Haneke filme une fois de plus les bourgeois dans un long-métrage plus calme que d'ordinaire, sans vraie scène choc, qui met davantage en évidence le mélange de tendresse et de pitié du cinéaste pour ses personnages. Si les cadrages restent cliniques, les gros plans sont dépourvus de provocation et l'intonation des voix dévoile une douceur inhabituelle, en particulier dans celles de Jean-Louis Trintignant et de la jeune Fantine Harduin. Mais une fois reconnue la modernité du montage, suite de scènes qui s'apparentent à des fragments en suspens, on peine à retenir un intérêt plus grand que la simple puissance de la mise en scène. Haneke n'a pas grand chose à dire sur les bourgeois (pas plus en tout cas que ce que raconte déjà sa filmographie) ni sur les migrants, qui ne font que passer et finissent par être hypocritement invités par la famille lors d'un repas privé. Que les membres de cette famille soient victimes de leur condition sociale, c'est acté, mais une fois présentés les différents personnages, ces derniers ne sont plus creusés, d'où l'absence de densité et de complexité à l'oeuvre. Haneke signe donc un film plutôt stimulant mais en fin de compte assez maigre, pas si "ouvert" que ce que ses défenseurs veulent bien prétendre.
Film ennuyeux au possible avec des plans fixes qui durent une éternité, des silences assourdissants, des dialogues minimalistes, et surtout les 5 premières minutes filmées avec un smartphone... Certes on comprend que le réalisateur a voulu sortir des sentiers battus mais là on peut parler de dérapages, de sorties de route car on ne suit plus tant c'est ennuyeux ! Seule la petite Fantine Harduin sort un peu du lot dans son rôle de pré-adolescente neurasthénique et le "vieux" Trintignant qui assume sa vieillesse et qui arrive à nous toucher mais pour le reste, ni Isabelle Huppert ni Mathieu Kassovitz ne sont convaincants. Un film très "cannois", c-à-d "chi...." au possible !
On ne peut pas dire qu'Haneke fasse dans la dentelle. Tout y est de son oeuvre dans ce nouveau long-métrage "Happy End". Dès les premières séquences tournées depuis le téléphone portable de la fille, on repense au terrifiant "Funny Games U.S.", où l'image prenait part à une horrifique histoire. Puis le réalisateur nous entraîne dans les méandres glaçants d'une famille bourgeoise à l'image de "Caché". Même la mort et la vieillesse hantent ce film à la façon du très grand "Amour". Bref, "Happy End" constitue une sorte d’œuvre témoignage de toute la carrière du réalisateur. Il porte sur cette famille un regard cruel, tranchant, amenant les membres à une sorte de danse psychologique qui pourrait faire craindre une hystérisation de la mise en scène. Mais le talent d'Haneke permet d'éviter la grossièreté et l’invraisemblance. Les acteurs, et particulièrement Huppert, Trintignant et Kassovitz s'engagent dans ce tourbillon de violence et de détresse à la fois avec tact et assurance, faisant gagner à chaque scène en intensité des personnages exposés. L'argent, les enjeux de pouvoir, la folie, la corruption, la décomposition des familles et leur éventuelle reconstruction sont autant de thématiques qui traversent ce film. Haneke a réalisé une fois de plus une œuvre aussi étouffante qu'elle est géniale, aussi subversive qu'elle est touchante, sinon que son regard a grandi en sagesse, en épure et en lucidité sur notre monde en pleine décadence.
Personnellement j’ai trouvé ce film plutôt intéressant, il est criant de vérité en n’en faisant pas trop une caricature. J’avais très peur que ce soit juste un film larmoyant. Mais il s’est révélé que le film à tendance à être captivant par moments car on suit chacune des histoires des personnages qui parfois s’entrecoupent et qui prêtent à réfléchir. La fin m’a particulièrement touché du fait peut-être de la crédibilité des acteurs ou tout simplement que j’avais commencé à m’attacher à certains personnages.
Ce film est notable pour Haneke sans pour autant marquer sa carrière de manière significative. Il reste bon à voir si vous avez besoin de voir un drame ou tout simplement de vous imprégner d’une nouvelle atmosphère. C’est un film plaisant à voir pour ses acteurs et les personnages qui y sont proposés ! Mention spéciale à Fantine Harduin (Eve dans le film) qui s’en sort magnifiquement bien face aux autres acteurs. Actrice à suivre !
