Parfois considéré comme l’un des plus grands cinéastes français toujours en activité, le rare Léos Carax, pour ce que je connais de sa filmographie, ne fait pas partie de ceux qui arrivent à me toucher. Je reconnais pourtant que ses films, même quand ils me laissent une impression mitigée, recèlent toujours l’une ou l’autre scène, l’un ou l’autre choix de mise en scène, qui reste gravé dans ma mémoire. ‘Annette’, par exemple, prévoyait suffisamment de bizarrerie pour m’intéresser, même si je me suis pas senti fort concerné par l’histoire, celle de la relation orageuse d’un couple d’artistes célèbres au moment où la faveur du public abandonne l’un d’eux ; le perdant instrumentalisera leur petite fille à la voix d’ange pour renouer avec le succès : il y est question d’égo blessé, de culpabilité et d’aliénation parentale…mais comme l’ensemble se présente comme une comédie musicale, il n’est pas réellement question d’analyse approfondie. Carax se débrouille pourtant, à chaque fois que l’intérêt du spectateur s’estompe - et ça survient souvent ! - pour le stimuler avec l’une ou l’autre trouvaille plus ou moins incongrue, comme de la surimpression digne d’un vieux clip des années 70, du collage animé explicatif qui sert de bond en avant dans le temps ou même la petite Annette, qui apparaît de façon assez pertinente sous la forme d’une marionnette : c’est un peu dérangeant d’ailleurs mais comme je le disais justement plus haut, c’est le genre de truc qui marque et qui pousse à repenser au film plus tard (quitte à ce que soit avec un sentiment toujours aussi incertain). L’autre motif de curiosité, c’est qu’on doit le scénario et, évidemment, toute la facture musicale de ‘Annette’ aux frères Mael, du groupe Sparks. Si le récit est tout au plus un liant nécessaire, la B.O. du film est typique des albums du duo américain, avec l’une ou l’autre fulgurance qui font oublier quelque chose qui reste potable et fonctionnel mais sans véritable éclat. De mon point de vue, je préfère de toute façon entendre des Sparks même moyennement inspirés que les trucs plus modernes que j’ai pu écouter dans des spécimens comme ‘Les misérables” ou ‘’Into the woods’. Au final, j’étais prêt à ranger ‘Annette’ dans mon purgatoire personnel, la zone grise des films qui n’ont pas vraiment su me séduire sans que j’ai de gros reproches à leur adresser, jusqu’à une scène finale poignante et magistrale, qui fait pencher légèrement la balance en faveur du positif.