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4,0
Publiée le 4 février 2025
Avec Neruda, Pablo Larraín dynamite les conventions du biopic, où l’Histoire elle-même se dérobe sous les pas de ceux qui tentent de l’écrire. Plutôt que de capturer l’homme, il traque son ombre ; plutôt que de figer la vérité, il explore la fiction qui la compose. Neruda n’est pas ici un simple poète ou un militant, il est déjà une légende en devenir, un récit en train de s’écrire. Son exil devient épopée, sa fuite se transforme en roman noir, et l’image de l’homme s’efface au profit du personnage.
Le film épouse les codes du polar mais les retourne contre eux : l’inspecteur Óscar Peluchonneau (Gael García Bernal), chargé de capturer Neruda, est un double inversé, un homme sans épaisseur traquant une figure trop grande pour lui. Inspiré des archétypes du film noir, il incarne une police réduite à une fonction, un exécutant sans destin, face à un poète dont chaque geste semble prédestiné à la grandeur. Mais au fil du récit, il comprend l’inéluctable : il n’est pas l’auteur de l’histoire, il en est le pantin. Plus il s’acharne, plus il réalise qu’il n’existe que par l’existence de Neruda. Comme un personnage de roman qui prend conscience de sa propre fiction.
Larraín ne filme pas la traque d’un homme, mais la naissance d’un mythe. Neruda est un poète en cavale, mais aussi un acteur de sa propre légende, un homme qui se sait observé et qui orchestre sa fuite comme une mise en scène.
Mais Neruda ne se satisfait pas d’un portrait hagiographique. Larraín dépeint un personnage paradoxal, oscillant entre engagement révolutionnaire et jouissance aristocratique. Il est l’icône d’un communisme romantique, défenseur des opprimés, mais aussi un esthète hédoniste, amateur de luxe, de fêtes et de plaisirs sensoriels. Son verbe est une arme, mais aussi un ornement. Il parle au peuple, mais vit loin de lui.
Cette contradiction est au cœur du film : Neruda est à la fois un homme de chair et un être de papier, un tribun engagé et un poète enivré par sa propre prose. Il appartient à l’Histoire mais ne cesse de la réécrire à son avantage. C’est cette tension entre l’homme et son image qui alimente la mise en scène de Larraín, jouant sur le contraste entre la grandeur du discours et l’intimité des failles.
Tout dans Neruda est construction, illusion. La narration elle-même joue avec le spectateur, le plongeant dans un récit où la frontière entre vérité et invention s’efface. L’inspecteur Peluchonneau, d’abord voix omnisciente, s’effondre peu à peu en réalisant qu’il n’est qu’un instrument narratif, une silhouette dont l’existence dépend du récit qu’on tisse autour de lui.
Le film devient alors une réflexion vertigineuse sur la façon dont l’Histoire se fabrique. Les grandes figures politiques ne sont pas de simples acteurs du réel : elles sont des personnages façonnés par le regard des autres, par la littérature, par le cinéma. Larraín ne cherche pas à raconter la vie de Neruda, mais à montrer comment un homme devient une idée, comment la mémoire collective l’arrache à la réalité pour l’inscrire dans une fiction éternelle.
Ainsi, Neruda est un anti-biopic en même temps qu’un poème visuel, une fresque où la politique se confond avec la littérature, où la cavale d’un homme devient une parabole sur le pouvoir du récit. Larraín ne filme pas seulement un poète en fuite : il met en scène le moment précis où un homme cesse d’appartenir à lui-même pour entrer dans la légende.
Un plaisir en partie insatisfait domine à la fin de la séance. Le traitement cinématographique est bon, les acteurs sans reproche, mais un quelque chose manque pour rendre le scénario (tributaire de l'Histoire) pleinement intéressant. Reste l'ironie du récit, et donc de la véritable histoire du héros. Recommandé sans attendre sa diffusion sur Arte..
Biopic Totalement surprenant ! La forme, le montage, les prises de vue, les flash-backs changement de décor, tout semble sorti de l'imaginaire. Un biopic sur Neruda commenté en voix Off par le policier qui le pourchasse : ce parti pris est déjà une vraie réussite! Le mélange de dialogue traditionnel avec les déclamations poétiques de l'auteur engagé créée une atmosphère totalement irréel. Nous sommes plus proche de la description d'un mythe que d'un récit traditionnel. La truculence du personnage de Neruda manipulateur à souhait me fait osciller entre détestation et admiration et l'énigmatique policier idiot est particulièrement attachante : ils sont indissociables et ne peuvent exister l'un sans l'autres......excellentissime idée scénaristique ! Très belle interprétation hors du temps des acteurs et mise en scène fluide et génial . Un mythe est en marche ....
