Vers l'autre rive
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anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 30 septembre 2015
La jolie Mizuki (Eri Fukatsu, une découverte étonnante) est veuve : son mari, Yusuke, a disparu en mer voici trois ans. Un jour, en revenant chez elle, elle découvre Yusuke, tel qu’en lui-même, dans un imper orange. Elle en est à peine étonnée, lui reprochant seulement de ne pas avoir retiré ses chaussures.

Usuke est bel et bien un fantôme, pourtant, et il convie son épouse à refaire avec lui le trajet de ces trois années passées depuis leur séparation, à y rencontrer ceux qu’il a côtoyés depuis sa disparition “physique”. Les voici partis pour un voyage un peu particulier qui bouleverse la chronologie normale de la vie humaine : retracer le passé d’un être mort. Dans quel but ?

Ce n’est pas la première fois que Kurosawa met en scène des fantômes – c’est même l’une de ses spécialités. Mais celui-ci a deux caractéristiques singulières : il est interprété par un acteur qui avait disparu de nos radars depuis quelques années, Tadanobu Asano, que nous avions beaucoup aimé chez Hou Hsiao-hsien, Ratanaruang, Kitano, Ishii Katsuhito, Kore-eda et déjà Kurosawa – il joue désormais dans des films à grand spectacle, comme Thor ou Battleship. Sa réapparition dans un cinéma d’auteur est donc pour nous un petit mais profond choc qui coïncide, à une autre échelle bien sûr, avec celui ressenti par Mizuki, même si elle n’en laisse rien paraître au premier abord.

Deuxième caractéristique : ce fantôme n’a rien d’effrayant, contrairement à tous ceux que nous avons pu voir par le passé dans les films fantastiques ou policiers de Kurosawa, l’auteur de Shokuzai et Kaïro. Une évolution évidente, une étape importante chez le cinéaste japonais. Vers l’autre rive est un mélo, un vrai (tiré d’un roman), assumé – il trempe allègrement dans un flot de violons qui exacerbe tous les sentiments (très belle musique composée par Yoshihide Otomo et Naoko Etô).

Seulement, Kurosawa n’a rien perdu de son cinéma et n’a pas vendu son âme au pathos et au lacrymal facile. Il fait du cinéma, rien que du cinéma. Rien de gratuit, de laissé au hasard, ici, ni dans l’image, ni dans le son. Vers l’autre rive témoigne d’une maîtrise formelle qui fait de chaque plan, de chaque geste un petit chef-d’œuvre de sens en soi. La beauté du film repose entièrement sur sa mise en scène (d’ailleurs saluée par le prix de la mise en scène de la sélection Un certain regard à Cannes cette année). Découpage, éclairage, mouvements de caméras, transforment l’espace d’un instant un vivant en mort et vice-versa, parce que le passage de l’un à l’autre est très fluctuant n’est-ce pas, et si fragile, provisoire.

Sous le regard de Kurosawa, les âmes bougent, changent de forme, mais personne, et surtout pas le metteur en scène, une voix off ou un personnage, ne vient nous expliquer, un sanglot dans la voix, ce qu’il y a à comprendre. Tout se passe dans le cadre, il suffit de regarder attentivement, la lumière, les reflets, la fixité, le mouvement, sentir les images et leurs variations, pour saisir tout ce qui se joue entre les deux époux d’une part, entre eux deux et ceux qu’ils rencontrent pendant leur périple, au sein d’une nature elle aussi toujours en mouvement, expressive.

C’est de là que naît l’émotion sans pareille du film, qui vous fait parfois pleurer sans que vous sachiez vraiment pourquoi. Ultime compliment pour ce film magique, l’un des plus beaux que Cannes nous ait offerts cette année, réalisé par un des plus grands maîtres du cinéma actuel.
Florent Blenck
Florent Blenck