J'adore le cinéma d'Haneke mais je n'avais pas pu voir ce film à sa sortie et les mauvais retours ne m'avaient pas fait me précipiter dessus à sa sortie en DVD. Sauf qu'en réalité c'est très bon et c'est dans le peu que j'ai vu, le meilleur film de Cannes 2017. J'aurais adoré une troisième palme consécutive pour Haneke.
Je ne ferai pas la blague du Haneke Cinematic Universe puisque je viens de voir que les cahiers l'ont déjà faite, mais clairement on est dans un film somme pour Haneke tant tout renvoie à ses films précédents et à ses démons. Lorsqu'on dit ça on pense sans doute avant tout à Amour (pour la distribution, mais pas seulement) avec ce qui sans doute la meilleure scène du film où Tritignant raconte à sa petite fille la fin du film Amour, comme s'est terminée la vie de sa femme.
Mais il n'y a pas que ça, Haneke réutilise une scène utilisée dans Caché, on voit mais on n'entend pas ce que se disent les personnages... Scène qui ne sera pas plus jamais évoquée, laissant ainsi le spectateur libre de toute interprétation comme pourrait le faire un témoin fugace depuis l'autre bout de la rue... On a évidemment du Benny's Video (le seul Haneke que je n'ai pas aimé), puisque là on a une jeune fille qui filme tout, notamment ses méfaits.
D'ailleurs c'est extrêmement glaçant d'ouvrir le film là-dessus, sur cette violence ordinaire filmée, projetée afin de faire de nous les voyeurs complices d'actes atroces comme lorsque l'on regarde des gens faire des choses tout aussi horribles en vrai sur l'application Periscope. La violence des enfants rappelle également Le Ruban Blanc...
Bref tout le film fait écho aux thématiques explorées par Haneke durant sa carrière.
J'avais un peu peur en apprenant que le film allait parler des migrants, j'avais peur d'un Haneke qui devient un peu gaga et qui perd toute sa radicalité pour devenir un papy gâteux, mais il n'en est rien. Peu présents les migrants ont néanmoins un rôle essentiel dans le film, ils sont là pour montrer ce que disait le synopsis : "Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles."
Ils mettent en lumière à quel point cette famille bourgeoise est hors du monde, hors de la réalité, comment elle est dans un entre-soi, s'arrangeant entre amants pour les questions judiciaires, donnant du fric pour éviter les poursuites, apportant dans une ambiance très XIXe des chocolats à la fille de la servante blessée par le chien de la maison... Ils sont un retour au réel nécessaire pour éviter que ça soit juste une farce bourgeoise.
Le film en est une, de farce, il a beau être glaçant par moments, vraiment froid, cynique, désabusé, du bon Haneke en somme, il n'en est pas moins drôle. Ces bourgeois apathiques sont drôles malgré eux avec leur incapacité à aimer.
La fin est vraiment belle, dérangeant, un peu glaçante tout en étant assez drôle finalement avec sa pointe de cynisme froid... Le regard que jette Huppert à la petite fille qui filme la scène, ce regard désemparé, d'incompréhension dit tout. Huppert ne comprend rien à son père, à sa nièce. Les deux sont quant à eux connectés. Les acteurs sont vraiment excellents, ça fait d'ailleurs plaisir de revoir Kassovitz dans un bon film, mais clairement c'est la gamine et Trintignant qui dominent.
Hanneke signe un film subtile qui parle des problèmes familiaux et des relations générationnelles avec beaucoup de tact et de finesse le tout emporté par un casting impeccable.
Au regard de la bourgeoisie française, son déclin et sa folie. Dramatique et dérengant, surtout pour Jean Louis Trintignant, Matthieu Kassovitz qui livre une bonne interprétation avec une Isabelle Huppert digne et sobre. Mais la réalisation est assez terne et le scénario pas toujours claire. J'ai apprécié les différente forme de caméra et le visuel d'un raiseau social plutôt crue et provocateur. Un film triste mais on reste sur une image assez déstabilisant
Un film surprenant sur une famille où chacun/ chacune est dans sa propre folie, son propre excès, sa propre névrose.
