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Cadreum
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5,0
Publiée le 3 juin 2026
Avec ce premier long métrage, László Nemes s’avance au cœur d’Auschwitz en 1944 et choisit l'un des angles les plus périlleux : s'attacher au point de vue d'un juif aidant les nazis à la grande machine du mal. Et c’est ainsi qu'un jour, Saul Ausländer, membre d’un Sonderkommando - prisonniers contraints de participer au processus d’extermination - croit reconnaître son fils parmi les corps promis à la crémation et s’acharne à vouloir lui offrir une sépulture.
Il est important de se centrer sur la forme. Le format contraint le regard à rester attaché à Saul, à son visage, à sa nuque. Dans cet espace étroit, la profondeur de champ se réduit à presque rien. Autour de lui, le monde se défait en masses indistinctes. Mais ce qui échappe au regard gagne en intensité par le son. Le hors champ enveloppe le personnage et finit par peser sur chaque iniative de mouvement.
Ce dispositif produit une immersion suffocante. La caméra à l’épaule, le suivi continu, la circulation labyrinthique dans le camp construisent un espace sans cartographie. Nous n’avons jamais de vue d’ensemble. Impossible de situer précisément les bâtiments, les distances, la structure globale. Ce refus du panorama nous place (nous aussi) dans la position d’un individu pris dans un engrenage dont il ne saisit pas la totalité. Mais ce choix a son revers. À force de coller à l’étouffement, l’extermination nous apparaît seulement comme un chaos saturé plus que comme machine méthodique.
L’austérité formelle, sans musique ni discours explicatif, confère au film son aura incontestable. Mais l’immersion continue, sans respiration, finit par homogénéiser l’intensité. L’insoutenable devient régime permanent. Lorsque l’espace s’ouvre enfin dans la séquence de la forêt, l’élargissement agit comme une délivrance formelle, révélant ce que la variation aurait pu offrir.
Le récit lui-même est minimal. Enterrer un enfant. Introduire un rabbin. Sauver un fragment de rituel au milieu des fours. Dans un monde où les corps sont réduits à des unités de combustion, vouloir une sépulture devient un acte de résistance. Pourtant, le doute s’installe. L’enfant est-il réellement son fils ou le fruit d’un délire né de l’insoutenable ? Cette fissure dans la perception est essentielle car si le regard qui nous guide est potentiellement délirant, alors le monde que nous percevons l’est aussi. Le film ne nie rien historiquement mais il fragilise l’assise "pédagogique" de ce que nous voyons. Sur un tel sujet, cette fragilité est délicate. Elle ouvre un espace interprétatif tout en risquant de brouiller la valeur de vérité du point de vue.
En ce qu'il en est, j'ai trouvé le film pédagogique quant à la solution finale. Qui plus est, il ouvre à mon débat préféré : face à un événement que l’histoire a déjà sacralisé, le cinéma doit-il se restreindre pour être légitime, ou peut-il encore inventer des formes ouvertes sans trahir la mémoire ? À nous de décider si, avec ce film, cette voie est un sommet ou une impasse.
Un film extraordinaire parce qu'admirablement mis en scène sur un sujet ô combien difficile à traiter parce que sujet à toutes les polémiques... Mais, là, franchement, rien à redire, le réalisateur nous plonge au sein de l'horreur et nous y laisse jusqu'au bout...
C'est un film très particulier. Il doit résonner fort dans le coeur des gens qui ont été marqués par ce qui est décrit dans le film. Car c'est un film fort et engagé. Mais pour le commun des spectateurs, c'est une grosse prise de risque car en effet ce film n'a pas de but commercial mais bien artistique. Le personnage principal est filmé en très gros plan, tout le temps, et souvent de dos, donc on voit sa nuque. Ces plans rapprochés sont déroutants au début puis on s'habitue. C'est dommage car cela empêche aussi de voir tout ce qui passe autour de Saul, car le réalisateur a voulu des décors très réalistes. Ce qui est déroutant aussi c'est l'absence d'action, pas l'action des personnages qui sont toujours en mouvement: schnell est un des seuls mots que les non germanophones reconnaissent de suite car il est répété à multiples reprises. Donc les personnages s'activent tout le temps, mais il n'y a pas vraiment d'histoire. On commence simplement à comprendre que Saul semble avoir reconnu son fils parmi les gazés et cherche un rabbin. Le film n'est à priori pas si facile d'accès mais il ne laissera personne indifférent.
