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    Nocturama
    note moyenne
    2,7
    1148 notes dont 167 critiques
    répartition des 167 critiques par note
    9 critiques
    33 critiques
    29 critiques
    36 critiques
    32 critiques
    28 critiques
    Votre avis sur Nocturama ?

    167 critiques spectateurs

    TchoSensei97
    TchoSensei97

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    4,0
    Publiée le 3 septembre 2016
    Voilà un film très spécial... Au début, pendant facilement 15 minutes, on ne sait pas ce qui se passe, ni ce que les personnages font exactement. On ne saura d'ailleurs jamais les motivations de leurs actes, ni en quoi consistait précisément leurs plans, ou comment la plupart se sont rencontrés. Mais cela intrigue (ou perturbe) dès le début, et cela va même jusqu'à nous captiver de plus en plus. On est face à des jeunes lambdas, dont on ne sait quasiment rien, et dont on va assister à l'angoisse grandissante qui virera même à la terreur. Cette atmosphère tendue est notamment valorisée par la mise en scène très originale, qui n'hésite pas à montrer plusieurs fois une même scène sous différents angles pour varier les points de vue, ou à présenter des images chocs avec, comme fond musical, des chansons populaires de tout registre. Et à la fin du film, on se demande encore qui sont ces jeunes, qui forment un groupe complètement improbable, mais justement très intéressant. L'un d'entre eux pense que leurs actes vont les emmener au paradis, alors qu'un autre lui démontre magistralement que c'est n'importe quoi. Certains sont des tueurs sans pitié, alors que d'autres sont particulièrement altruistes. Alors qu'est-ce qui les poussent à travailler ensemble pour poser des bombes ? En ne donnant aucune réponse, ce film démontre intelligemment la vacuité idéologique d'un acte terroriste.
    LeMagduCiné
    LeMagduCiné

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    4,0
    Publiée le 10 octobre 2016
    « Il y a des hommes qui veulent juste observer le monde en train de brûler »

    Quelques années seulement après l’hypnotique L’Apollonide – souvenir de la maison close, Bertrand Bonello revient pour littéralement embraser l’écran dans un film qui fera certainement date tant son atmosphère étouffante et sa mise en scène puissante sont créatrices d’émotions brutes. Loin d’intellectualiser, de chercher à tout expliquer, Bonello se contente de dire « stop », de regarder le monde en train de brûler et de suggérer qu’il est temps de mettre fin à ce XXIe siècle débutant et pourtant déjà aussi fou que sanglant. Le réalisateur a beau être un brin moralisateur en interview, son film est loin de l’être, se contentant de dresser un constat, de filmer des corps en tension, des cœurs tous prêts à exploser, tantôt enfantins, tantôt déterminés, souvent rattrapés par la société qu’ils tentent pourtant de déstabiliser, voire de détruire.
    tixou0
    tixou0

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    0,5
    Publiée le 19 mars 2017
    Un petit groupe d'apprentis anars (pour temps 2.0), qui pourrait caster pour une pub "United Colors of Benetton", s'essaie au "Grand Soir" de la discipline, en posant ("courageusement") des bombes dans des endroits "symboliques" (sur la statue d'une héroïne nationale, à côté du Palais Brogniart, dans un ministère, une tour de La Défense...), et en flinguant en prime quelques "opposants collatéraux". Le point de ralliement de cette belle engeance étant un grand magasin (mix à l'écran entre le BHV Marais et la défunte Samaritaine - permet de faire du "placement de produit" en veux-tu, en voilà...), pour "Nocturama". Une "morale" se réduisant à "le nihilisme est un des Beaux-Arts", cela donne pour Bertrand Bonello un grand....vide (idées, dramaturgie, mise en scène, interprétation...). Remarquez que cela est donc "raccord" avec le propos, quelque part !.... C'est tout ce qu'il y a retenir de ce triste film, "conceptualisant" le mal être de la jeunesse - à deux balles. Et quand même, que semble raisonnable la conclusion spoiler: (sanglante) de l'opus : provoquer l'Etat, sans l'excuse de quelque cause, même très discutable, est le point précis où ne pas aller – sauf appétence pour le suicide...
    Kiwi98
    Kiwi98

