Lorsque Christopher Nolan s'attaque à un morceau de la 2nde Guerre Mondiale, cela nous gratifie ni plus ni moins d'1h47 d'intensité pure, je ne pense pas qu'un seul film autre que celui-ci puisse prendre aux tripes sur autant de temps.
Prenez n'importe quel film de guerre, enlevez l'introduction et l'épilogue larmoyant un peu longuet, et vous avez Dunkerque, qui n'est autre qu'un moment de bravoure étalé sur toute la durée du film.
Le gros défaut du film si je puis dire est qu'on ne s'attache pas particulièrement aux personnages, du moins il manque peut-être un fil rouge émotionnel sous forme d'arc narratif d'un ou de plusieurs persos forts. Néanmoins c'est également un parti-pris : celui de montrer des personnages sans réel passé ou évolution, telles des âmes jetées au sein de ce bourbier incroyable qu'était la plage de Dunkerque, où la mort prenait n'importe qui.
En ce sens je ne pense pas qu'on puisse dire que ce film est un grand récit de guerre : c'est une expérience cinématographique à la limite du sensoriel qui nous immerge un instant dans cet épisode de la 2nde guerre mondiale,en enlevant tout "artifice" de cinéma classique consistant à présenter des personnages qui seront le moteur du film via leur histoire personnelle, pour finalement nous faire vivre littéralement la débâcle subie par les soldats anglais sur la plage, la mer et dans les airs au sein d'une course-contre-la-montre sans aucun temps mort.
Le côté "imparfait" du film confère donc un caractère unique et presque expérimental pour un vrai OVNI au sein du genre.
Les acteurs sont tops, tous crédibles, pas de performance à Oscar, on vise le réalisme le plus possible. Tom Hardy est très crédible en pilote, Mark Rylance toujours aussi impeccable et charismatique, pareil pour Kenneth Branagh. Fionn Whitehead est ce qui pourrait s'apparenter au personnage principal, sorte de soldat innocent tentant à tout prix de survivre et de rejoindre la patrie, comme ses semblables, une âme égarée au sein des 400 000 hommes présents sur la jetée de Dunkerque.
Hans Zimmer continue sa collaboration avec Nolan en proposant une bande originale tonitruante et prenante à souhait, composée de sons de taules froissées ou de tic tac, et qui contribue grandement au sentiment d'urgence qui parcoure le film du début jusqu'à la fin.
La mise en scène est immersive à souhait, alliée à une photographie ultra léchée nous offrant de somptueux panoramas, tant dans les scènes où le danger et l'urgence règnent que dans les nombreux moments de silence et contemplatifs.
Si je devais chipoter, je dirai que certaines scènes aériennes (brillamment réalisées) sont parfois redondantes, en particulier concernant la "destruction" des avions ennemis (on sent qu'ils n'ont pas voulu abîmer les avions d'époque).
En conclusion,Nolan réalise un exercice de style plein de maturité, une oeuvre à la fois sobre et energique, une formidable expérience immersive, qui malgré son manque d'émotion et quelques ficelles narratives sous forme de montages temporels différentiels pas toujours pertinents, reste un moment de cinéma pur, un croisement improbable entre Il Faut Sauver le Soldat Ryan, les Dents de la Mer et Memento !
Sans aucun doute le film de Christopher Nolan le plus abouti en terme de mise en scène.