J’ai beaucoup aimé ce nouveau *Superman*, principalement parce qu’il nous présente un personnage véritablement vivant. Il souffre, il doute, il s’énerve, il commet des erreurs et laisse apparaître ses émotions. Surtout, il nous rappelle une chose que certaines adaptations ont parfois tendance à oublier : Superman est avant tout Clark Kent.
Clark est arrivé sur Terre lorsqu’il n’était encore qu’un bébé. Il a été recueilli et élevé par des parents adoptifs simples, profondément humains, attachés à la terre, au travail, aux responsabilités et à une certaine forme d’authenticité. Ce sont eux qui lui ont transmis ses valeurs. Sa bonté n’est donc pas seulement liée à ses origines extraterrestres ou à ses pouvoirs : elle vient surtout de son éducation et de son attachement à l’humanité.
C’est précisément ce qui rend cette version du personnage si touchante. Pour lui, chaque vie compte. Il ne décide pas qu’une existence est trop petite ou trop insignifiante pour mériter son attention. Il sauve des civils, des animaux, et même un écureuil. Ce détail pourrait sembler anecdotique, mais il résume parfaitement sa philosophie : lorsqu’on possède le pouvoir d’aider, aucune vie ne devrait être considérée comme négligeable.
Il intervient également dans des conflits qui dépassent la simple lutte contre les super-vilains. Superman s’implique dans les crises politiques et géopolitiques parce qu’il ne peut pas rester spectateur face à la souffrance. Cela pose évidemment la question de la légitimité d’un individu aussi puissant à intervenir dans les affaires humaines, mais le film montre que son impulsion première ne vient pas d’une volonté de domination. Elle vient de son empathie.
C'est Clark Kent avant l’icône.
Ce que j’apprécie particulièrement, c’est que ce Superman n’est pas présenté comme une figure parfaite et inaccessible. Il n’est pas seulement une statue, un symbole ou un dieu flottant au-dessus de l’humanité. Il reste un homme qui essaie de faire ce qu’il pense être juste, parfois maladroitement, alors même que le monde entier observe et juge chacun de ses gestes.
À mes yeux, c’est ce qui le différencie fortement de la version interprétée par Henry Cavill. Cavill possédait évidemment une apparence physique impressionnante et une véritable présence à l’écran. Mais son Superman me semblait souvent très distant, contenu et presque impénétrable. Je voyais davantage l’extraterrestre et l’icône que Clark Kent, l’homme élevé par les Kent.
Son humanité existait, mais elle restait souvent enfouie sous une mise en scène très solennelle. Il apparaissait comme un être surpuissant portant le poids du monde sans réellement laisser voir ce qui se passait en lui.
Cette nouvelle interprétation me touche davantage parce qu’elle rend ses émotions immédiatement perceptibles.
On le voit souffrir physiquement. On sent le poids des coups, la fatigue, les blessures et la douleur. Il peut être dépassé, tomber, presque saigner ou donner l’impression que ses côtes vont se briser. Cela ne signifie pas qu’il est faible. Au contraire, cette vulnérabilité rend son courage plus visible. Être invincible ne demande aucun effort ; continuer à se relever lorsqu’on souffre donne une tout autre valeur à l’héroïsme.
Un Superman puissant, mais encore en construction
Certains reprochent à ce Superman de ne pas être suffisamment puissant. Je trouve cette critique assez contradictoire avec ce que montre réellement le film.
Il est capable d’accomplir des actions démesurées, notamment lorsqu’il utilise son souffle pour s’extraire d’une situation liée à un trou noir. C'est quand-même incroyable non ?
Il reste donc extrêmement puissant. Simplement, sa puissance n’est pas présentée comme une solution automatique à tous les problèmes. Il s’agit d’un Superman encore jeune, qui possède des capacités extraordinaires, mais qui doit continuer à acquérir de l’expérience, à améliorer sa maîtrise et à comprendre les conséquences de ses décisions.
C’est une approche beaucoup plus intéressante que celle d’un héros qui saurait déjà tout faire, ne commettrait aucune erreur et traverserait chaque affrontement sans être réellement ébranlé. Ici, la progression du personnage peut devenir aussi importante que l’évolution de ses pouvoirs.