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    4,0
    Publiée le 1 septembre 2016
    Écrit il y a de nombreuses années, « Nocturama » se place, dès son postulat, comme une œuvre disposée à créer des débats. Subversif, le film l'est clairement, en nous attachant à des quidams qui, de manière objective, sont des terroristes. Comme il l'a déjà fait dans « Saint-Laurent » et « L'Apollonide », Bertrand Bonello, ici réalisateur et cinéaste, nous entraine dans un spleen éclatant les paradoxes : poésie et subversion, fascination et effroi, anti-conformisme et consommation, construction et destruction ; le tout épousant des personnages marginaux, jeunes, et tous issus de milieux différents, mais motivés par une conception du monde les poussant à commettre des attentats en plein Paris. Jamais nous ne connaitrons la force les poussant à accomplir des tels actes. Sont-ils révolutionnaires, sectaires... ? D'ailleurs, on peine à les prendre au sérieux : ils ont beau se rebeller, ils baignent dans la société de consommation, suivent la mode, écoutent de la musique mainstream et ne cessent de regarder leurs appareils high-tech. Le propos principal de Bonello, tout comme dans « Saint-Laurent », est donc une approche pacifique de l'anti-conformisme. La première heure du film n'est bien sûr pas sans rappeler « Elephant », long-métrage se portant sur la fusillade de Columbine, réalisé par Gus Van Sant en 2003. On retrouve les mêmes personnages mutiques, mais surtout le même montage antéchronologique et « l'effet Rashomon » (répétition d'une même scène, mais à chaque fois sous un angle différent). Toutefois, « Nocturama » n'utilise cette histoire que comme prétexte pour réfléchir aux apories de la société contemporaine.

    Dans sa seconde partie, après que les gus aient commis leurs actes, le film vire au huis-clos. La bande se retrouve dans un magasin parisien luxueux, et s'y enferme dans le but d'échapper à la police. On peut dire que le film démarre réellement qu'à cet instant. Accompagné par la photographie millimétrée de Leo Hinstin, Bonello s'abandonne dans une rêverie sanglante, reprenant de manière audacieuse « Assaut » de John Carpenter, mais enfermant cette fois-ci des protagonistes ayant quelque chose à se reprocher, face au reste du monde. Ce qu'il faut comprendre, c'est que « Nocturama » ne remet pas en cause le terrorisme, ni la jeunesse, mais la société enfantant des monstres. C'est maintenant que les origines sociales multiples des terroristes entrent en jeu : certains se trimballent en costume chics, d'autres viennent du 93. On se demande comment ils se sont connus, et là non plus, le film ne se pose même pas la question, se centrant uniquement sur le présent. Fenêtre nihiliste et rêverie mettant en abîme le chaos absolu, « Nocturama » créé, à l'aide de quelques artifices, une ambiance cristallisant un anti-survival faisant malheureusement songer aux événements ayant frappés Paris le 13 Novembre 2015 (précisons que le film à été tourné seulement peu après l'attaque à Charlie Hebdo). Le cinéma de Bertrand Bonello a souvent été qualifié de baroque. Un terme qui, sans être faux, est abusif et vulgarisateur. Car si il semble aimer stimuler les émotions, le réalisateur, si il n'échappe pas à la démonstration de petit-malin, développe une esthétique allant beaucoup plus loin, épurant à l'extrême sa mise en scène pour souligner un monde capitaliste post-moderne et post-mortem.