20 abonnés 42 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 12 novembre 2016
Le parcours de Kiyoshi Kurosawa est pour le moins atypique, puisque de réalisateur de films d’horreur de qualité variable il est devenu l’une des figures de proue du cinéma japonais, avec Hirokazu Kore Eda ou encore Naomi Wakase grâce à des films comme Tokyo Sonata ou la série Shokuzai (adaptée en deux films chez nous). Récompensé à Cannes, après un Real un peu plus en retrait, Vers l’autre rive confirme le grand talent d’un cinéaste qui a su rester fidèle à ses racines.
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Dans les précédents films de Kurosawa, les morts hantaient les vivants - au sens figuré -, comme dans Shokuzai où 4 jeunes femmes n’arrivent pas vraiment à surmonter le meurtre de leur amie durant leur enfance. Cette fois-ci, les morts hantent littéralement le monde des vivants. Pour les spectateurs français, le parallèle avec Les Revenants est facile à faire.
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Kurosawa est resté fidèle à la structure épisodique qu’on retrouve dans Shokuzai par exemple : Mizuki et son mari revenant parcourent le pays ensemble afin de tenter de se retrouver par-delà la mort et pour tenter de combler les 3 années de séparation. Durant ce voyage, ils rencontrent de nombreuses personnes, certaines vivantes, d’autres « revenantes » comme Yusūke. Ces rencontres, toutes différentes, sont aussi l’occasion d’aborder de nombreux thèmes différents : chacun est pour une raison ou pour une autre marqué par la mort, et tous ne sont pas capables de couper définitivement le lien avec ceux qui sont partis – le témoignage d’une femme ayant perdu sa petite sœur très jeune est particulièrement émouvant. Mais symétriquement, certains morts n’ont pas su couper les ponts avec la vie, comme ce vieux livreur de journaux spoiler: regrettant sans cesse d’avoir frappé sa femme
, désormais partie. Et c’est cette symétrie des situations qui pousse Kiyoshi Kurosawa à mettre les morts et les vivants sur le même plan, et à interroger leur différence. Un film riche sur le plan thématique donc, et qui dans la lignée des meilleurs films japonais de ces dernières années (Tel Père, tel Fils pour ne citer que lui), sait à la fois parler de problèmes universels et de la société japonaise, signe encourageant d’une ouverture du cinéma japonais sur le monde.
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Il faut aussi signaler que Kurosawa confirme encore qu’il possède une incroyable maîtrise des plans d’intérieur et des jeux d’éclairage, subtilement utilisé pour traduire les états d’esprit des personnages. Le cadrage est également très travaillé et les scènes savamment composées, dans la droite lignée de ce que l’on a pu voir avec Shokuzai.
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Enfin last but not least il convient de saluer le jeu d’Eri Fukatsu, qui joue parfaitement une Mizuki traversée par des sentiments contradictoires : espoir, angoisse, amour et abattement. Elle confirme que les films de Kurosawa sont souvent l’occasion pour ces actrices de rayonner (Kyoko Koizumi dans Tokyo Sonata et Shokuzai).
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Un film profond, complexe, et l’occasion rêvée de découvrir l’œuvre d’un réalisateur à part de la planète cinéma.
L'Otaku Sensei
L'Otaku Sensei

347 abonnés 226 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 4 juin 2016
"Vers l'autre rive"...j'étais plutôt intrigué par ce film étant donné qu'il s'agit de Kiyoshi Kurosawa à la réalisation. De lui, j'avais beaucoup aimé le haletant trhiller "Shokuzai" en 2 partie dont l'atmosphère glauque et oppressante avait réussi à me toucher et à m'impressionné au sens large. J'en espérait tout autant de ce film racontant l'histoire d'une veuve dont le mari mort depuis 3 ans refait soudainement surface devant elle et l'invite dans un voyage à travers le Japon afin de lui faire découvrir plusieurs de ses connaissance. Mizukui (la femme) espère alors que cet expérience lui en apprendra plus sur son époux et surtout la raison de son retour parmi les vivant. Voilà pour le pitch global. On a donc droit avec "Vers l'autre rive" à un jolie Road trip teinté de drame et de romance dans un style poétique et philosophique très Nippon. La première chose à dire c'est que le film repose sur une très bonne idée de départ, très intrigante dans son concept par l'idée de faire se côtoyer défunts et vivants. Le film cherche à toucher juste en abordant avec sensibilité l'amour, la vie de couple (d'un couple qui va apprendre à mieux se connaître) mais aussi de pardon, de rédemption, de regret. Tous ça avec une dimension sous entendu assez fantastique mais sans effets spéciaux notables, juste dans la manière de filmer ou insérer dans les croyances. Malheureusement pour le film, je voulais vraiment l'aimé...mais je me suis finalement pas mal ennuyé. Ennui que je mettrais sur le dos d'un récit qui tombe trop dans la banalité de la vie quotidienne de ses personnages, sans grandes surprise ou rebondissements, les personnages sont eux même, mais justement....ils sont trop eux même, c'est ça le problème; Ils sont simple. C'est bien de les laisser simple tel quel, on peut facilement identifier leurs états d'âme mais du coup ils deviennent trop fade et n'ont plus grand chose à offrir. Au final ils ne m'ont pas ému. Le film est aussi trop long, assez mal rythmé, plein de longueurs assez inutiles qui nuisent pas mal à la qualité scénaristique et j'ai eu souvent l'impression que le film se cherchait, qu'il ne savait pas trop sur quel pied danser et ou il voulait nous amener. C'est bien que la scénario ne soit pas prévisible mais pour autant l'absence de véritable file rouge fait qu'il manque de repères. Pareil au niveau des paysages, au vue de l'affiche je m'attendais à en avoir presque plein la vue avec des plan d'endroits naturels paisibles...pour que les 3/4 soient en fin de compte dans les banlieues urbaines. Chose bien quand même, c'est cet aspect mystérieux de l'oeuvre, un air vaguement onirique qui nous fait hésiter entre la réalité ou l'illusion. Et le réalisateur ne tranche jamais vraiment, il laisse toujours planer un doute, doute qui redonne un léger intérêt supplémentaire au film.
Au final, "Vers l'autre rive" est une poétique histoire de romance sur la vie de couple Japonaise, entre vivants et fantômes qui malheureusement à défaut de vouloir coller à la réalité aura du mal à pleinement émouvoir, dommage. 3/5
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 5 juin 2015
Dans le cadre de l’option facultative Cinéma-Audiovisuel (du lycée Rodin), nous avons eu la chance d’aller voir "Vers l'autre rive" de Kiyoshi Kurosawa (2015). Ce film fait partie de la sélection "Un certain regard" du festival de Cannes 2015. Le cinéma "Reflet Medicis" retransmet tous les films de cette sélection, qui est d'ailleurs le seul cinéma parisien à le faire. La séance a débuté par la présentation du réalisateur en personne. Il définit son propre film comme un film qui s'émancipe totalement du genre pour traiter d'un thème qui est celui du couple.

