Attention on entre de plein pied dans ce que l’on peut nommer le cinéma d’auteur français pur jus. Certains le trouveront chiant et préfèreront s’abreuver d’images de films formatés pour les prime-time TF1 sans aucune aspérité ni réflexion. C’est leur choix. Mais le cinéma de Despleschin constitue au fil du temps une œuvre importante de notre patrimoine culturel français ; c’est un cinéma particulier mais jamais poseur qui, comme le vin rouge, s’apprécie avec le temps et l’envie de sortir des sentiers battus. Ces fragments de jeunesse auxquels il nous invite se confondent souvent avec des fragments de la nôtre et c’est aussi ça la magie de son cinéma. On avait peur qu’il ne rentre trop dans l’analyse psychologique en raison du postulat autobiographique jamais masqué de son film - ce serait en effet la continuité de « Comment je me suis disputé… Ma vie sexuelle » avec déjà Paul Dédalus, son double, comme personnage principal. On y échappe fort heureusement et on se plait à suivre ces aventures sentimentales d’adolescent prenant place à Roubaix et convoquant souvent les nôtres à la manière d’une madeleine de Proust, auteur dont il est souvent mais vaguement fait allusion ici. On ne saurait dire pourquoi, peut-être par la magie d’instants de grâce, on en vient à être fortement émus alors que les scènes ne s’y prêtent pas. C’est aussi ça la magie de son cinéma. Cette œuvre n’est pas exempte des défauts inhérents au cinéaste et rendant ses films trop hermétiques pour beaucoup : voix off sentencieuse et inutile, personnages qui parlent face caméra, dialogue parfois trop écrits, … De plus la dernière demi-heure est un peu longue et pesante. Et à la fin de la projection on en vient à se demander pourquoi ces trois souvenirs… Alors que les deux premiers ne prennent qu’un quart du film et ne servent finalement pas ce qui constitue son cœur. Ce fameux cœur où il est question de cette passion amoureuse et qui cristallise le troisième souvenir. Étrange mais c’est aussi ça la magie de son cinéma… Il ne faut pas oublier, dans cette année à peine commencée et visiblement emplie de jeunes révélations masculines, la découverte extraordinaire de Quentin Dolmaire, plus que de Lou Roy Lecollinet (tout de même très bien). Après Rod Paradot pour « La Tête haute » la semaine dernière, voilà dans un tout autre registre, un acteur prometteur. Troublant, agaçant, charmeur, érudit, chacune des facettes de son personnage est habitée et incarnée majestueusement. De son timbre de voix à sa dégaine, encore un dont on n’a pas fini de parler et qui fait beaucoup dans cette parenthèse du souvenir verbeuse mais intéressante.
J'avoue que même si je n'ai pas détesté, loin de là, j'ai quand même été un peu déçue par ce nouveau Desplechin. Encore une fois, les louanges ont été tellement unanimes, y compris par les gens de ma famille, que je me suis dit : "tiens voilà le chef d 'oeuvre de l'année !". Il est vrai que l'intérêt du film résulte en grande partie de ses trois parties, consacrées à trois âges de la vie du héros, Paul Dédalus. C'est effectivement toujours intéressant de voir l'évolution d'un personnage, à travers le déroulement de sa vie.
J'avoue que j'ai beaucoup aimé le jeune acteur, Quentin Dolmaire qui joue Paul Dédalus adolescent, mais par contre, je n'ai pas été saisie ni émue une seule fois par le jeu de la jeune actrice, Lou Roy-Collinet, qui joue Esther. Elle m'a fait ni chaud ni froid, dans ses attitudes boudeuses et nonchalantes. Le grand Amour qu'éprouve pour elle Paul Dédalus demeure pour moi incompréhensible. Par contre, les rôles des amis, du cousin, toute cette ambiance des années 70 sont intéressants.
De plus, j'ai trouvé que la partie sur l'enfance est trop elliptique, voire bâclée. On ne comprend pas notamment le désespoir de la mère, pourquoi elle se suicide. Vous me direz que ce n'est pas le sujet du film, centré sur Paul, mais quand même, cela aurait aidé à comprendre pourquoi Paul a évolué comme ça, quelle est l'origine de ses fractures.