    Sensitif, « Nocturama » emporte vers un bouleversement intérieur, où gestes et mouvements entrainent vers le chaos et le vertige du coma sociétal. Flanqué d'un scénario en acier et d'une tribus d'acteurs prometteurs, ce brillant jeu narratif orchestre un ratio particulièrement large, et ainsi un confort de vision absolu dès qu'il devient psychologiquement tendu. Dès que les membres du groupe apprennent leur mort imminente, le film vire à une atmosphère froide, extrêmement stressante, se dilatant comme un échiquier venimeux entre opacité et transparence. Alliant les paradoxes pour identifier l'hypocrisie du monde actuel, « Nocturama » remet également d'aplomb la potentialité de l'industrie du cinéma en France, en nous mettant face à la fascination autant qu'à la tragédie. Explosion méticuleusement planifiée, ce long-métrage réussi à se faufiler dans les dédales de nos émotions aussi bien que dans ceux du métro. Autant ne pas avoir peur des mots : c'est une claque.
    Marc T.
    Marc T.

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    1,0
    Publiée le 13 janvier 2018
    oui oui, j'ai bien tenu les deux longues heures de ce film et - je dois l'avouer - sans trop m'ennuyer en plus, malgré : une mise en scène mauvaise, une photo médiocre, un scénario minuscule, une musique inexistante, et un jeu d'acteur très amateur. L'idée de départ semblait bonne sur le papier, mais son exploitation est pleine de non-sens et de non-dit.
    Daniel C.
    Daniel C.

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    3,0
    Publiée le 2 septembre 2016
    Il y a sans doute une dimension politique dans le film de Bonello. C'est Adèle Haenel, qui l'exprime en disant : "il fallait que ça arrive, ça devait péter". Le grand mérite de ce film, c'est qu'il n'est nul besoin de se réclamer du prophète pour coordonner une action terroriste d'explosions simultanées en différents lieux de la capitale. Quelques nuances avec la réalité : les poseurs de bombes ne sont pas dans la dèche, ni dans le Daech. Ils ne sont pas musulmans, et lorsque l'un d'entre eux évoque un possible salut paradisiaque, son coéquipier présent fait appel à une anecdote entendue en cours d'histoire : en Iran, on envoyait d'abord les ânes pour débusquer les bombes et quand ceux-ci ont refusé, on a envoyé les enfants. Point de paradis à escompter. Venons-en aux points communs avec la réalité : le discours de Valls explicitement nommé dans cette fiction anticipatrice et curieusement quasi conforme au texte officiel. Le second détail, et non des moindres, que met en scène Bonnello, c'est l'élimination méthodique et systématique des terroristes ou supposés tels. Face à ces exécutions systématisées, alors que la plupart choisissent de se rendre, la question qui vient chez le spectateur, c'est de se demander pourquoi il faut absolument les faire taire, les éliminer sans leur demander des comptes, des explications à leurs gestes. Pourquoi les museler définitivement ? Quel danger y aurait-il à entendre leurs revendications, leurs mobiles éventuels ? Certes, ils ne jouent plus selon les règles de la démocratie, mais cela doit-il conduire les forces de l'ordre à quitter les règles de la démocratie pour devenir des combattants guerriers n'ayant d'autres alternatives que la mort des assaillants. Le MEDEF a fait partie des oubliés dira l'une des participantes avec regret. L'attaque vise l'économie capitaliste dans le film de Bonello, ce ne sont pas le plus de victimes humaines, qui est dans le film leur objectif. Ces jeunes gens ont conspiré dans un mouvement collectif d'élation. Des attaques de panique et d'angoisse les gagnent ensuite. Ils sont touchants dans ce magasin circulant entre jouets et vêtements... Bref Nocturama est un film, qui met mal à l'aise et provoque une incitation à la réflexion.
    alain-92
    alain-92

