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Charles R
60 abonnés
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4,0
Publiée le 12 janvier 2017
Marco Bellocchio est sans doute l'un des cinéastes italiens les plus experts dans l'art de la dénonciation. On sait avec quelle ardeur il aime à s'adonner à des jeux de massacre, la famille, le pouvoir politique et surtout la religion étant ses cibles favorites. Dans son dernier film, il raconte l'histoire d'un enfant de neuf ans, Massimo, dont la mère meurt mystérieusement. Cette mort restera longtemps un tabou familial jalousement gardé par le père. Les années passent et Massimo, devenu journaliste, demeure torturé par ce mystère. Jusqu'au jour où... Le film est d'une grande beauté et d'une force indéniable comme bien des films de Bellocchio dont il faut dire quel grand réalisateur il a été et il demeure. Certes le spectateur un tantinet perspicace aura saisi très rapidement la clé du mystère : en ce sens les 2h10 sont peut-être un peu longues au regard de l'enjeu de l'intrigue. Tout est parfaitement limpide et cohérent et les nombreux flashbacks n'ont rien de déconcertant, bien au contraire. Mais ce qui suscite un perpétuel émerveillement, c'est ce génie de la mise en scène qui caractérise Marco Bellocchio comme il a été la marque de fabrique de tant de cinéastes italiens aujourd'hui disparus. Une fois de plus, le réalisateur dénonce le poids de la famille, ses mensonges savamment entretenus, et bien sûr la religion qui se fait ici complice de la famille en ayant recours à des explications simplistes qui ne peuvent convaincre des esprits tant soit peu critiques. Bellocchio demeure donc fidèle à lui-même car des "Poings dans les poches" à "Vincere" en passant par "Le sourire de ma mère", c'est le même regard impitoyable porté sur l'Italie qui se laisse à découvrir. "Fais de beaux rêves" est en effet le portrait d'une Italie dominée par des mythes qu'elle entretient jalousement : le football, la "canzone", la religion qui parfois tourne d'elle-même à la caricature et bien sûr la toute-puissance des images cinématographiques ou télévisuelles. Quant à la distribution, elle mêle avec bonheur des vedettes du cinéma italien comme l'excellent Valerio Mastandrea ou la belle Barbara Ronchi à des stars étrangères comme Bérénice Bejo ou Emmanuelle Devos. Et une fois de plus n'oublions pas le rôle de l'enfant incarné à la perfection par le tout jeune Nicoló Cabras. Oui, Marco Bellocchio nous incite à faire de beaux rêves même si ceux-ci deviennent par moments d'horribles cauchemars.
Ma première impression était très forte.....et puis elle s'émousse et fini par tomber .... Ce recit est très académique même si il y a qq scène particulièrement forte et sur la lente guérison psychanalytique du personnage principale. J'ai beaucoup aimé ce personnage d'enfant perdu dans le mensonge des adultes. Ce regard noir qui supplie de comprendre ce qui ce passe... C'est un film de pur tradition italienne avec de la mélancolie de la tristesse et des rires dans les pires moments. La mise en scène reste standard autour de trois périodes de Massimo, toujours confronté à des expériences répétitives sans explication.... Pourtant je n'ai pas vraiment compris comment un enfant amateur de foot obsessionnel devient un journaliste écrivain à la plume sensible, limpide et directe .... Ses névroses l'ont semblé t il amène à bon port malgré un mutisme verbale.... Berenice bejo est superbe et apporte un tourbillon de bonne humeur de bienveillance et de beauté .... Il en faut par moment...
Une petite cure d’Italie ne fait jamais de mal en début d’année. Sur la fin de sa carrière, Bellochio délivre un film touchant, sur le thème de la perte prématurée de la « mama » italienne. Le père n’est pas à l’aise pour expliquer sa disparition brutale et la religion catholique n’est pas plus douée pour positiver l’inexplicable. Bien sûr, ce n’est pas un grand scoop que de répéter qu’il faut toujours dire la vérité aux enfants…au moment opportun. Avec un montage composé d’allers et retours successifs dans le temps, nombreux mais facile à suivre, Bellochio nous expose combien l’adulte devenu journaliste, grand reporter à la recherche de la vérité, s’est forgé une âme sur les débris de sa vie d’adolescent laissé à l’écart de sa vérité. Des actrices françaises éclairent ponctuellement le jeu de beaux italiens ténébreux et peu loquaces. Cette histoire turinoise décline avec justesse plein de détails marquants de la vie familiale piémontaise de la fin du XXè : les « tifosi » de football, le mobilier sombre des appartements du boom de l’après-guerre, l’irruption des nouveaux médias et de la culture rock dans une société traditionelle, le journal incontournable La Stampa, l’exubérance des femmes nouvellement libérées, le cynisme des nouveaux riches ... Quand on y a vécu, on apprécie. Une grande palette de caractères, dans un ensemble mené avec maitrise et sensibilité, forme un tableau crédible et affectueux illustrant combien sont trompeurs les rêves construits en grande partie sur des souvenirs d’une enfance fusionnelle avec une mère qui peut-être n’avait jamais réussi elle-même à grandir. ciné vo - janvier 17
Beaucoup d'émotion dans ce film et surtout une justesse dans les sentiments plutôt rare. Un vieux journal qui détient la vérité, un secret de famille, une intensité toute italienne et universelle à la fois. Un univers d'enfant peuplé de croyances et de chagrins incompris et un jour une lettre du courrier des lecteurs qui va tout bouleverser. Kleenex conseillé mais on en ressort avec un supplément d'âme. Merci...
