On n’a guère l’occasion de s’interroger sur la fabrication du film tant qu’on est dedans, dans les deux sens du terme. C’est en effet un divertissement complet qui mobilise le cerveau et les muscles pendant tout le film. Quand ce n’est pas l’action, trépidante, c’est l’inaction, enivrante. Les bagarres, qui donnent l’impression d’être sans effets spéciaux, sont telles qu’on pense avoir été dans des jeux vidéo avec la plupart de celles qu’on connaît déjà au cinéma (et celui qui gagne est une blonde). Avec Lorraine, l’agent blonde, c’est sans doute la première fois qu’on réduit à néant une équipe de tueurs juste avec un tuyau d’arrosage. Entre deux bagarres, les jeux d’acteurs, les dialogues, sont joués à la perfection, dans un rendu qu’on ne peut pas imaginer autrement qu’entre anglo-saxons (John Goodman, Toby Jones, James Faulkner). On s’interroge donc après avoir vu le film sur sa fabrication. On découvre alors qu’il n’y pas à être surpris, puisque c’est un ex-cascadeur de longue date et de grande réputation qui est à la direction, David Leitch : il fallait cette carrure pour diriger un tel projet ; il a dirigé John Wick ; il continue d’ailleurs d’être cascadeur. Cela explique sûrement le succès du film (car voilà encore un petit budget qui génère beaucoup de bénéfices), mais pas que : en effet, du début à la fin, c’est un festival musical des années 80, et l’impact n’est pas négligeable ; il y a bien sûr Charlize Theron, qu’on ne découvre plus ; il y a ce côté underground et explosif de l’époque (Berlin, chute du mur, espionnage) ; il y a aussi l’histoire, dont le prétexte est d’une simplicité effarante et très ordinaire (on court après un truc), mais qui permet justement de complexifier à loisir tout ce qui tourne autour –le secret de certaines réussites, au cinéma comme ailleurs.