Un mois avant que ne sorte le biopic sur Jackie Kennedy au moment de la mort de son mari, Pablo Larraín retrace le parcours du sénateur et penseur chilien Pablo Neruda. Construit comme un film policier, le film décrit la fuite de Neruda en 1948 lorsque le gouvernement déclare hors la loi tous les communistes et syndicalistes chiliens. Le personnage de Gael Garcia Bernal est un commissaire en charge de retrouver Pablo. Le film navigue entre des faits historiques et les fantasmes du poète. Que s’est-il vraiment passé et qu’est-ce qui est tout simplement imaginé par le protagoniste. Grâce à un mélange de genre et à des dialogues pinçants, le cinéaste s’amuse à réinventer le mythe au point de le rendre plus égoïste et narcissique que tout autre homme. D'autres critiques sur notre page Facebook : Cinéphiles 44
Entre réalité historique, fantaisie de littérature et de cinéma, course-poursuite poético-absurde, cet exercice partiellement biographique est original et intéressant. Un peu long et redondant sur la fin. Mais réussi.
La jubilation avec laquelle le cinéaste aborde son sujet se transmet immédiatement au spectateur, quelque peu déboussolé dans une premier temps, puis conquis. Le personnage haut en couleurs du Chili progressiste de l'après-guerre, poète adulé et diplomate estimé, est ici montré dans tous ses excès, sans souci de réalisme, avec un parti-pris formel convaincant. Sa relation avec son épouse et muse, dont le côté maternel n'est nullement gommé, est magnifiquement mis en scène. Un film que l'on peut trouver imparfait sur un plan purement technique (et, vraisemblablement, volontairement) mais qui mérite d'être vu plusieurs fois tant il est dense et séduisant.
Bien que Neruda soit inspiré d'un épisode historique réel, le film fait penser à une nouvelle de Borges, avec un poète poursuivi par un inspecteur de police qu'il semble avoir lui-même créé, comme une créature de fiction. Le tout est raconté dans un style disparate. Intéressant. Voir ma critique complète sur mon blog :
Par le hasard venue d’Amérique latine, ce film m’a plue, je suis rentrée dedans par ce passionnant biopic, une manière de découvrir ce personnage de l’histoire chilienne, une mise en scène teintée d’humour et de fantaisie, un bon air de semi fiction qui nous est conté par l’intrigant Oscar Peluchonneau.
Pablo Larraín a une manière bien à lui de narrer ses histoires. Loin du biopic traditionnel, "Neruda" fait preuve d’une réelle originalité d’écriture où se mêlent fantasmes et réalité, vie et œuvre. A la fois étrange et fascinant, nous suivons un policier « à moitié abruti, à moitié con » qui prend en chasse Neruda pour ses idées communistes… Larraín se joue du spectateur, le met en déroute, brouille les pistes entre histoire vécue et histoire inventée. Il crée ainsi une distance qui lui permet de ne pas idéaliser cette figure mythique qu’est Neruda mais qui met efficacement en lumière les différentes facettes d’une même personnalité. Le réalisateur chilien livre un film entier, engagé et libre mais qui laisse une impression mitigée malgré la certitude d’une qualité dans l’interprétation (merveilleux Gael García Bernal entre autres) et la réalisation.
« On a plutôt fait un film « nérudien » qu’un film sur Neruda. » Pablo Larraín se nourrit de l’imaginaire et de l’œuvre de Neruda pour créer son film et prend un pari risqué mais d’une originalité certaine.
de chroniques sur mon blog : plumeetpellicule.wordpress.com
l'angle choisi par le réalisateur ne me parait pas très solide, la vie de Neruda aurait été bien suffisante à un bon film. quelques scènes ridicules sont dérangeantes, et au final, entre biopic et allégorie policière, on se sait pas trop ce qu'est ce film, si ce n'est que le scénario ou le montage est bancal... Décevant
C’est une réalisation du célèbre Pablo Larraín la même année que Jackie. Le scénario a été écrit par Guillermo Calderón (El Club). Neruda a été choisi pour représenter le Chili dans la course à l'Oscar pour le Meilleur film étranger en 2017.
Nous allons donc parler de Pablo Neruda dans ce biopic. Ce poète et politicien chilien a vécu de 1904 à 1973. Connu mondialement pour ces textes, il a été une figure de la résistance politique en Amérique du Sud. Cela se passait durant une époque où être communiste était considéré comme un délit. Son histoire n’est cependant pas si limpide que cela. Adulé par beaucoup, il avait des facettes très sombres. Neruda ne va pas hésiter à nous les montrer. Une initiative remarquable de la part de Pablo Larraín qui sort des sentiers battus le concernant.
Neruda nous fait vivre ce personnage à part entière. Les amoureux de la poésie seront ravis par des moments sublimes grâce à quelques textes lâchés par l'acteur principal. Le temps est fort et solennel. On y apprend des choses pour ceux qui ne connaissent pas Pablo Neruda. La première partie est vraiment axée sur le problème politique de cette période politique. Le rythme est fort et entretenu. Il y a des jeux de montage séquence très intéressante lorsqu’il y a des dialogues ciblés entre deux personnages.
Par contre en seconde partie, le côté politique va être beaucoup plus distancé. Il va alors se détacher un aspect beaucoup plus philosophique et poétique. D’un côté, c’est intéressant, car on comprend vraiment l’essence du personnage. De l’autre plus on avance, plus le récit paraît lointain. Le symbole est la voix off venant du récit du policier. Très terre-à-terre au départ. Au fur et à mesure, elle va partir dans des considérations existentielles. Un mélange de styles qui fonctionne plus ou moins.