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    4,0
    Publiée le 3 septembre 2016
    La première image survole un Paris magnifique. C'est beau et rapide. Dans le métro, ses couloirs, ses wagons, ses entrées et sorties, des jeunes gens, qui ne semblent pas se connaître, paraissent tous déterminés et pressés. Tout est réglé comme un ballet. C'est assez long. Si le scénario prend son temps pour dévoiler le récit, l'atmosphère devient rapidement étouffante. Nous ne saurons que peu de choses sur chacun des protagonistes qui s'attaqueront à un ministère, une banque ou encore la statue de Jeanne d'Arc. Pourquoi ? Bertrand Bonello précise : "J’ai donc écrit très vite une version, qui répondait à ce climat que je ressens depuis longtemps, que je qualifierais "d’effet cocotte minute", c’est-à-dire quelque chose qui frémit et face auquel je me pose souvent la question de "Pourquoi ça n'explose pas" ? Les actes et les crimes commis augmentent le questionnement du le spectateur. L'anxiété de ces "ennemis de l'état" devient contagieuse. La mise en scène est irréprochable. Il en va de même pour les éclairages de Léo Hinstin tout autant que pour les décors de Katia Wyszkop. Avec un bémol toutefois, cette avalanche de marques, de créateurs ou de linge de maison, trop visibles et quasi omniprésentes. Une grande publicité trop appuyée, gênante, et qui n'apporte rien. Un film prémonitoire ? On peut espérer que non. Une réflexion sur notre temps, certainement. Avec des moments particuliers et parfaitement réussis. Tels, le play-back de My Way, chanté par Shirley Bassey, "la scène la plus irréelle du film" précise le réalisateur. Ou encore ces moments de silence angoissants. Ce film est étourdissant, voire hypnotisant, de bout en bout.
    Yves G.
    Yves G.

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    1,0
    Publiée le 31 août 2016
    Sept jeunes gens organisent une série d'attentats simultanés dans Paris. Leurs crimes commis, ils se retrouvent à la nuit tombée dans un grand magasin de la capitale.

    "Nocturama" démarre bien. Pendant sa première demie-heure, Bertrand Bonello filme sans paroles sur fond de musique électro l'arrivée des protagonistes sur les lieux de leurs méfaits : la Bourse de Paris, la Tour Global (sic) de La Défense, le ministère de l'Intérieur (bizarrement situé rive gauche), l'appartement du PDG de HSBC France... Comme dans un film de Melville ou "24 heures chrono", la nervosité des poseurs de bombes est contagieuse. On s'interroge : quels sont leurs cibles ? quels sont leurs motifs ? parviendront-ils à leurs fins ?

    Hélas, "Nocturama" n'est pas un film d'action. Les bombes explosent en split screens - manifestement le budget effets spéciaux a été réduit à la baisse. Et le film s'encalmine dans un grand magasin (La Samaritaine ? Le Grand Marché ?) où les jeunes gens ont l'idée particulièrement peu avisée de se regrouper (pourquoi diable ne rentrent-ils pas tranquillement chez eux ?).

    Des motivations de ce groupe, on ne saura pas grand'chose si ce n'est à travers quelques flashbacks patauds où on en voit les membres s'initier au maniement du Semtex. Dans ce grand magasin, on les voit céder aux sirènes de la grande consommation et du luxe, contre lesquels pourtant ils viennent d'orchestrer des actions terroristes. Ils forment un groupe hétérogène venant d'horizons variés : le 9-3, Sciences Po (un jeune con encravaté parlant d'égal à égal à un ministre ami de son père) ; mais Bertrand Bonello ne brosse pas un portrait de groupe.

    Si "Nocturama" n'est ni un film d'action, ni un portrait de groupe, alors qu'est-ce ?

    De deux choses l'une. Soit "Nocturama" est une pure œuvre d'art. Mais où est passée l'élégance du réalisateur de "L'Apollonide" aussi maladroit à éclairer ses jeunes acteurs qu'à les diriger ? Soit "Nocturama" est une prophétie politique, annonçant l'inéluctable basculement d'une jeunesse nihiliste dans la violence aveugle. Pour radical qu'il soit, ce point de vue se révèle d'une navrante pauvreté faute d'être exploité.
     Kurosawa
    Kurosawa

