L’Atalante est une expérience étrange, fragile, parfois magnifique, parfois lassante, sur l’amour comme quelque chose d’instable et de fuyant. Jean Vigo filme un couple avec ses élans, ses frustrations, sa jalousie, son besoin d’ailleurs et cette peur très simple de perdre l’autre. Il ne se passe pas grand-chose, c’est vrai, et la lenteur crée parfois une vraie distance. Mais le film existe surtout par ses images, par cette façon de faire naître de la poésie dans le froid, la péniche, les corps fatigués et les petits riens du quotidien. La scène sous l’eau, avec Juliette qui apparaît comme une vision, reste l’un de ces moments où le film touche à quelque chose de pur. J’aime aussi beaucoup la tendresse de Vigo pour ces êtres en marge, jamais regardés de haut, mais à qui il donne une vraie grandeur. Michel Simon est éblouissant en père Jules, sale, drôle, tendre, excessif, comme si tout le désordre vivant du film passait par lui. L’Atalante avance un peu comme sa péniche : lentement, de travers, avec des creux, des fulgurances et des moments d’ennui. Je comprends qu’on puisse discuter son statut de mythe, peut-être renforcé par le destin tragique de Vigo, mort si jeune. Malgré ses limites, il reste dans ce film une liberté, une audace et une poésie concrète qui le rendent tenace.