Revenu en grâce depuis l’intrigant ‘The visit’ par l’entremise de la société de production Blumhouse, Night Shyamalan offre tous les témoignages de l’épanouissement au sein de ce nouvel éden du cinéma de genre, dont le système de production et les contraintes budgétaires le forcent à redoubler de créativité en amont, autant sur le concept que sur sa mise en oeuvre. Je suis d’ailleurs convaincu que ‘Split’ est voué à devenir à terme un Classique du Film de séquestration, en l’occurrence celle de l’inévitable trio d’adolescentes par un psychopathe dont la psyché est fragmentée en pas moins de 23 personnalités différentes : autant dire que James MacAvoy s’en donne à coeur joie avec cette friandise Actor’s studio qui l’oblige à bondir du petit garçon zozotant au control-freak hygiéniste en passant par l’érudit et la figure maternelle rassurante, pour en arriver à la mystérieuse ‘24ème personnalité’ enfouie. L’acteur écossais réussit le tour de force d’embrasser pleinement l’emphase et le cabotinage inhérents à de telles prestations sans jamais devenir (trop) ridicule. Si ces incarnations multiples peuvent mettre mal à l’aise, ‘Split’ ne repose pas pour autant sur les ficelles éculées du film d’épouvante contemporain : si vous espérez du sursaut, du mouvement suspect dans les ombres en arrière plan et du frisson facile, passez votre chemin car ce n’est pas ici que vous les trouverez. Si vous comptez sur un twist final renversant pour sauver les meubles - Shyamalan n’est jamais parvenu à se débarrasser de sa réputation de “maître du twist’ acquise à partir de la fin des années 90 - vous pouvez tout aussi bien laisser tomber et vous tourner vers le ‘Identity’ de James Mangold : ce qui peut passer pour une révélation inattendue ne fait ici qu’apporter une conclusion logique et attendue sans inciter à une relecture du récit à la lumière de ces nouvelles informations. Evidemment, c’est un peu déstabilisant : des années de films d’horreur et de thrillers pré-digérés n’ont pas habitué à le public à redoubler d’attention en visionnant une production de ce genre...car ‘Split’ est un film écrit avec une intense précision, dont certains passages sont des modèles de mise en scène qui n’ont rien à envier aux meilleurs Hitchcock, dont le script ne renferme rien de superflu et dont chaque personnage, chaque flashback, chaque élément employé comme un symbole ou une allégorie figure à sa juste place. Et si on repère certains éléments récurrents de la filmographie de l’auteur, notamment “l’effet miroir� sur lequel reposent plusieurs de ses films, et auquel l’ultime scène adressera un clin d’oeil intrigant, ces derniers sont amenés avec suffisamment de savoir-faire pour qu’on n’ait jamais l’impression d’assister à une redite. En toute objectivité, compte tenu des avis dithyrambiques unanimes que j’avais lu, ‘Split’ m’a parfois laissé sur ma faim, principalement parce que je ne m’attendais pas à quelque chose qui cherche à susciter la réflexion et l’attention portée aux détails au détriment du ressenti instinctif et instantané...mais, justement, parce que je n’oublie pas que Shyamalan, qui a parfois offert le pire, a aussi été capable du meilleur, il me semble que son dernier film mérite que je lui accorde une seconde vision d’ici quelques mois, le temps de digérer tout ça...