J'accuse
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ConFucAmuS

650 abonnés 1 039 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 18 novembre 2019
À mes yeux, une œuvre comme J'accuse est nécessaire. Indépendamment de la controverse entourant son réalisateur Roman Polanski, le destin de l'officier juif condamné à tort pour trahison à un goût étonnamment actuel. Surtout à une époque où le racisme ordinaire sature les écrans autant qu'il afflige en dehors.
Bien entendu, le rapport au cinéaste est direct. Polanski a échappé à la déportation, ce qui ne l'a pas empêché d'assister aux horreurs de la xénophobie depuis le ghetto de Cracovie (qu'il raconta avec Le Pianiste, adaptation des mémoires de Władysław Szpilman). Autant dire que certains flashes mémoriels sont suffisamment puissants pour faire une chambre d'écho avec la situation en France en 1895. Pire, ils résonnent aussi forts dans le contexte présent, où la nationalité, la couleur de peau ou le nom font l'objet des regards et commentaires les plus ignobles.
Curieusement, et encore une fois, l'espoir se niche parfois dans les profils les moins évidents. Hier, un officier allemand amoureux de la musique, aujourd'hui Marie-Georges Picquart, officier et homme de préjugés (il faut dire que l'époque était peu avenante). C'est d'ailleurs autour de lui que va se concentrer toute l'intrigue, Dreyfus restant largement secondaire (15 minutes à l'écran, tout au plus).
Un personnage (réel) dont l'enquête et l'acharnement ont toujours de quoi laisser admiratif. Picquart rappelle évidemment plusieurs figures du cinéma de Polanski (le détective Gittes de Chinatown ou l'écrivain de The Ghost Writer), tout en se posant comme un idéal ne sacrifiant jamais son intégrité au profit d'une loyauté impure.
Parfois, l'acte le plus patriotique c'est de désobéir. C'est un peu ce que semble dire J'accuse, et le message est d'autant plus pertinent que les évènements ont contribué à lui donner raison. Avec élégance, le film se révèle agréablement didactique. Il pose patiemment les "pions" et repaires essentiels à l'Histoire, tout en faisant de curieux rappels à certains longs-métrages de son auteur. Notamment dans la décomposition du texte, qui est une fois de plus essentiel à l'intrigue.
Je dirais que passé la première moitié (excellente), le film se met à piétiner en conservant un rythme peut-être un peu trop froid. Les reconstitutions restent impeccables et le suspense parvient de temps à autre à redonner de la tonicité, mais la raideur grippe un peu l'ensemble.
L'interprétation est globalement merveilleuse (Jean Dujardin, Grégory Gadebois exceptionnels), à l'exception d'Emmanuelle Seigner, dont l'incarnation sonne faux à mon goût.
J'accuse est un film élégant sur une sale page de la mémoire française qu'il est de bon de rafraichir
Surtout par les temps qui courent, où le racisme ordinaire afflige autant qu'il inflige sur les écrans et en dehors.
Fabienne L
Fabienne L

