Je ne bouderai pas le plaisir que j'ai éprouvé à regarder le film de Leos Carax "Annette". Mais à la réflexion je le trouve bien inégal.
J'y vois trois moments : l'idylle amoureuse exceptionnelle et improbable entre une chanteuse lyrique et un comique provocateur; la montée paroxystique d'une violence intérieure chez l'homme jaloux du succès croissant de sa femme alors que lui même accélère son déclin public ; l'instrumentalisation par le père du don de leur enfant à des fins lucratives.
La première partie m'a paru quelque peu ennuyeuse. Elle laisse bien présager pourtant de la suite de l'histoire en opposant l'univers lyrique de la femme soprano, les bras chargés de fleurs à la fin du spectacle, au monde agressif de l'homme passionné de moto - qu'il pratique de préférence la nuit - qui vient la rejoindre à la fin du spectacle, casqué, et qui jette les fleurs comme pour provoquer la foule des amateurs d'art lyrique. Mais heureusement que les protagonistes de l'histoire s'expriment peu car les textes de cette comédie musicale sont d'une pauvreté navrante.
La deuxième partie, où l'on assiste à la montée de la jalousie et de la violence intérieure chez Henry, est absolument splendide, tant par les décors que par la mise en scène époustouflante. On ne pourra oublier la danse effrénée sur le pont d'un bateau alors que la tempête fait rage, danse qui sera responsable de la mort d'Ann.
Mais ensuite, éblouis par une telle montée paroxystique, prévenus que le fantôme de sa femme le hantera sans fin, on souhaiterait que le film se termine là, sur cette île déserte où échouent finalement le père et sa fille.
Malheureusement l'action n'en finit pas de rebondir encore et encore, et l'on nous inflige une nouvelle histoire. Eprouvés par la tragédie grandiose qui nous a été donné de voir, et malgré les effets remarquables de mise en scène (lors des spectacles où la petite fille, planant dans l'espace, chante avec la voix de sa mère qui l'habite notamment), nous n'avons plus guère envie d'être là. Nous ne savons plus quel est le propos du film : la passion dévorante et destructrice de deux amants ou l'instrumentalisation d'une fillette par ses parents, lui qui a besoin d'argent, elle qui même morte veut se venger. Il nous faudra cependant subir le procès et la prison. Dans la dernière scène, très bien jouée il est vrai, le texte fort pauvre ne nous apprend rien que nous n'ayons déjà compris.
La musique quant-à elle, omniprésente et sous toutes ses formes, porte bien le film. Mais que les acteurs sont mauvais quand ils chantent. Ils ne sont absolument pas habités par leur chant.
Et que Marion Cotillard joue mal ! Quand elle attend son tour d'entrer en scène par exemple, ses expressions de stress sont factices et exagérées. C'est sans doute la raison pour laquelle la caméra la maintien généralement à distance. Juste quelques gros plans dans des scènes en voiture, quand elle n'a pas vraiment besoin de jouer;
Henry, personnage interprété par Adam Driver, réalise quant-à lui une belle performance d'acteur; La caméra nous offre des gros plans qui nous font vivre sa jalousie et une violence qui ne cherche que l'occasion de se déchaîner.
Au total un spectacle étonnant, prenant même, et qui aurait pu être excellent avec une demi-heure en moins et une plus grande unité d'action.