Ce qui frappe dans la réussite de Ma vie de courgette est la confrontation, parfaitement réussie, entre une forme très classique et un récit très personnel, original et profondément moderne. Résultat d'un travail en stop motion harassant, moins de 10 secondes de film tourné par jour, Ma vie courgette est d'une grand beauté esthétique malgré la simplicité des décors (une maison ordinaire, la nature épurée et, surtout, des figurines enfantines très touchantes). Les visages, aux traits basiques, parviennent à susciter toutes les émotions : joie, colère, dérision, méchanceté et bonté. Ce qui émeut le cinéphile, proche de verser des larmes à la fin de cette belle histoire. Le récit, brillamment scénarisé par la formidable Céline Sciamma, est d'une grande finesse. Très moderne, l'histoire montre des enfants accidentés de la vie, vaste panel des détresses juvéniles :
mômes victimes de parents violents, drogués, alcooliques, incestueux, névrosés ou en situation irrégulière.
On perçoit d'ailleurs chez certains de ces enfants des futurs laborieux ou criminels (
voir Simon et la fillette violée par son père).
Ils sont en fait accueillis dans l'orphelinat, une vraie nouvelle famille. C'est la trouvaille du film, ne pas montrer la caricature de l'orphelinat mais des adultes sûrs, honnêtes et compatissants, même si les codes du film d'école sont présents au début du film (le réfectoire, les bêtises, le chef du clan...) Une autre belle idée : avoir fait doubler les voix des personnages par des acteurs enfants. Un très beau film d'animation émouvant et intelligent.