25 abonnés 31 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 11 décembre 2019
L’Affaire Dreyfus, ce « drame inouï d’humanité » selon Clemenceau, cette « crise religieuse » selon Péguy, cette « orgie de métaphysiciens » selon Barrès, ébranle profondément la conscience du pays. Considérée par Barrès comme une question « de vie ou de mort pour la nation », l’Affaire constitue dans la vie politique française une coupure. En mettant chacun dans l’obligation de se définir par rapport à un certain nombre de principes, elle accentue les clivages politiques et provoque une clarification….L’Affaire provoque l’affrontement de deux visions du monde, de deux conceptions de la société, de deux échelles de valeurs morales.
L’équipée boulangiste est ramenée à de plus justes proportions par une crise qui remue les consciences et façonne le comportement politique des Français pour plusieurs dizaines d’années.
Bien que les problèmes qu’elle a soulevés n’ ont pas été résolus, l’Affaire, pour autant, n’a pas sombré dans l’oubli. Non seulement parce que les forces battues en 1902 ont continué de jouer un rôle de premier plan jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale, mais surtout, peut-être, parce qu’elle a posé d’une manière concrète, et en lien direct avec la vie de tous les jours, quelques-unes des questions fondamentales de la politique…
(Zeev Sternhell, Maurice Barrès et le nationalisme français (1972), pages 246 à 281)
L’Affaire s’invite à nouveau, en force, en 2019, à un moment où le retour de l’antisémitisme se ramifie, se développe sur le tronc des vieilles branches mais se nourrit également de jeunes branches inventant un racisme new school et vingt et unième siècle. Repenser les racismes n’est pas sans intérêt philosophique, historique et social. Le repenser en lien avec la mondialisation et en terme de fléau universel est certainement un exercice utile. Mais devait-on revenir sur cette affaire de façon cinématographique ?
Lire une thèse sur Dreyfus et décortiquer l’affaire d’un point de vue scientifique au regard de nouveaux documents fera toujours progresser nos connaissances. L’illustrer par un film est une autre affaire.
Un film n’est pas un livre. Ni un article. J’accuse ne montre que des militaires à moustaches, moches et ridiculisés. Le Film est vilain… même ce beau gosse de Dujardin est enlaidi. Dans sa maigreur hautaine. Pour ceux qui ne trouvent pas les histoires d’Armées très folichones, le film est fatiguant. Il grince comme ces vieux parquets. Le niveau sonore cherche à nous ramener aux ambiances du 19éme et au générique on s’aperçoit qu’il y a un directeur des « Ambiances ». Quel a été le prix de ce film ? Le nombre de décorateurs et d’experts en tout genre est ahurissant. La lumière est également savamment étudiée. Mais tout est moche et marron. Ce film est un cauchemar. J’ai passé deux mauvaises heures dans des ambiances sombres avec des personnages désagréables avec d’immenses moustaches, faux, racistes et méchants. Le dernier film de Polanski est vilain. Tout juste vilain.
tixou0

783 abonnés 2 045 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 3 décembre 2019
"J'accuse"... le boboland de trouver ce xième film de Polanski le scandaleux, "quand même excellent" (et autres : "remarquable", "nécessaire" etc.). Par pur principe, et/ou habitude d'encenser un cinéaste maintenant à l'hiver de sa vie, et qui n'a plus rien à montrer d'intéressant sur le plan cinématographique.
Et je défie quiconque, qui sort de ces 2 heures 12 de projection, d'avoir une idée précise et complète de la célébrissime "Affaire Dreyfus" ! Il s'agit d'ailleurs, nous apprend le générique, non d'une reconstitution documentariste et historiquement exhaustive des tenants et aboutissants de ladite, mais de l'adaptation d'un roman (par un Britannique). Même pas sûre que cela constitue, au moins, une introduction pertinente à une véritable étude en la matière.... On assiste à un interminable défilé de comédiens, français souvent (entendez, du Français) - ai compté 7 sociétaires ou pensionnaires, qui font un petit tour (que de militaires, il est vrai, à mettre en scène...), pour une dramaturgie peu fluide, voire obscure ou lacunaire. Plus la dame Seigner, moins décorative qu'il y a encore quelque temps, et toujours aussi mauvaise interprète (pour un rôle inutile), Louis Garrel, loin de sa posture habituelle de "beau ténébreux" (en Dreyfus - simplement taciturne) et Jean Dujardin, pas plus convaincant que cela dans le rôle principal, celui du lieutenant-colonel Picquart, d'enquêteur (avec mérite, puisque pas franchement judéophile) à réprouvé, mais devenu ministre de la Guerre (?), dans un épilogue - bâclé à tous points de vue.
Académique sur la forme, par ailleurs - c'est-à-dire même pas digne de louanges à cet égard, ce très dispensable "J'Accuse !".
anonyme
Un visiteur
0,5
Publiée le 15 novembre 2019
D'une lourdeur terrible, truffé d’inexactitudes historiques, mais le pire c'est qu'on sort de la salle en ayant l'impression d'avoir vraiment perdu son temps et son argent.
anonyme
Un visiteur
0,5
Publiée le 15 novembre 2019
Film sans aucun intérêt digne d'un téléfilm de l'après midi sur TF1. c'est long, c'est lourd, Ici on a très clairement essayé de faire d'un fait historique un film hollywoodien et ça ne fonctionne pas du tout. Je sais qu'il est de bon ton de dire de ce genre de film très "culturel" qu'il est un chef d'oeuvre mais là il faut être honnête c'est complètement raté.
anonyme
Un visiteur
3,0
Publiée le 13 novembre 2019
Film qui cible l'affaire Dreyfus , point noir dans l'Histoire de France, et ce n'est pas un mal en ces temps de racisme ordinaire. Jean Dujardin est remarquable , les décors évocateurs mais la psychologie des personnages reste lourde, manichéenne.
Pernille
Pernille

