascule sans cesse du mélodrame le plus sirupeux à la farce la plus grossière, comme si Gunn avait peur que nous nous ennuyions s'il ne nous balançait pas une blague de demeuré toutes les cinq minutes. Superman est censé être une figure d'espoir, une statue de marbre face au chaos, mais ici, on l'a réduit à un pseudo boyscout maladroit qui fait des têtes d'attardé. On rit contre le film, jamais avec lui. Comment pourrais-je m'investir dans la tragédie d'un personnage quand la mise en scène m'invite en permanence à moquer sa légitimité ?
Et c’est peut-être là que le bât blesse le plus profondément, dans le mépris du mythe. Gunn a cette prétention, cette hubris typique d'Hollywood aujourd'hui, à croire que pour rendre une icône "moderne", il faut la rabaisser au niveau du commun. Il a voulu faire un "Year One", une quête d'identité pour rendre Clark "relatable", mais il a raté le point essentiel. Superman n'est pas intéressant parce qu'il est comme nous ; il est intéressant parce qu'il est meilleur que nous, un idéal vers lequel tendre. En cherchant à le "déconstruire" avec des onglets sociaux surfait et une esthétique Pinterest, il a créé un produit aseptisé qui essaie désespérément d'être comme les Guardians of the Galaxy sans en avoir la chaleur ni l'originalité. C'est du recyclage de ses propres tics de réalisateur, un vernis de fausse modernité qui cache un vide intellectuel abyssal.
Sur le plan purement narratif, c'est encore pire. Le scénario est une construction bancale qui ne tient debout que par l'exposition permanente. On a l'impression d'être dans un épisode pilote de série télévisée bon marché, conçu uniquement pour vendre des figurines et lancer les dix prochains projets de l'univers DC. Il y a tellement de personnages secondaires jetés là pour satisfaire l'ego fanboy du réalisateur que l'intrigue principale se dissout dans une cacophonie indigeste. Lex Luthor ? Une caricature sans profondeur, un méchant de dessin animé qui rugit pour justifier son salaire. Les dialogues ne sont que des répliques faites pour devenir des memes sur Twitter, des slogans creux sur "l'espoir" qui résonnent dans le vide parce qu'aucun acteur ne semble y croire une seule seconde.
Visuellement, c'est une agression. Je suis fatigué de cette palette "néon bonbon" qui envahit chaque plan. C'est propre, c'est numérique, c'est froid. Metropolis ressemble à un plateau de tournage en carton-pâte surfondu. La photographie est plate, sans aucune grandeur, et la réalisation est frénétique, coupant toutes les deux secondes pour masquer le fait que les scènes d'action n'ont aucun enjeu réel. C'est du ciné "fast-food" : conçu pour être consommé vite, oublié aussitôt, et qui laisse un arrière-goût synthétique.
Au final, ce Superman est une tragédie hollywoodienne. On a donné les clés du camion à un gamin qui joue avec ses jouets préférés et qui casse tout le salon. C'est un navet techniquement lourd, moralement vide, et artistement stérile. Ce n'est pas juste une déception, c'est une trahison. Et le plus ironique dans tout ça, c'est qu'en voulant tout changer pour être "cool", il a réalisé le film le plus désespérment daté de la décennie.