Je me suis ennuyée. Certes le propos est tout à fait à propos. Les petites pièces (pions) que nous sommes, nous petits salariés ou chômeurs face à ces grosses machines dégoutantes. Pôle emploi, inefficace, dépassé, le patron du supermarché inhumain, écœurant, cherchant à licencier ses caissières parce qu’elles récupèrent les points ou les bons. Pourtant on s’ennuie. Le rapprochement avec les frères Dardenne ou Ken Loach ne tient pas la route. On ne s’ennuie pas avec eux. Une tension, une dynamique énergisante nous faisait suivre Marion Cotillard ou les « pauvres gens » anglais (cf Victor Hugo et Guédiguian). Oui nous partageons le fond, cette révolte face à cette « tragédie ordinaire » (Pierre Murat), le film est un vrai film par son regard et sa mise en scène, plans américains, plans fixes, plans séquences, pas de musique, pas de scène agréable, oui tout cela est criant de vérité, tout comme Vincent Lindon, on est presque dans un documentaire mais on s’ennuie.
Vincent Lindon est souvent filmé de dos, de trois quart avec en prime des chambranles de porte « La tête haute » d’Emmanuelle Bercot est bien plus prenant, avec, certes, davantage de ficelles cinématographiques, mais également des acteurs tout aussi impressionnants (Benoit Magimel et Rod Paradot entre autres).
S’il est vrai que je n’oublierai pas le regard de Vincent Lindon, ni son attitude, renvoyant à nos propres défis quotidiens, je suis déçue par le film.