29 abonnés 259 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 2 juin 2025
Le pire, je ne sais pas si c'est le film ou d'oser exprimer son opinion, que l'on n'ait pas du tout aimé. Les deux sont vrais. Le film est discutable et pose de nombreux problèmes. Quand on ne maîtrise pas le sujet et l'Histoire en général, il faut éviter des sujets comme celui-là. On vous attend au tournant, à juste titre ! Surtout si on l'a fait pour de mauvaises raisons, en déformant l'histoire, sans respecter l'Histoire. En tant qu'historienne, je pense pouvoir avoir un avis éclairé. Ainsi l'objectivité et l'exactitude des faits sont essentiels à toute œuvre qui se veut historique : c'est le moins que l'on puisse exiger. Ce qui me scandalise dans le cas de ce film, outre le jeu des acteurs, la mise en scène, le film s'éloigne délibérément de son sujet. Il y en a qui sont dans le déni des erreurs pourtant évidentes qui ont été faites délibérément. C'est avant tout que pour une certaine presse spécialisée ou non, oser critiquer ce film n'est pas films sont rarement des chefs d’œuvre ! Celui-là en est très loin. On doit pouvoir dire et écrire qu'on ne l'aime pas sans se faire montrer du doigt, surtout quand les raisons de ne pas aimer sont légitimes et peuvent être prouvées.
anonyme
Un visiteur
0,5
Publiée le 14 novembre 2019
L'intérêt du film tient au personnage de Geroges Picquart - sur ce sujet vous avez d'excellents livres, comme la biographie de M. Vigouroux dont le film s'est d'ailleurs inspiré. Or autant j'ai apprécié le livre, autant je n'ai pas réussi à entrer dans ce film. - plusieurs longueur, côté "pseudo hollywoodienne" de l'approche du réalisateur tout celà manque de sincérité.
anonyme
Un visiteur
0,5
Publiée le 15 novembre 2019
Je viens de perdre 2h de ma vie. C'est une nullité sans nom. Le jeux des acteurs est catastrophique. Je connais très bien cette affaire absolument passionnante mais ce film ne lui rend pas du tout hommage. Dommage !
anonyme
Un visiteur
0,5
Publiée le 15 novembre 2019
Film que j'attendais avec beaucoup d’impatience et terrible déception. On passe vraiment un moment désagréable, ça traîne en longueur, je comprend mieux les critiques de la presse c'est vrai qu'on passe complètement à côté de l'histoire. Tout est surjoué. Je comprend qu'il faille rendre l’histoire accessible à tous même au moins cultivés mais il y a quand même des limites.
KaabIbnAchraf
KaabIbnAchraf