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    4,5
    Publiée le 10 septembre 2016
    Sans rapport direct à l'actualité, Bertrand Bonello signe un grand film politique dans la mesure où celui-ci est avant tout intuitif. Pour le réalisateur de "Saint Laurent", être cinéaste c'est "mettre en forme ses intuitions", c'est donc pour le cas de "Nocturama" mettre en scène une idée de la société contemporaine et plus précisément de la jeunesse. Arrivée au point insurrectionnel, elle déciderait de poser des bombes dans des lieux précis de Paris (le ministère de l'Intérieur comme symbole politique; l'immeuble d'une grande banque comme symbole financier; la statue de Jeanne d'Arc comme symbole républicain repris par l'extrême-droite), dans un ballet mutique de bout en bout hypnotique et fascinant où seuls les gestes comptent. Ni discours ni psychologie, même dans l'insertion de deux superbes flashback qui montrent brièvement la composition du groupe et la préparation des attentats, mais une même volonté de frapper fort tout en souhaitant éviter un trop grand nombre de victimes avant de se retrancher dans un Grand Magasin. Une fois l'irréparable commis, une fois passées les marches dans les dédales du métro et les actes dans les lieux visés, il ne reste plus que l'attente dans le temple même de la consommation, cimetière qui fait revenir les morts afin d'hanter ceux qui seront avalés par les flammes infernales, lieu onirique et fantasmé qui projette déjà la fin inéluctable (la scène des mannequins protégés par le plastique) de jeunes dépassés par la réalité et rattrapés par leur innocence, qui se maquillent, jouent et écoutent de la musique à fond pour retrouver la part enfantine restée invisible lors de la première partie à l'extérieur. Bonello ne juge pas ses personnages mais les accompagne dans leur tragédie et leur mélancolie, sentiments incarnées à merveille dans les deux dernières musiques écoutées ("Call Me" et le thème principal d' "Amicalement vôtre") et tente désespérément de retenir le temps en multipliant les points de vue dans les mêmes scènes rejouées, idée formelle déjà employée par Bonello dans "L'Apollonide", à l'instar du splitscreen qui sert ici à montrer la fracture d'un groupe qui n'avait pas prévu l'assaut final du GIGN, d'une froideur implacable et génialement découpé par un cinéaste qui prouve qu'il est autant à l'aise dans une abstraction imprégnée d'un dandysme langoureux que dans un hyperréalisme capable de générer une tension à la fois vibrante et malaisante. Bertrand Bonello a donc réalisé le grand film politique et esthétique espéré et pose un regard bouleversant sur notre jeunesse, inscrite dans un monde qui l'attire autant qu'il la révulse, révoltée puis gagnée par ses pulsions de mort, dangereuse avant d'être déchirée, anéantie. Lumineux et désespéré, un film pour l'avenir !
    Top of the World
    Top of the World

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    4,5
    Publiée le 4 septembre 2016
    Au XXIème siècle, quelle forme prendrait un mouvement insurrectionnel venant d'un groupe de jeunes gens suffisamment révoltés et déterminés pour vouloir ébranler notre société ultralibérale ? Rien de moins que des attentats selon Bertrand Bonello, qui met en scène des individus aussi soucieux de réveiller les consciences que de tuer le moins de monde possible. Dans le première partie, hors quelques flash-backs intelligemment distillés, ces personnages ne sont que des êtres en mouvement, des figures mutiques suivies par la caméra virtuose du cinéaste, qui organise un ballet hypnotique au cœur de Paris. Après les attentats, le groupe, incomplet à présent, se réunit dans un grand magasin pour y passer la nuit. Que faire alors ? Tuer le temps, s'éparpiller, balancer de la musique à fond, jouir de cette société de consommation qu'ils viennent d'attaquer. S'enfoncer, comme le spectateur, dans cette nuit qui défile mais semble ne jamais s'arrêter, dans ce purgatoire luxueux qui n'appelle que l'enfer. spoiler: Et même y inviter d'autres fantômes (le couple de SDF) à partager une mort cruellement inéluctable, après avoir été rattrapé par des errances trop humaines.
    Bonello filme ses épatants comédiens (mention spéciale à l'extraordinaire Finnegan Oldfield) avec un glamour magnétique et langoureux, sans renoncer à son goût pour un dandysme envoûtant. Le réalisateur, dont le talent rare est à la hauteur de sa folle ambition, a trouvé dans ce sujet un moyen de faire résonner individuel et collectif, générationnel et intemporel, sensualité et cérébralité, tout en poursuivant des obsessions très personnelles, pas seulement thématiques mais aussi narratives (avec ces retours en arrière et répétitions qui forment des boucles enivrantes) et formelles (extrême intelligence de l'alternance de musique diégétique et extradiégétique, intuition géniale qui fait de caméras de surveillance un split-screen). Nocturama n'a peut-être pas tout à fait la richesse interprétative et l'ampleur fascinante du somptueux Saint Laurent, mais s'impose comme une oeuvre qui n'a pas fini de nous hanter.
    Laurent C.
    Laurent C.