Entre un grand père handicapé qui veut mourir, une mère castratrice voulant régner sur ses enfants, un fils rebelle, tendance alter mondialiste ou homo refoulé et une petite fille sociopathe hautement fonctionnelle et meurtrière, pas un pour rattraper l'autre.
Le seul fils qui semblerait équilibré, spoiler: cache un penchant secret qui nous offre les perspectives les plus crues et malsaines du film. .
Un montage lent et volontairement malaisant, filmé tantôt caméra à l'épaule, tantôt depuis un téléphone portable, nous plonge dans ce marasme.
On en ressort troublé, dérangé ou exaspéré, quoi qu''il en soit soulagé.
On gémit: "dieu merci, cette famille, ce n'est pas la mienne!"
Voire...
A dévorer pour les fanas de Von Trier et Bergman.
A éviter pour les âmes sensibles et les bien pensants.
Cinq ans séparent les sorties en salle de Amour et Happy end. Les deux derniers films en date de Michael Haneke semblent pourtant filer un même coton à tel point que Happy end peut être considéré comme une suite de son aîné. Le cinéaste y radiographie la déréliction relationnelle d’une famille bourgeoise calaisienne et l’étend à ses thèmes de prédilection que sont le déterminisme familial, les rivalités intergénérationnelles et les rapports aux personnes d’origine étrangère. Critique complète sur incineveritasblog.wordpress.com
J'avoue être assez friand du cinéma de Michael Haneke à l'accoutumer. J'y vois un cinéma subversif, qui questionne nous moeurs et l'asphyxie de situations délirantes. C'est un cinéaste qui test la capacité de résilience de l'individu, son retranchement et sa subversivité, à travers des pulsions sexuellement équivoques. Happy End parle toujours d'individualisme, mais cette fois dans le mépris de classe. L'idée de départ est bonne, mais tous les thèmes principaux du cinéaste autrichien sont laissés à l'abandon. Aucun des personnages n'arrivent à m'atteindre, ils paraissant si loin d'une vérité qui manque dans ce film. Creux voir insipide, c'est un mauvais crus.
C'est un film sombre, noir, dramatique. Après avoir causé la mort de sa mère dépressive par surdose d’anxiolytique, une pré-adolescente débarque chez son père qui est chirurgien. spoiler: Ce père est à nouveau en couple avec une jeune femme, ils ont un bébé mais il est infidèle, il a une liaison avec une musicienne (on voit d'ailleurs plusieurs échanges de mails entre eux).
Dans la demeure familiale à Calais, il y a également le grand père de la pré-adolescente qui va essayer de se suicider, sa tante chef d'entreprise en plein tracas professionnels, le fils de sa tante (donc son cousin) qui travaille dans l'entreprise familiale et qui boit et est dépressif et aussi un couple de domestique.
On est dans le milieu très riche, bourgeois. Tout le monde est en souffrance, chacun pour diverses raisons. Le film est de grande qualité et c'est très intéressant.
Un casting époustouflant, une gamine, Faustine, douce et inquiétante qui crève l'écran. Ce film prend son temps pour nous faire entrer dans cette famille dérangeante. La façon de Fixer les expressions et de zoomer sur les visages est magnifique. Un film qui pose des questions.
Avec ce film, Haneke devient une caricature de Haneke... Soit un réalisateur totalement misanthrope qui nous brosse une gallérie d'aristos tous plus ignobles les uns que les autres... Il y a une ou deux séquence à sauver, pour le reste, tout est malheureusement attendu et vain. J'en ai marre de ces réalisateurs qui nous crachent à la figure leur haine de l'humanité...
une bonne distribution et un bon jeux d acteur mais le film est parfois tres lent avec des plans interminables dont je ne comprend pas les sens cinématographique
Michael Haneke nous emmène dans le Pas de Calais au sein de la bourgeoisie calaisienne avec une famille qui a fait fortune dans le BTP. La première partie du film est particulièrement ennuyante puisqu'il n'y a aucune émotion qui se dégage et quelques clichés voulus ou non qui peuvent déranger ( comme les employés de maison marocains traités avec condescendance). La deuxième partie sauve le film du naufrage grâce à un Jean-Louis Trintignant merveilleux et la petite Eve qui est rafraichissante de par son jeu. Une oeuvre mineure dans la carrière du réalisateur d'"Amour" ou du "Ruban blanc".