15 abonnés 39 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 15 novembre 2019
Un film sur la conscience, celle de Picard (interprété par Jean Dujardin) qui doit se défaire de son milieu pour réparer une injustice qui salit l'honneur de l'armée en laquelle il croit. Le film est servi par un nombre incroyable de "grands" acteurs jusque dans les tout petits rôles... C'est beau et rassurant dans un monde qui paraît parfois marcher sur la tête avec les séances d'avant-première annulées, une ministre qui déclare que par principe elle ne verra pas le film, ou encore des acteurs ne pouvant défendre le film dans les média... Ce que raconte le film est que ceux qui crient le plus au traître ont souvent le plus à se reprocher. C'est tellement vrai !
velocio

1 538 abonnés 3 499 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 29 novembre 2019
Pour la nuit des temps, l'affaire Dreyfus sera une énorme tache pour notre pays et pour son armée. C'est ce que montre le film de Polanski, un film centré sur la personnalité de l'officier Marie-Georges Picquart, qui, bien que se revendiquant antisémite, a fait tout ce qu'il a pu, en prenant des risques personnels, pour que l'innocence du capitaine Dreyfus soit reconnue lorsqu'il a eu en main les preuves de cette innocence. Le film est peut-être même trop centré sur lui, mais qu'importe ! La mise en scène du film est une grande réussite et la tension qu'on ressent est permanente. Beaucoup de flashbacks dans le film, mais Polanski a eu l'intelligence de recourir à un procédé qui est passé de mode : annoncer le début et la fin des flashbacks par un léger flouté de l'image. Heureusement pour les spectateurs ! Bien évidemment, l'armée française en prend pour son grade (sic) : elle l'avait bien cherché . Heureusement, il y avait le colonel Picquart pour sauvegarder l'honneur de l'armée autant que faire se peut, face à une ribambelle de généraux et de sous-fifres préférant laisser croupir un innocent dans l'île du diable plutôt que de reconnaître qu'ils avaient trompé volontairement la justice ou qu'ils s'étaient trompés. Dans ce film dans lequel une seule femme, la maîtresse de Picquart, a un rôle important, on trouve une bonne partie des comédiens de la Comédie Française, les rôles principaux étant tenus par Jean Dujardin (Picquart), Grégory Gadebois (Henry), Emmanuelle Seigner (la maîtresse de Picquart) et Louis Garrel (Dreyfus). Je me dois de reconnaître que Jean Dujardin et Louis Garrel, qui, d'habitude, ne font pas partie de mon Panthéon personnel, sont excellentissimes dans ce film.
MaCultureGeek

1 161 abonnés 1 224 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 30 novembre 2019
Même si c'est un film historique, cette critique traite de la fin du film.

Avec J'accuse, Polanski ne s'intéresse pas à ce que l'on attendait : loin de faire un énième procès à la politique de la France de l'époque, de livrer une histoire pacifiste à l'extrême, de jouer les pères la morale par sa maîtrise évidente du sujet, il décide de partir dans une toute autre direction en axant son film sur la thématique de la communication. On le voyait déjà à l'affiche : si elle pouvait nous laisser présager d'un face-à-face, elle démontre surtout qu'il s'agira de poser l'histoire de deux hommes qui, ne s'appréciant guère, sont au moins unis par leurs valeurs et la quête de la justice.

Polanski illustre son propos de prime abord en montrant, dans sa première partie, un Dreyfus qui croule sous les cris, les hurlements injurieux avant de se retrouver seul sur son île, gardé par des geôliers qui n'ont pas même le droit de lui adresser la parole : quelle punition est la pire, les foudres gueulardes du peuple ou le silence paisible d'une île d'exil de fait éloignée de toute vie civilisée?

De son côté, Dujardin évolue de réception en réception, s'amuse premièrement du condamné pour arriver ensuite à son nouveau poste, lieu austère où les documents seuls dialogueront avec lui : Polanski le filmera alors souvent seul à fouiller dans son nouveau bureau et l'immensité de registres, textes, lettres recollées des poubelles de l'adversaire pour s'informer; autour de lui, des hommes presque muets, ripoux, sans sa vertu ni ses codes moraux.