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    5,0
    Publiée le 1 septembre 2016
    Dire de "Nocturama" que c'est un grand moment de cinéma est presque un euphémisme. "Nocturama" va au-delà même du cinéma. C'est une œuvre complète qui mêlent littérature, peinture, sons et images. Dès la première image, tournée d'un hélicoptère, qui montre Paris scintillante et flamboyante, mais séparée par deux rives, l'ambiguïté sociale et esthétique domine, d'autant que lui succède tout de suite après, la noirceur du métro, à coup d'une musique électronique, dense et exaltante. Dès ce moment, le spectateur sait qu'il est rentré dans un univers fracturé et décadent, où règnent le danger, le désir, et la peur. Bonello aime le cinéma et il le rend magnifiquement bien. "L'Apollonide" et "Saint-Laurent" étaient déjà un miracle du détail. Ces œuvres profondément baroques annonçaient sans le savoir un épisode contemporain, cette fois, situé pour la plus grande partie dans l'ancienne Samaritaine, aménagée pour l'exercice en un sublime supermarché de luxe, j'allais dire de luxure et de perte. Il y a dans ce film des résurgences très anciennes d'un cinéma des années 90. On pense au fameux "Subway" de Luc Besson, sinon que les scènes ne se passent pas dans un métro mais dans le ventre de Paris, un immense centre commercial qui déborde de vêtements, de bouffe, de brillance et d'argent. Les jeunes-gens viennent ici, pour consommer, certes, mais surtout pour se protéger. Comble du paradoxe, ces adolescents se réfugient dans le temple de la consommation, alors même qu'ils s'érigent en contestataires militants de ce monde-là. Sauf quelques-uns, plus faibles, que la musique assourdissante exalte. La toute première partie de ce film est déjà une anthologie à elle toute seule. La caméra, géniale, rapide, suit le groupe de jeunes gens à travers Paris, d'une station de métro à l'autre, d'une rue à l'autre, d'un battement de cœur à l'autre, avant que tout se précipite. Tout y est : la mécanique de la peur, la précision morbide de celui qui va commettre le pire, les annonces au micro de la RATP, la musique électronique, et le passé proche qui ressurgit comme des étoiles au milieu d'un ciel lugubre. Vous l'aurez compris, "Nocturama" est l'une des plus grandes œuvres de l'année cinématographique.
    Fabien D
    Fabien D

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    4,5
    Publiée le 4 septembre 2016
    Nocturama sera sans aucun doute l'un des grands films de cette année 2016. En refusant toute forme de psychologisme, le dernier Bonelli met en scène une jeunesse désœuvré qui commet dans Paris toute une série d'attentats. La première partie du film est un fascinant exercice de style quasi muet aussi troublant que captivant alors que la suite dans le centre commercial est d'une poésie et d'une mélancolie poignante. Les personnages fantomatiques errent comme hors du temps dans un univers capitaliste qui les fascine autant qui les révulse. Formellement, le film est magnifique servi par de somptueux travellings et une photographie sublime. La séquence finale, tant attendue, est une véritable leçon de mise en scène avec son jeu de caméras et ses points de vue multiples. Un film dur, malfaisant mais d'un symbolise fort. Bonello est bien l'un des grands cinéastes de notre époque.
    brunetol
    brunetol