L'âge mûr est plus travaillé et on retrouve avec joie notre Amalric préféré, celui que j'ai tant aimé dans l'autre Desplechin qui est en fait une suite de celui-ci, "Comment je me suis disputé". Sa nostalgie, ses regrets sont touchants.
En conclusion, je suis mitigée sur ce film ce qui explique ma note moyenne, mais je conseille néanmoins d'aller le voir pour se faire sa propre idée sur cet épisode de ce cinéaste de talent qu'est Desplechin.
Fleur au fusil, je pars voir le Desplechin avec hâte. Le recalé (scandaleux) de la sélection aurait donc mérite à être choyer. Non, non non. Fade, sans relief, je n'y crois d'abord pas. Je me dis que çà va venir, trop euphorique et mal rentré dans l'histoire. Non, toujours rien après une heure. Esther n'y peux rien, malgré une très belle promesse d'avenir, elle joue dans le film que Desplechin aurait du jamais faire. Il vient d'acter un cinéma boboïsant, surfait et sans effet. J'ai bien peur qu'après le déclin du Jimmy P., le cinéaste s'engloutisse dans le néant.
Très partagée à propos de ce film... En fait, je ne sais pas trop où Desplechin nous emmène. On le suit, on apprécie les dialogues, on attend un évènement qui n'arrive jamais. En fait, je n'ai sans doute rien compris!
Je fume quand je lis, je fume quand je parle, je fume quand je regarde la télé, je fume quand je téléphone, je fume quand je me rase, je fume quand je caresse ma petite amie, je rallume une cigarette quand la précédente se termine, je suis, je suis ... le héros d'un film de Desplechin. Je suis pauvre, j'ai du mal à me loger, mais je peux m'acheter mes 5 paquets de cigarettes chaque jour. A chaque plan, un des personnages allume une cigarette, ça en devient ridicule, comme une bonne partie du film d'ailleurs. Pas le plus mauvais desplechin, car Paul est attachant par moment, notamment avec l'épisode russe, puis on retrouve des dialogues écrits, une histoire d'amour peu passionnante et cette approche intello, qui finit par nous faire trouver le temps long.
Etymologiquement, le dédale, est un lieu où l’on peut se perdre, un ensemble compliqué, inextricable. Pas étonnant alors que le personnage fétiche de Desplechin porte ce nom. Paul Dédalus, où comment l’on aime se perdre en suivant ces trois moments d’une vie si extraordinaire et si commune à la fois… Vie en labyrinthe, qui ne trouve son sens qu’en toute fin du film, après nous avoir séduit, agacé, enthousiasmé et touché… Depuis toujours Desplechin cultive le paradoxe avec plus ou moins de bonheur. « Trois souvenirs de ma jeunesse » se place sans conteste au dessus du lot. D’un récit qui se veut aussi obscur que limpide, l’auteur a ciselé les mots donnant aux dialogues vigueur et humour désabusé, un flux de mots dont on se délecte. De l’image, le réalisateur se joue des couleurs, au détour d’une scène le bleu de la sagesse de Paul rayonne de l’écharpe à une palissade en passant par un pilier, ou d’une autre avec le rouge passion d’Esther illuminant son visage et irradiant son entourage… de la vie l’homme se remémore son passé, d’un Roubaix en véritable ville de Western, aux émois d’un vilain petit canard qui séduit par sa singularité et cette la famille si austère… ses pages de vie se réinterprètent ici. Et, coïncidence ou volonté, le cinéphile qu’il est, reconsidère le travail des grands cinéastes tel Bergman (la 1ère partie évoque « Fanny et Alexandre »), Pialat (la jeunesse de seventies de « Passe ton bac d’abord »), parfois même des emprunts à Dolan (ralentis sensuels des « Amours imaginaires »). C’est un film bouillonnant de plaisir, de désir de sourire que ces trois souvenirs revendiquant sa douce folie et plus encore la passion. Passion d’une vie, passion du verbe, passion de faire un film, passion de la subtile intelligence. Le film très structuré (3 parties, un épiloque) est un chant d’amour à l’étrangeté de la vie, à sa force qui nous tenaille et qui nous pousse toujours plus près de la mort… Les acteurs participent tous à mettre en vie cet incroyable périple, du royal Amalric, à l’incandescent Quentin Dolmaire, de l’ineffable Lou Roy Leconillet à Françoise Lebrun (qui l’on retrouve avec plaisir) jusqu’au très jeune Antoine Bui (Paul enfant) tous sont extraordinaires. On se demande face à un tel émoi pourquoi le film ne se trouve pas en compétition officielle à Cannes. Il porte haut les couleurs d’un cinéma français créatif et intelligent retrouvé.