Très beau film Italien avec un beau scénario et de belles images. Les acteurs jouent juste. L'histoire semble réelle, tout se tient. Les sentiments passent bien. A voir et à revoir !
un film émouvant, très bien construit dont le thème principal est celui du deuil qui ne peut s'accomplir quand la mort est entourée du mensonge. C'est l'histoire Massimo dont la mère décède d'un infarctus foudroyant alors qu'il n'a que 9 ans, juste après l'avoir bordé dans son lit en lui disant "fais de beaux rêves"..30 ans après, devenu journaliste Massimo est toujours tourmenté par cet épisode... il s'en sortira progressivement grace à un médecin, à un article de journal, à une danse, et par la révélation tardive de la vérité. A voir sans doute deux fois, tant le film est truffé de détails prenant sens a posteriori, des scènes qui se font miroir à 30 ans d'intervalle ( scènes de plongeon, de danse...), sans compter en arrière plan le rôle éminent de Belphegor...
Le film est une filiation directe des "promesses de l'aube". C'est en même temps un cri de douleur, l'injustice de la disparition et un hommage superbe à la Almodovar. La perte de la mère est ici confrontée à l'échec de sa vie d'homme: cette impossibilité de vivre. La mise en scène est ample et généreuse. Elle laisse la place à de forts moments d'intimité et de questionnement. Étonnamment j'ai vu la veille "au-delà" de C.Eastwood qui dépeint cet enfant incapable de survivre à la mort de son frère et qui doit entendre de la bouche d'un homme qui parle avec les morts que celui-ci va partir et l'abandonner. Le parallèle est fascinant. L'enfant doit de toutes façons tuer sa mère pour s'en détacher, mais ici c'est la mère qui part et qui laisse les souvenirs d'enfant le torturer jusqu'à répéter à l'infini les derniers mots qu'elle lui a soufflés avant de disparaître. Ironie et tristesse car les rêves de sa présence ne cesseront jamais.
Seule le cinéma italien peut aborder des sujets de famille aussi ténus aussi intimes ,ultimes...et en tirer des éclatements des déstructurations personnelles sans tomber dans la guimauve ou le pathos. Filmé comme en 1970 voire 1960 ce film donne un parcours de 2h10 (trop long hélas) que l on suit avec ses propres jugements ses propres prismes... Certes il y a les "italienitudes" que les français adorent chez leurs cousins transalpins... Des approches religieuses ou pas voire obliques ...ou finalement rien n est très sérieux tout en étant toujours sensible et même douloureux. Nous avons partagé ce rêve avec des acteurs italiens parfaits. Quant aux deux stars françaises fussent elles bonnes en italien et dans leur jeu tombent comme un cheveu dans le minestrone et sont en total décalage !! cela ressemble a du foie gras sur des lasagnes !! Mais au final un film d une signature, une vraie sans lire le générique déjà vous êtes transportés... Le public aime en grande partie et je suis d'accord... Ceux qui n ont pas aimé manquent ou ont manqué peut être de rides dans leur vie.
Beau film ample, complexe, et aux multiples thématiques que le dernier Bellochio.
Fais de beaux rêves est un véritable travail d'orfèvre, construit sur un scénario ciselé et servi par une interprétation pleine de finesse.
Comme le personnage principal, on sait sans savoir, et le film enchaîne les belles liaisons : statues militaires, bustes de Napoléon, chute libre, se laisser tomber dans le canapé. Chaque période renvoie à un traumatisme de l'enfance, parfois de façon évidente, parfois moins. C'est beau, subtil et on est émerveillé par la manière de filmer de Bellochio.
Il ne manque pas grand-chose pour que le film nous emporte vraiment dans son élan romanesque : peut-être un tout petit peu plus de concision, ou une insistance un peu moindre sur certains passages.
Au final, Fais de beaux rêves emporte la mise par sa capacité à faire ressentir le passage du temps.
Sur le fond il impose cette vérité : quels dégâts produit le fait de ne pas dire la vérité aux enfants !