Mizuki, jeune femme Japonaise, retrouve son compagnon Yusuke chez elle, après que ce dernier soit mort en se noyant dans la mer. Yusuke lui propose alors de parcourir le Japon retrouver ses anciennes vies d’avant sa mort.
Kiyoshi Kurosawa s’est fait remarqué auparavant par la réalisation d’une série en 5 épisodes (qui s’est remodelé en deux longs métrages pour les diffusions en salle) qui se nomme Shokuzai.

Le film peut paraitre "bizarre" (même si je déteste employer ce mot) car certaines scènes manque de cohérences (il ne faut pas chercher à comprendre), mais surtout parce que son propos atteint directement les spectateurs au plus profond de leur esprit et de leur conscience. On peut même être profondément gêné, car ce film a la force de percer notre intimité spirituelle. C'est d'ailleurs cela qui lui donne toute sa puissance et sa grandeur.

Au-delà de traiter du couple, ce film tente de nous transmettre toute une philosophie sur les relations humaines et le rapport de l'être humain à la vie. Il transmet un idéal du rapport que l'on doit avoir avec l'Autre. La sélection dans laquelle se trouve ce film porte donc bien son nom.
Cette "chose" que le film veut nous transmettre, trop géante, trop vaste, ne peut être captée dans sa totalité par le spectateur.

Ce qui fait toute la singularité de ce film, c'est son abstraction absolue.
K. Kurosawa nous a présenté ici une œuvre d'un purisme spirituel tel qu'on ne ressort pas indemne de la séance.

C.Z
Blog Be French
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48 abonnés 263 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 3 juin 2015
Alors que Real (sorti le 26 Mars 2014 en France) abordait déjà les thèmes de la mort et des relations amoureuses, Kiyoshi Kurozawa présente dès le mois de Mai Vers l'autre rive dans la catégorie « Un Certain Regard ». Comme dans beaucoup de films japonais, une certaine relation avec la nature s'ajoute au sujet principal du film. Sur fond d'histoire fantastique, le réalisateur nippon mêle la notion de deuil à la culture animiste pour donner ce côté surnaturel au film. Accepter sa mort, c'est disparaître complètement, laisser son fantôme partir et ne plus hanter ses proches… Voilà comment Kurozawa définit le deuil : un passage complet de l'âme vers l'au-delà. Si ce côté poétique est louable, on retiendra surtout la portée sociale du film qui voyage à travers les différents paysages et les différentes catégories sociales japonaises tout en se questionnant sur la place de l'homme dans l'univers. Un large sujet donc. Concernant la mise en scène, pas grand chose à reprocher, et on retiendra même cette scène d'une incroyable intensité lorsque Mizuki rencontre la maîtresse de son mari…
Mais que ce film peut être soporifique ! On a beau trouvé ça très beau et sympathique sur le fond, difficile de rester éveillé l'ensemble des 2 heures et 7 minutes ! Aucun dynamisme, le rythme lent imposé par les mouvements de caméra et le montage nous plonge dans une forme contemplative des plus ennuyantes. Le processus s'avère en réalité assez répétitif : les morts se révèlent à Mizuki constament de la même manière, tandis que leurs disparitions se résument à un ridicule tour de passe-passe à la Ghost Whisperer. Quand aux dialogues, ils se révèlent parfois un peu faciles.

Pari raté pour Kiyoshi Kurozawa ! Malgré un certain talent de mise en scène, Vers l'autre rive reste beaucoup trop soporifique et facile dans l'écriture pour bouleverser son public. Moyennement convaincu par un des grands de cette sélection « Un Certain Regard »…

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