S'enclenche alors, avec l'enquête visant à prouver que Dreyfus est innocent, les deux symboliques d'évocation de l'évolution de la communication entre Dujardin et son monde. La cigarette est premièrement un élément de partage : la première fois que l'on voit Picard fumer, c'est au lit avec son amante, amour de sa vie interprété par une Emmanuelle Seigner qui cabotine ou manque d'émotions : elle luit tend la cigarette, qu'il prend avec plaisir.

Suivront des scènes où il fumera seul dans son bureau, réfléchissant, se triturant le cerveau, puis progressivement lors des visites de ses subordonnés, dont un Gregory Gadebois parfait, jusqu'à fumer même seul chez lui, dans la nuit quand son amante dort, épluchant à la lumière de bougie ce dossier qui l'empêche de mener sa vie. Bien sûr qu'il fume plus, et qu'il communique moins : pire même, cette cigarette qui témoigne de son isolement du monde marque aussi ses adversités.

C'est alors qu'il vient rendre visite au domicile du Général Charles-Arthur Gonse qu'on s'en aperçoit définitivement : alors qu'il sait entrer en conflit avec ses supérieurs hiérarchiques (consciemment ou non), et que son hôte lui propose une cigarette, il la refuse et décide de lui montrer directement le dossier qu'il a monté prouvant l'innocence du présumé coupable. La scission est marquée, le lieutenant-colonel Picard entre en conflit avec sa hiérarchie, avec la France et l'opinion publique pour sauver la vie d'un homme innocent.

C'est alors qu'entre en ligne de compte la deuxième représentation de la communication : les sorties de pièce. Lorsque Dujardin débute ses recherches, commence à remuer tout cet univers putride et corrompu, les visites qu'on lui rend, outre houleuses ou cinglantes, se concluent pour la plupart (principalement celles de ses subordonnés) par un salut, un regard appuyé et une porte qui se ferme.

Polanski montre toujours le même schéma bien appuyé du départ tendu : quand on quitte une pièce de J'accuse, c'est en contenant sa colère, le regard fixe, et la porte claquée, ou en sortant comme une fureur, à l'image de Dujardin après son entrevue avec les généraux. Il n'y a pas de demi-mesure jusqu'à la fin, épilogue joliment dessiné durant lequel Polanski affiche, en plus d'un inévitable goût pour les décors d'intérieur français de l'époque, l'ultime rencontre de Picard et Dreyfus.

Les deux, sachant qu'ils ne s'apprécient pas, tiennent les positions de leur nouvelle vie : celle d'officier de Dreyfus qui en demande peut-être un peu trop, et de rédemption du désormais Général Picard, récompensé pour "avoir fait son travail". Ce dernier face à face, loin du pathos ou du larmoyant, tient sa justesse dans l'estime que se portent les deux personnages en connaissant fermement leurs points de vue sur l'autre : Picard antisémite, Dreyfus trop gourmand.

Et là, en guise de dernier plan, Polanski inverse la tendance : s'ils sortent de la pièce, c'est pour de bon puisqu'ils quittent également le film. Ainsi, on ne les voit pas partir, mais ils continuent de se parler : on tient là la première scène où l'on ne voit pas d'une part un personnage sortir d'une pièce, et d'autre part où l'on suit deux protagonistes qui la quittent en bon terme, droits dans leurs bottes, justes et amicaux.

Avec J'accuse, Polanski démontre que la communication est à la base de toute chose; rien de bien phénoménal dedans, soyons d'accord : c'est la forme que prend cette thématique qui est intéressante. Bien plus qu'un moyen d'atteindre une certaine profondeur d'écriture (que le film possède de façon indéniable), elle lui offre surtout l'opportunité d'essayer son style de mise en scène classique sur un ton plus moderne, le tout prenant place dans un film historique à la reproduction prodigieuse; la scène d'introduction, durant laquelle Dreyfus se fera dégradé, en incarne le parfait exemple : à la composition parfaite, elle affiche une symétrie prodigieuse et compose des plans dignes de tableaux.