En 1969, le petit Massimo perd brutalement sa mère, avec laquelle il avait une relation privilégiée très forte. Son père et une tante (d’après ce que j’ai compris) se chargent de son éducation. Le temps passe, il devient journaliste et peine à construire sa vie personnelle, jusqu’au jour où il rencontre Elisa, jeune médecin. Le mystère sur la mort de sa mère le hante encore, ce changement dans sa vie, puis la mort de son père vont le mener à certaines vérités.
Le film est construit en plusieurs strates, autour de trois périodes qui se suivent et se font écho : l’enfance de Massimo juste après le décès et la difficulté qu’il a à accepter l’inexorable, la préadolescence et son amitié avec le fils d’une bourgeoise (Emanuelle Devos), figure maternelle bien choisie, la quarantaine, de 1992 à 1999, année du décès de son père.
J’ai beaucoup aimé ce qui se rattache à l’enfance avant et après la disparition de la maman, le jeune acteur a beaucoup de profondeur, d’intensité pour son âge, les scènes pertinentes (comme la scène avec le curé).
Il y a aussi tout un langage en filigrane, symbolique. Des allusions récurrentes à la maternité, à la mort de la mère, aux phénomènes de chute : l’inconscient est parfois bavard.
La réalisation est fluide et les couleurs assez ternes, dans les beiges.
Je me rends compte que ma note n’est pas à la hauteur de la chronique essentiellement très positive, je dois dire que je n’ai pas été vraiment touchée par cette histoire, même si l’ensemble est vraiment intéressant et réussi. Question de sensibilité, peut-être juste du moment.
Ce film est un vrai petit bijou d'émotions. Je suis vraiment contente d'avoir pu le voir. Il s'agit d'un homme dont la mère est décédée quand il avait 9 ans. Il adorait sa mère et ne s'est jamais remis de sa disparition. Surtout il sent qu'on lui a toujours menti sur la vraie raison de son décès. Toute sa vie il sera malheureux et à un moment donné il apprendra enfin la vraie raison. Le film est très sobre et on voit le héros enfant, adolescent et adulte avec beaucoup de flashbacks. Cette histoire est vraiment bouleversante et j'ai adoré ! Il ne faut pas louper ce très beau film !
J'ai trouvé ce film particulièrement poignant et émouvant. Il y a quelques longueurs certes mais c'est pour bien expliquer la psychologie, le vécu et le ressenti du personnage principal. C'est un film vraiment magnifique au sujet d'un enfant qui a perdu sa maman et qui en souffrira toute sa vie.
Comment se débrouiller d'une mère séductrice, séduisante, qui vient à mourir précocement lorsqu'on est un jeune garçon, à qui personne ne parle des circonstances de la mort de cette mère ? En 1920, Freud écrivait un article sur le jeu de la bobine. Il s'agissait de l'observation de l'un de ses petit-fils, qui élaborait la symbolisation de l'absence. Le jeu de cache-cache métaphorise la disparition pour en faire une absence, parce qu'un temps de réapparition survient. Nous circulons de l'enfance à l'âge adulte de Massimo, qui se remémore de façon amputée des scènes de son passé et de son enfance. L'absence de paroles a entamé sa réflexion. Massimo mène sa vie dans une sorte de fuite en avant, jusqu'à ce qu'enfin l'angoisse survienne. L'attaque de panique n'est pas médicalisée. Une invitation à recourir au miroir ou à la fenêtre est proposée. Point de prescription de neuroleptiques. Juste une incitation à affronter la vie et ne pas redouter la survenue d'angoisses, mais les apprivoiser. Les ficelles scénaristiques sont parfois assez grossières, mais l'abord du deuil, des effets des non-dits sont explorés et illustrent comment une existence est parfois orchestrée par des événements si lointains, qu'on a du mal à imaginer qu'ils puissent agir à distance de façon insue...
Drame filial et familial. Ou La vérité sur (la mort de) ma mère. Coproduction italo-française en italien avec Emmanuelle Devos et Bérénice Béjo apparemment non doublées. Massimo avait 9 ans quand sa maman adorée est morte. 34 ans après, alors qu'il doit vider l'appartement de son enfance, il cherche à savoir comment. Belphégor n'est plus là pour le soutenir... Un peu trop long (2H10) mais émouvant (notamment la scène de la lettre), et la fin à ne pas révéler, quand il apprend enfin les circonstances de ce décès qui l'a tant marqué. 3,25
Le nouveau film de Marco Bellochio prend à bras le corps un sujet difficile, celui de la perte d'une mère par un enfant de 9 ans. On lui expliquera plus tard qu'elle a fait une crise cardiaque, mais est-ce la vérité? Même devenu adulte et travaillant dans le journalisme, l'orphelin reste obsédé par ce souvenir. Qu'est-il arrivé? Pourquoi sa mère est-elle morte? La réalisation du cinéaste italien n'est pas des plus aisées à suivre, le récit est constellé d'ellipses, c'est un film qui demande la plus grande attention de la part du spectateur. Mais c'est aussi et surtout un film très touchant. 8/10