A la question de comment montrer l’indicible horreur des camps de la mort sans verser dans l’obscénité, Laszlo Nemes apporte une réponse on ne peut plus convaincante. Sa caméra suit le personnage principal, Saul, un déporté juif affecté à un « Sonderkommando » chargé de d’assurer les tâches successives du processus d’extermination, au plus près, sa tête occupant en quasi permanence le centre de l’image. Ainsi l’insoutenable apparaît au second plan, et le spectateur le perçoit et le comprend (la bande son participant de façon essentielle dans la démarche) sans qu’il ne soit montré frontalement. Cette façon de faire génère aussi le sentiment d’un point commun avec Saul, qui exécute toutes ses tâches de façon mécanique sans porter (ou le moins possible) de regard direct sur les victimes, pour éviter autant que faire se peut les visions les plus cauchemardesques. Ce qualificatif est quand même celui qui s’applique le mieux à l’univers dans lequel il évolue, et l’on a sentiment que l’enfer, quelle que soit la représentation imaginaire que l’on puisse s’en faire, ne saurait être pire. La première demi-heure est ainsi aussi hallucinante que bouleversante, à la limite du supportable. Les éléments scénaristiques font ensuite apparaître deux projets (les hommes sont capables d’en avoir dans de telles circonstances !), l’un individuel, qui explique le titre du film, et l’autre collectif, celui d’un groupe de déportés qui, se sachant condamnés, veulent tenter « le tout pour le tout ». Cet aspect plus narratif est bien moins fort que ce qui a précédé, hormis le télescopage de ces projets qui a une dimension terriblement dramatique.
Le public et la critique sont nécessairement indulgents concernant un film sur la Shoah, mais c'est un défi d'apporter encore quelque chose sur un sujet certes majeur mais si rebattu… Lászlo Menes n'y parvient que partiellement. Saül croit-il vraiment que le cadavre qu'il veut sauver du crématorium est celui de son fils ? D'où lui vient cette obsession ? A-t-il conscience de desservir la révolte des Sonderkommandos ? Cette révolte était-elle simplement suicidaire ? Pour Lászlo Menes, ces questions sont secondaires et doivent sans doute rester en suspens ; elles sont cependant le prétexte du film et, faute de clés pour y répondre, le spectateur s'en désintéresse progressivement, et ''sort'' de l'histoire. Dommage. Ce film est cependant certainement utile dans son pays, en Hongrie, où le travail de mémoire sur la Shoah reste largement à faire.
On a hâte d'arriver au bout pour arrêter se supplice. On ne comprend pas le pourquoi du comment. Tellement d'incohérences que malgré le sujet extrêmement fort, on y croit pas
Comment vous dire, ne pas aller voir ce film c'est se priver d'une lecture extrêmement pertinente de ce qui ne peut être décrit ! L'exercice cinématographique proposé est totalement novateur. Centré sur le personnage, Vous vous intéresser uniquement à ce qui il ressent. Pourtant il semble déjà mort.Tel un cheval avec des œillères il il avance dans sa quête. Troublant, et dérangeant, ce film ne vous touche pas par les émotions. Point de mélodrame,Point de pleurs, Vous êtes concentré sur un homme. Finalement vous êtes cet homme et vous airez dans ce camp avec un seul objectif : retrouver une dignité d'homme.