Si cela marche la majorité du temps, c’est en grande partie grâce à un Luis Gnecco vraiment très bon. Son phrasé va parfaitement avec la poésie le Neruda. Le policier aussi met, mais énormément d’entrain. Pour cela, on peut reconnaître la belle prestation de l’acteur fétiche de Pablo Larraín, Gael García Bernal. Même s’ils n’ont pas de confrontation directe, le jeu du chat et de la souris qu'ils font est prenant.
Tout n’est que fiction et la fiction est plus forte
Que savons de Neruda ? Telle est la question que chacun peut se poser au moment d’entrer dans ce film. Car on y entre, et c’est la première bonne nouvelle, tant l’incertitude peut nous étreindre à l’instant où l’extinction se fait dans les salles obscures que sont nos cinémas : « Que suis-je donc venu voir ? ».
Néruda est poète -l’immense poète comme nous l’a laissé la postérité- avant même qu’on lui demande quoi que ce soit et communiste. Il est communiste de salon et tant que tel penseur -il ne prend pas les armes- et ce sont les communistes pauvres, ceux du peuple, qu’on arrête pour mettre dans les camps. Et pourtant le film nous fait croire qu’on le pourchasse, qu’il est menacé. Comme il est aussi sénateur, il porte la parole contre le pouvoir qui cherche à éliminer les communistes. Et puis donc il fuira. Alors le jeu commence; pas vraiment au chat et à la souris; plutôt un parcours fait de méandres réels ou rêvés, presque traqué par un policier ectoplasme.
On entre alors en Neruda bien plus qu’en Peluchonneau -obscur rejeton et flic- pris dans sa poésie, sa vie d’excès, ses lyriques dithyrambes pamphlétaires, son verre de Whisky posé à côté des feuilles qu’il noircit.
Pablo Larrain nous prend, nous tient en Neruda, il joue avec nous sans jamais nous manipuler. Son film nous prend dans ses rets littéraires, trouvant l’inspiration d’un onirisme absurde, si cher à l’Amérique latine à travers bon nombre de ses écrivains; je pense notamment à Garcia Marquez, Juan Rulfo ou encore Juan-Carlos Onetti.
P. Larrain a fait un film littéraire, jamais verbeux, jamais ennuyeux et si souvent subtil dans sa mise en scène que le montage -magnifique- joue avec elle et c’est d’une grande intelligence. La photo superbe colle au film.
Chaque comédien(ne) est juste et à sa place. En premier lieu dans ce rôle-monstre : Luis Gnecco (déjà dans « No » du même Larrain). L’acteur -somme toute méconnu- recèle des trésors de finesse dans son interprétation. En pauvre petit flic Gaêl Garcia Bernal est très bien.
Le film est d’une densité rare tant il nous propose des pistes, des idées, des voyages… La bande-son souligne et sous-tend superbement l’action et l’errance, nous immergeant plus encore dans le film, avec un thème hypnotique de Grieg.
Le hasard du calendrier cinéma nous proposera (01/02/17) son prochain film « Jackie » : donc l’ex-madame-président assassiné (Natalie Portman dans le rôle titre) ; avec Larrain la politique n’est jamais loin, et le Cinéma lui est bien présent.
Un bon film de Pablo Larrain. Sur un principe littéraire (et cinématographique) qui permet de mêler le réel et la fiction, le cinéaste nous offre là une oeuvre poétique où le héros imaginé parle de son créateur, ici un policier réel / imaginé poursuit son créateur, le poète Néruda. Film étrange donc, très bien filmé, qui comporte quelques longueurs ou séquences inutiles, mais qui dans de très beaux textes parfois, réussit à émouvoir. Les deux acteurs principaux sont bons, même le policier malgré sa posture volontairement imperturbable. Les évènements de la vie de Néruda sont-ils réels, peu importe au fond, les discours politiques sont secondaires, l'idéologie communiste n'est pas remise en cause. Reste une belle oeuvre originale dans sa forme, même si on peut y trouver quelques faiblesses scénaristiques.
ers 1950, la fuite dans la clandestinité de Pablo Neruda, poète et sénateur communiste, poursuivi par le pouvoir populiste qu’il avait contribué à mettre au pouvoir.
Ce serait une sorte de road movie policier assez classique si P. Larrain n’essayait de nous entraîner dans l’univers poétique de Neruda ; il nous montre par exemple le policier lancé à la poursuite de Neruda s’assimilant lui-même à un personnage créé par le poète… C’est amusant un moment, mais ce structuralisme maniéré est assez vain et lasse vite…
Loin d'être un biopic classique et conventionnel, Neruda nous propose de plonger dans un épisode mouvementé de la vie du poète chilien. Narrateur et orchestrateur de sa fuite, c'est un vrai plaisir de découvrir ce film qui mélange les genres et s'avère très libre dans sa mise en scène.
En jouant avec les nerfs du policier (et avec les nôtres par la même occasion), cette plongée dans le Chili des années 40 est une belle réussite !