Ce n'est d'ailleurs pas pour rien si le réalisateur, féru d'art et de décors, positionne son action et ses personnages de sorte à référencer son film de plein de petites allusions à des tableaux, français pour la plupart : Polanski, tout classique qu'il est, s'inspire du classicisme de la peinture pour la mêler au modernisme du cinéma, dynamisant ainsi sa mise en scène qui a de l'âge (donc de la matûrité et du savoir-faire) des effets de caméra et de montages actuels (à sa façon, bien sûr).

En ressort une oeuvre formellement accomplie que vient compléter la performance tout en sobriété, en charisme et en classe d'un Dujardin qui devient, depuis quelques années, la nouvelle référence en terme d'interprétation française. A ses côtés, des acteurs tous très talentueux (exception faîte de l'étrange Emmanuelle Seigner), des seconds couteaux savoureux, un scénario allant dans le crescendo qui fera monter la tension avec une maîtrise très satisfaisante.

S'il est très classique, J'accuse parvient à tirer le meilleur de son côté daté en modernisant l'art d'un réalisateur affichant une fois de plus sa maîtrise complète des thématiques qu'il développe. Impressionnant.
L'AlsacienParisien

686 abonnés 1 431 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 20 novembre 2019
Je ne m'attendais pas à grand chose avec ce drame en costumes et pourtant, "J'accuse" a su m'intriguer et me tenir en haleine jusqu'au bout. L'atout du film est qu'il est signé avec une très grande maitrise, transformant les faits historiques en rebondissements dignes d'un bon thriller. En retraçant le conflit social et politique de l'affaire Dreyfus, Roman Polanski aborde les thèmes du scandale, de l'antisémitisme, des hommes de pouvoir hypocrites et leurs aveuglements très volontaires. Même si l'histoire date de la fin du XIXème siècle, ces thèmes résonnent encore aujourd'hui dans notre politique actuelle mais elle fait aussi écho, si on veut rentrer dans la polémique, à la vie personnelle du réalisateur... Je ne suis pas rentré tout de suite dedans, le temps de mettre le contexte en place et de m'imprégner de cette atmosphère lourde et sombre. On ressent un pays en plein clivage, apeuré et menacé. On est loin d'un dépoussiérage laborieux d'un cours d'histoire qu'on a pu avoir au collège mais on assiste à l'Histoire qui se présente comme un drame historique à la morale forte et inspirante. L'interprétation solide de Jean Dujardin, en défenseur de la vérité, y est pour beaucoup et montre qu'il faut parfois s'exclure de l'opinion publique pour ouvrir les yeux à la masse populaire. Il est entouré de seconds rôles véreux aux "gueules" parfaites qui participent activement à cette immersion dans une autre époque où l'iniquité règne ! Epoque pas si révolue du coup... La minutie des détails, la musique présente aux bons moments, et surtout le suspense maitrisé de bout en bout marquent ici un grand film, classique dans son traitement mais poignant dans son propos. Polanski donne ici du souffle, de la vigueur et de l'ambiguïté à un pan déterminant de l'Histoire. Certes, le scénario est romancé et densifie l'intérêt des personnages historiques, mais le mariage entre Histoire et cinéma fait ici sensation.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 10 février 2020
Cette relecture de la célébrissime affaire Dreyfus par Roman Polanski est l'occasion de se plonger dans une reconstitution bluffante de la fin du XIXe siècle, avec une photographie assez sombre et une envie manifeste de proposer des décors aussi fidèles que possible. Un sens du détail qui se retrouve également dans des dialogues ciselés et bien sentis. Un écrin de qualité pour un thriller politique bien orchestré, savoureux et scandaleux à la fois, avec un casting parfait, Jean Dujardin en tête. Je vois mal ce qui pourrait nous en détourner !
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