Ce film est selon moi raté. Le parti-pris immersif d’être continuellement dans une sorte de plan séquence fait uniquement de plans rapprochés autour du personnage principal empêche finalement tout attachement émotionnel avec ce personnage, malgré toutes les horreurs montrées et empêche aussi toute possibilité de réflexion.
Une realisation clinique, une bande son très bien travaillé, ce film est juste incroyable. Le réalisateur suggère, utilisé tous les moyens du cinéma pour faire un film glaçant parfois insoutenable. Devant cette trame de fond, une volonté de donner une mort respectable pour son fils, un acte fou dans ces conditions; mais un acte humain dans cet enfer de la mort. Du grand cinéma!
La manière de filmer est originale et permet de suggérer (camera épaule centré sur le personnage de Saul avec de nombreux flou en arrière plan). L'histoire de l'enterrement de son fils (pas son fils en fait) donne un but à Saul dans cette usine de la mort. Ce film permet de rendre hommage à des hommes ayant fait parti de la Sonderkommando. Très fort!
J’ai déjà vu pas mal de film traitant de l’holocauste et des camps de concentration, je ne pensais pas qu’un film sur le sujet réussirai à me secouer à nouveau sur ce sujet. En filmant son personnage principal au plus près le réalisateur crée une proximité avec lui qui rend le drame qui se noue plus près de nous alors que le temps passant à tendance à éloigner le souvenir. On est pris à la gorge dès le début peut être même trop d’ailleurs car une de ses scènes les plus marquantes se trouve à l’introduction du film et donne derrière une légère impression de stagnation voir de baisse d intensité, mais malgré cela c’est un grand film.
D'entrée de jeu, on entre dans le vif du sujet avec une scène d'ouverture de grande puissance. Un scénario entraînant, une réalisation bourrée de plans séquences fascinants, un acteur impressionnant, "Le fils de Saul" est un véritable moment d'immersion. Un très grand film, qui de toute évidence, marquera son spectateur.
la grande force de ce film est d'avoir filmé en cadre serré le personnage de Saul, souvent de dos, avec une faible profondeur de champ afin de plonger le spectateur en immersion totale dans l'horreur de sa fonction au sein du camp d’extermination de Birkenau ( "la petite forêt de bouleaux" en français ). et de transmettre ainsi toute la détresse de cet homme dont la seule obsession est devenue celle de pouvoir offrir une sépulture décente à son fils. Pour avoir fait un pèlerinage dans ce camp l'année dernière, le réalisme ici est d'une force quasi insoutenable, même si le réalisateur évite tout pathos en s'attachant à l'urgence de ce père décidé à tout faire pour ce fils destiné à l'autopsie. Tant de films sur le sujet ont été réalisés mais " le fils de Saul" apporte un regard nouveau tant sur la forme que sur le fond et est sur ce point remarquable d'intelligence et de pudeur.
Loin d'être le chef d'oeuvre espéré, "Le Fils de Saul" n'en reste pas moins un film assez marquant sur l'univers des camps de concentration. La mise en scène, un peu agaçante, finit par lasser. Et l'histoire de cette quête demeure assez improbable quand on connait le système arbitraire et de surveillance poussé à l'extrême qui régnait alors dans ces camps. Certaines situations sont également peu crédibles. Le réalisme du travail des Sonderkommando est néanmoins bien reconstitué, de la manière la plus sobre possible.
Immersion dans le camp des sonderkommando, ces déportés qui devaient faire le sale boulot instauré pas les SS. Ces hommes avaient pour tâche de trier les objets des déportés avant le gazage, de vider les chambres à gaz et de les nettoyer et de faire les crémations, de viders les cendres ... Quelques semaines après ils étaient tués pour garder le secret des atrocités de ces camps. Le Fils de Saul nous montre cela avec sobriété (sans images directes) mais plutôt suggéré et réalisme. Le seul bémol pour moi c'est le film porté uniquement sur la quête du personnage SAUL à trouver un rabbin pour enterrer dignement un enfant. Sinon bravo à l'acteur principal qui a un visage expressif. Un film à voir pour le souvenir