Alors que beaucoup de critiques retiennent de “Moonlight“ une inattendue et étonnante passion homosexuelle, il serait réducteur de résumer ce film passionnant à ce seul sujet. Car c’est, d’ailleurs, la partie du film la moins réussie et la plus rapidement traitée: en jouant sur une hésitation constante à révéler les sentiments de son héros, on suit la plupart du temps la vie de Chiron sans que son orientation sexuelle soit explicitement la cause ou la conséquence de sa difficile existence. Il en ressort une relation d’amour poignante et forte, sans que l’orientation sexuelle soit, au final, d'une quelconque importance. Le côté bouleversant de son histoire, et les mieux traités, tourne autour de 2 sujets forts: la relation avec la mère et l’éternel statut de bouc-émissaire de son personnage principal. Quelle qu’en soit l’origine, sa douleur est constante, latente, perpétuelle, irrévocable alors qu’aucune solution et de happy-end semble éclaircir son horizon. Et pourtant, B.Jenkins continue de filmer son héros de manière juste et sincère, sans trop de pathos, laissant au spectateur le sentiment que ce bonhomme carrossé par la vie pourrait avoir un jour sa chance. Ce film avance comme Chiron grandit: qu’il soit gamin, ado ou adulte, les interprètes de Chiron sont criants de vérité, jouant de silences, de retenues puis d’explosions dans une très grande justesse commune. Réalisation jouant sur un rythme inégal, enchaînant scènes posées puis révélations chocs, B.Jenkins accumule la pression comme il sait aussi lâcher la soupape de manière redoutable. Dans un style assez immersif qui évite trop d’effets de style et de facilité de scénario, la réalisation et, par conséquent son propos, paraissent souvent bruts et réalistes. Dommage que “Moonlight“ évolue dans une société où tous les protagonistes sont « black » sans réelle justification, et qu’il joue parfois au grand écart à vouloir gérer ses 3 grands sujets de front. Loin des clichés de film à Oscar qui trouve souvent de bons sentiments dans de misérables situations, “Moonlight“ ne manque pas de pertinence et de justesse pour se démarquer de ses illustres prédécesseurs à statuettes.