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    4,0
    Publiée le 1 septembre 2016
    Toujours aussi élégant, toujours aussi nonchalant aussi, dans les thèmes abordés de biais, avec une certaine jubilation y compris dans la noirceur, Bertrand Bonello impressionne une fois encore, avec ce film très référencé, qui puise ses influences dans une riche et éclectique cinéphilie (de Belphégor à Gus Van Sandt, de John Carpenter à Stanley Kubrick). Difficile d'y voir autre chose qu'un exercice de style, mais c'est là qu'il excelle. Des jeunes font péter Paris, juste parce que "ça doit péter"... Politiquement, on reste dans l'allégorie prudente quant aux motivations réelles de ces "terroristes" d'opérette, très improbables, qui reconstitue une mixité sociale qui d'ailleurs ne l'est pas moins (improbable). Mais le film parvient à rester d'un bout à l'autre séduisant et intrigant. Fasciné par ses jeunes comédiens, qui croisent aussi le vétéran Luis Rego et le toujours inquiétant - mais impeccable - Vincent Rottier, Bonello nous entraine dans son carousel avec grâce et inspiration, et ce sens de la musique et du son tellement rare dans le cinéma français.
    traversay1
    traversay1

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    3,5
    Publiée le 1 septembre 2016
    "L'histoire que je raconte n'a rien à voir avec les attentats de 2015." Et quand bien même, Bertrand Bonello aura beau se défendre, avec Nocturama il joue avec les allumettes et comme on ne peut le croire inconscient ... Ceci dit, il faut voir le film et tenter de comprendre son message, en essayant d'oublier le climat anxiogène de l'époque. Il est certain que Nocturama pose tout un tas de questions et qu'on ne dise pas que son discours est confus. Certes, il ne dit pas explicitement quelles sont les motivations de ses jeunes anarchistes (le terme serait peut-être plus juste que celui de terroriste) mais vu les symboles auxquels il s'attaque, les cibles semblent bien précises. Mais Bonello, en excellent cinéaste du trouble et de l'ambigüité, filme les actes et les conséquences de manière bien distinctes et c'est dans la deuxième partie que son talent se montre le plus évident (le prélude est quelque peu longuet, l'épilogue aussi d'ailleurs). Point question de réalisme, le styliste est à l'oeuvre avec plusieurs scènes fracassantes de beauté et de poésie mortifère. C'est bien là que se situe l'embarras du cinéphile qui reconnaîtra les qualités de Nocturama tout en s'interrogeant sur les risques pris à filmer un tel sujet, maintenant. On peut toujours se dire que le jugement sera plus serein plus tard quand on pourra parler uniquement de la valeur cinématographique de ce métrage abrasif et dérangeant. En attendant, ses contempteurs autant que ses thuriféraires ont les uns comme les autres de bonnes raisons ... d'avoir raison.
    PLR
    PLR

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    4,5
    Publiée le 6 septembre 2016
    Quel film ! Certes, au premier abord il peut apparaître un peu difficile au commun des spectateurs. Le démarrage est à dessein lent, avec peu d'action. Après coup, on comprend que le scénario a pour lui la durée inhabituellement longue du film et que beaucoup de temps est pris pour la finalisation du sujet, pour sa mise en tension. Ceci peut rebuter un public davantage avide d'action rapide. Produit par Arte, on est ici quelque peu dans le cinéma d'Art et d'Essai. Du film d'auteur assurément. Du sujet on sait aussi déjà beaucoup de choses à l'avance, ne serait-ce que par les Secrets de tournage ici. L'intrigue largement dévoilée éloigne le spectateur des faits et reporte son attention sur les membres de cette "cellule invisible", genre Tarnac. Pas des mercenaires ou des para-militaires mais des jeunes, dans leur diversité. Et, mine de rien, une sorte de syndrome de Stockholm finit par se glisser. Notamment face à l'issue brutale et sans tergiversations dont on ne peut s'empêcher de penser qu'elle aurait pu être visée par la censure en ces temps troublés. Vraiment, un film qui secoue.
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