Respect pour ceux qui ont aimé, mais pour moi, quelle purge ! Un film poseur, maniéré, touchant parfois au ridicule. On reste de passifs et distants spectateurs devant cette amourette adolescente exagérément montée en épingle par une mise en scène et des dialogues artificiels. La comédienne qu'on peut sans doute trouver charmante m'est affreusement antipathique. La musique évoque de temps en temps le Truffaut de "Tirez sur le pianiste" ou le Hitchcock de "Vertigo" mais Desplechin n'est vraiment pas à la hauteur. J'ai découvert "Comment je me suis disputé" avec plaisir quand j'avais 18 ans. "Rois et reines" reste une très belle émotion de cinéma (même si surfaite de temps en temps). "Un conte de Noël", passe encore. Mais celui-là, impossible...!
Entre fiction et autobiographie, Desplechin tricote un pêle-mêle au montage nerveux, s'autorisant les sautes d'axe et les faux raccords, avec voix off, lettres lues en regards caméra et dialogues littéraires dits -presque- sans souci de réalisme. L'ombre de Truffaut plane encore et toujours sur ce cinéma. (...) Sublimée, parfois fantasmée, la jeunesse chez Desplechin est belle parce qu'elle est éternelle, puisque figée dans le souvenir. De cette insouciance, cette insolence intemporelle, rien ne s'efface, reste le parfum volatil d'un passé dont la présence colle à la peau.
Trois souvenirs de ma jeunesse est du Desplechin pur jus, à réserver à ses fans et à éviter pour ceux que le verbe toujours foisonnant du cinéaste exaspère. En se citant lui-même et en reprenant son personnage fétiche de Dedalus, dont il approfondit le parcours adolescent et sentimental, Desplechin s"autorise à plonger dans ses archives mentales d'intellectuel nourri au lait du romanesque. Autrement dit, Trois souvenirs de ma jeunesse est un film littéralement littéraire, un peu beaucoup à la façon de Truffaut et dont la manière pourrait être insupportable si elle n'était irriguée par un flot de sensations contraires, confuses parfois, dans un itinéraire initiatique certes plus cérébral que tendant vers l'action. La majeure partie de la critique parisienne y voit une sorte de fantasme idéal du cinéma qu'elle soutient, enfant de la nouvelle vague et d'un romantisme daté années 80. Desplechin filme comme il sait le faire et c'est souvent brillant malgré de nombreux tics de mise en scène. Les deux acteurs qui se partagent la vedette, Quentin Dolmaire et Lou Roy Lecollinet, sont vraiment excellents, vibrants et charmeurs, y compris dans les longs dialogues qu'ils ont à défendre. Mélancoliques et nostalgiques comme tous souvenirs de jeunesse qui se respectent, la matière première qui sert de pâte à Desplechin est sans doute loin d'être épuisée. Comme Antoine Doinel en son temps, on aimerait assez voir les comédiens cités plus haut vieillir à l'écran, tant leur relation complexe et passionnée mérite une suite à l'âge adulte..
Après une aventure Outre-Atlantique, Arnaud Desplechin revient à un cinéma et à un personnage plus familier. Dans "Trois souvenirs de ma jeunesse", on retrouve Paul Dédalus, héros de "Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle)" en proie à un problème d'identité puisqu'un autre Paul Dédalus né le même jour et la même année que lui a été retrouvé. L'occasion pour Paul de se souvenir de sa jeunesse, de la fois où il a fait un voyage scolaire en Russie et surtout de sa rencontre avec Esther, femme aussi sensuelle que capricieuse. Parfois un peu longuet, le film brille tout de même par la façon dont Desplechin raconte la jeunesse avec une vision romancée et des personnages qui débitent des dialogues très écrits. Bizarrement, la sauce prend et on se retrouve vite devant un film qui ne manque certainement pas de charme, dont on ne sait pas toujours où il veut en venir mais qui parvient à chaque fois à nous captiver. L'interprétation des deux jeunes acteurs ainsi que celle de Mathieu Amalric n'y est sûrement pas pour rien.
