Avec L'Apollonide, Bonello nous offrait un sublime portrait de femmes, lumineux, érotique, glauque. Avec Saint Laurent, le réalisateur marquait encore plus fortement sa vision du cinéma : abstrait, poétique, expérimental. Avec Nocturama, je ne sais pas, je ne sais franchement pas ce qu'il a voulu faire. Avant toute chose, le film souffre d'un manque de crédibilité évident (des acteurs pas toujours justes, des situations surréalistes, une tension inexistante). On suit une brochette de gamins dans tout Paris, qui marchent, courent, tournent à gauche, à droite, prennent le métro : on est en droit de s'attendre à ce qu'une urgence se dégage de ces mouvements. Mais non. On parle de poser des bombes, on parle de terrorisme. Les acteurs sont bien trop tranquilles, on n'y croit pas. On tue des gens, on n'est à peine bouleversés. Pourquoi ces bombes? Pourquoi ces actes? Quelles revendications? Le spectateur n'est jamais mis dans la confidence. Ce manque d'information, qui apparaît plus ou moins comme un choix délibéré, cache un énorme manque de fond : les dialogues sont médiocres, le contexte n'est jamais posé, les seconds rôles font la plante (le couple de clochards, par exemple, n'apporte rien). C'est un film pauvre. Les personnages masculins sont antipathiques, voire stupides, et les personnages féminins sont léthargiques. On aurait souhaité voir Vincent Rottiers (toujours formidable) et Adèle Haenel (toujours électrisante) plus en lumière, ici trop peu présents. Le film reste vague sur tous les niveaux : la profondeur des personnages, la politique en cours (Valls est cité une fois), les ennemis, la religion (le Paradis est cité)... On ressort surtout avec une question au bout des lèvres : pourquoi ce groupe, qui avait tout préparé minutieusement (on jette les portables, on ne s'appelle pas, on fait comme si on ne connaissait pas dans le métro) décide-t-il de se retrouver, après les actes commis, dans un centre commercial? Ils ont l'air d'avoir beaucoup de choses à dire, les petiots, beaucoup de revendications, sur la société, le monde, la politique, mais quand ils sont tous enfermés dans Printemps, ils jouent aux jeux vidéo, ils picolent, ils écoutent de la grosse musique, ils font les forts, les durs, ils se maquillent et changent de vêtements, affichent clairement leurs marques... Ils crachent sur le capitalisme en faisant péter des bombes à des endroits stratégiques et ils leur roulent une pelle à la première occasion. C'est moi où c'est pas logique, tout ça??