## Des combats dynamiques et étonnamment violents
Les effets spéciaux sont globalement réussis et les combats sont particulièrement dynamiques. Ils permettent de découvrir différentes manières d’utiliser les capacités des personnages, avec des mouvements, des postures et des enchaînements parfois très inventifs.
La direction artistique colorée et certaines scènes humoristiques donnent au film une apparence relativement légère. Pourtant, lorsqu’on regarde attentivement ce qui se passe, la violence est beaucoup plus brutale qu’elle n’en a l’air.
La créature qui reçoit des explosions dans le ventre ou se fait crever les yeux subit quelque chose d’extrêmement violent.
De la même manière, l’utilisation de nanites pour tenter d’étouffer Superman est particulièrement cruelle.
L’aspect coloré et spectaculaire du film atténue visuellement cette brutalité, mais les actes eux-mêmes restent terribles.
C’est une violence presque insidieuse : elle est présentée dans un univers lumineux, parfois drôle et accessible, alors que certains affrontements sont réellement féroces lorsqu’on prend conscience de la puissance des coups et des souffrances infligées.
Les moments plus tendres, notamment ceux qui impliquent le chien, permettent toutefois de créer un équilibre. Ils ne sont pas uniquement présents pour faire rire ou attendrir le public. Ils participent à cette vision d’un monde dans lequel l’héroïsme, l’affection, le chaos et la violence peuvent constamment se côtoyer.
Un Lex Luthor mégalomane et terriblement contemporain, un clone de Trump/Musk ?
Lex Luthor est également l’une des grandes réussites du film. Il apparaît comme un homme mégalomane, rongé par une haine viscérale envers Superman. Il ne supporte pas qu’un autre être puisse être plus puissant, plus admiré et plus important que lui dans l’espace public.
Superman lui vole la lumière qu’il estime lui revenir. Sa volonté de le détruire ne semble donc pas seulement idéologique. Elle est aussi profondément narcissique. Lex veut contrôler le récit, conserver sa position et empêcher qu’un être qu’il ne maîtrise pas devienne le principal symbole d’espoir de l’humanité.
Pour parvenir à ses fins, il ne se contente pas d’affronter Superman directement. Il utilise la politique, les médias, la manipulation de l’opinion et la désinformation pour le discréditer. Il tente de transformer ses qualités en défauts et son empathie en menace.
Cette dimension est particulièrement actuelle. Le film montre à quel point la perception publique d’un individu peut être façonnée par ceux qui possèdent les moyens politiques, économiques, technologiques et médiatiques nécessaires. Il ne suffit plus de combattre Superman physiquement : il faut détruire sa réputation, créer le doute et convaincre la population que son sauveur est en réalité son ennemi.
Les parallèles avec notre époque et avec certains conflits géopolitiques contemporains me paraissent évidents. James Gunn ne se contente pas de raconter l’affrontement classique entre un héros et un milliardaire maléfique. Il montre aussi une guerre de l’information dans laquelle les images, les récits et la peur peuvent devenir des armes aussi puissantes que la force physique.
Le héros dont notre époque aurait besoin ou des héros ? Nous ?
Cette vision de Superman me paraît particulièrement pertinente aujourd’hui. Ce n’est pas un héros intéressant uniquement parce qu’il peut voler, soulever des immeubles ou résister à des explosions. Il est intéressant parce qu’il refuse de devenir indifférent.
Il possède presque tous les pouvoirs, mais sa plus grande qualité reste sa capacité à considérer les autres. Il continue de croire que chaque être vivant mérite d’être protégé, même lorsqu’on se moque de sa naïveté, qu’on manipule ses actions ou qu’on transforme sa compassion en faiblesse.
C’est précisément le type de héros dont notre réalité aurait besoin : quelqu’un qui ne confond pas la puissance avec la domination, qui ne considère pas l’empathie comme un défaut et qui comprend que sauver le monde commence parfois par sauver une seule vie.
Tous les héros n’ont pas nécessairement besoin d’être construits de cette manière. Certains personnages peuvent être plus froids, plus sombres ou plus ambigus. Mais Superman, lui, doit conserver cette humanité fondamentale.
Superman n’est pas Clark Kent lorsqu’il enlève ses lunettes. Il est Clark Kent lorsqu’il enfile sa cape.