La cuvée Desplechin 2015 est une réussite totale mais à voir seulement par celles et ceux qui ont le courage de se replonger dans les tourments de l'adolescence passionnée. Au fond chacun y trouvera ou retrouvera ce qu'il veut, moi c'était une certaine passion pour la vie, un certain regard sur le monde et l'intensité des sentiments les plus profonds et sincères. Une époque où on était vrai et intègre. No compromise ...
Ah le dernier Desplechin ! Après la déception qu'était Jimmy P. je l'attendais celui là et c'était excellent ! Alors j'ai peu de souvenirs de comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) qui m'avait moins marqué que Conte de Noël et Rois et Reine, mais ça m'a donné envie de le revoir parce que trois souvenirs de ma jeunesse c'est le retour de Desplechin à un très haut niveau. Étonnant qu'il soit relégué à Cannes à la quinzaine des réalisateurs... parce que bon... vu que ce qu'il y a en compétition c'est on ne peut plus surprenant.
Alors ce n'est pas le meilleur Desplechin, je préférerai encore Rois et Reine et Conte de Noël ! Mais Waouh ! ça fait du bien de voir ça ! Alors j'aurai aimé voir Devos, rien qu'un cameo, qu'une apparition, même muette, mais quel film malgré tout ! (et c'est plus envie personnel qu'un réel manque au film) Si le début peut faire un peu peur, on se tape l'enfance de Paul, puis son voyage à Minsk, alors ce n'est pas mauvais, mais ce n'est pas ce que je veux voir et ce ne sont pas les meilleurs moments, ce que je veux voir c'est sa relation avec Esther ! Et heureusement c'est la partie la plus longue (elle doit bien durer 1h30).
Et là c'est le festival, parce que oui ce n'est pas "réaliste" mais on s'en fout, c'est vrai, c'est bien mieux, la relation entre Paul et Esther est d'une justesse incroyable, déjà parce que les deux jeunes acteurs sont bons, surtout Lecollinet (la fille), tous les deux ressemblent aux acteurs adultes (et même le gamin qui joue Paul petit), ont la même diction, le même charme, c'est fou ça et on n'est pas dans l'imitation, peut-être parce que je ne les ai jamais vu ailleurs, mais j'ai vraiment vu Devos et Amalric jeunes.
Toutes les situations sont géniales et le film montre, parle des vraies choses de la vie, les amitiés qui se délitent avec le temps, la séparation... L'amour de jeunesse pour lequel on garde de très bons souvenirs, où l'on sait qu'on est marqué à vie par cette personne. Et on voit ça pas parce que c'est dit, mais parce que chacun situation le crie ! Et ça c'est beau ! C'est vraiment une "super" relation de cinéma (bon parce qu'en vrai ça risque d'être plus compliqué), mais ça dit des choses vraies et c'est ça qui rend le film vraiment émouvant, les étreintes, les dialogues, les maladresses, les séparations, les retrouvailles, les regards... surtout le regard désinvolte de Lecollinet.
La scène de fin est vraiment magnifique, on a vraiment un super regard.
Et quelque part c'est un beau film assez mélancolique (puisqu'on est dans le souvenir), un portrait doux amer d'une vie.
Sans doute, tout le monde n'y trouvera pas son compte, tout le monde n'aimera pas ces personnages fantasmés, où tout le monde est cultivé, où tout le monde a un charme nonchalant... Mais qu'est-ce-que c'est beau.
En gros j'ai vraiment adoré, non seulement il y a une empathie folle qui se créer avec Paul Dédalus, des dialogues somptueux, mais bon, Paul Dédalus c'est un peu chacun d'entre nous.
Un chef d oeuvre!! Un film profond, drole et brillant sur la jeunesse, l'amour, l'amitié... Des acteurs fascinants, une mise en scène virtuose, Desplechin a encore frappé