Jacques Audiard n’a jamais été ma tasse de thé ; et comme je m’amuse à le rappeler : ça tombe bien, je n’aime pas le thé ! Ce n’est pas par snobisme, c’est viscéral ! Quand d’aucuns se pâmaient pour « Le prophète », je sombrais dans l’ennui. Sa filmographie ne me fait ni chaud ni froid. Je regarde, souvent à distance, et ne retiens rien. John C. Reilly doit sacrément l’apprécier pour être venu le chercher et lui proposer de réaliser « Les frères Sisters ». Rien d'étonnant, Jacques Audiard est quand même une référence dans le milieu du cinéma. Et c’est tant mieux, car j’ai été agréablement surpris du résultat. Un miracle ! A défaut de me réconcilier avec le réalisateur, « Les frères Sisters » ne m’indiffère pas. Pour un essai US, Audiard s’en tire bien, même très bien. Et c’est d’autant plus miraculeux qu’Audiard avoue ne pas trop aimer les westerns. Evidemment, il s’est appuyé sur la grammaire western, il n’a pas pu y échapper, et le rendu est très respectable. J’ai bien aimé l’évolution des frères Sisters, Charlie et Eli interprétés respectivement par Joaquin Phoenix et John C. Reilly. Une évolution inattendue, décevante pour certains. Il est vrai que je m’attendais à une rude confrontation entre Morris (Jake Gyllenhaal) et les frères. Mais Audiard qui s’est amusé à entretenir cette confrontation m’a pris à contre-pied comme il prend à revers les certitudes du spectateur avec cette fin où nos deux frangins préfèrent retrouver le noyau familial plutôt que de persévérer dans leurs méfaits. Une évolution qui en vaut bien une autre et surtout synonyme de paix : paix avec le passé, et paix intérieure. Ce qui donne à ce western une dimension assez insolite, singulière, originale. D’aucuns regrettent l’absence d’intensité, au contraire, le récit a une charge dramatique : la mission que se sont donné les frères, ce road movie qui monte crescendo ponctué des doutes et des remises en question d’Eli et cet accident survenu brutalement dans la rivière mettant fin à un projet utopique. Si le jeu de Joaquin Phoenix n’a rien d’exceptionnel, j’ai apprécié celui de John C Reilly plus consistant dans le spectre des émotions. Le seul en qui j’accordais ma confiance et encore, parfois je doutais. Comme j’ai douté des intentions de Charlie. Enfin, mention à cette brosse à dents qui apporte une note d’humour, rarement vue dans les westerns, témoin d’une industrie commerciale en plein développement dans cet Ouest Américain tourné vers l’avenir. La ville de San Francisco en est un illustre exemple. A voir en V.O tout de même.