Anvers trouve son origine étymologique dans l'arrachage de la main. Tout le film tourne autour de cette image chère à Blaise Cendrars de la main coupée, à la fois signe de l'impuissance et de la guerre. Car c'est de guerre économique et sociale, dont il s'agit dans ce thriller flamant où il est question de taillage de diamants. "Diamant noir" est le récit d'une vengeance. Pier, écrit à l'italienne comme il se plait à le faire remarquer, vient de perdre son père et il apprend que ce dernier, diamantaire de génie, a été lésé par son frère qui, non seulement l'a laissé perdre sa main, mais lui a dérobé sa fortune. Alors le jeune-homme, ouvrier le jour et cambrioleur la nuit, s'immisce dans cette nouvelle famille où il prépare un plan machiavélique. Finalement, c'est presque pour la fin que le long-métrage est intéressant. Totalement déroutante, elle nous plonge dans un univers poisseux où les faux-semblants ne résistent jamais vraiment au réel de la vie. L'interprétation des différents acteurs, souvent peu connus, est remarquable. Les comédiens se donnent à cette histoire où un geste de la main, une larme essuyée, un échange de sourires racontent une existence âpre, des rapports au monde violents, avec en toile de fond, toujours, la mort qui rode. En soi, "Diamant Noir" est une réussite. Le long-métrage d'Arthur Harari "La bataille de Solferino" était déjà une très belle surprise. Le réalisateur, cette fois, a acquis en maturité mais aussi en profondeur. Toutefois, on regrettera une photographie triste, des images peu travaillées, la mise en scène étant clairement plus affirmée que le regard du cinéaste sur l'univers qu'il décrit. Le cinéma ne doit pas se contenter de raconter des histoires. Il doit montrer au spectateur les effets visuels sur le récit lui-même, et c'est là où "Diamant Noir" faillit un peu d'un trop grand académisme. N'est pas Pialat qui veut.