Le Rodin de Jacques Doillon n'a convaincu à Cannes que les critiques français, à l'opposé de leurs confrères internationaux qui lui ont octroyé les plus basses notes parmi les 19 films en compétition pour la Palme d'Or. Et les spectateurs, après sa sortie, semblent en grande majorité adhérer à cet avis. Et pourtant, ce portrait (et non biopic) du sculpteur français le plus célèbre n'est pas mauvais, du moins pas entièrement. C'est dans la relation viscérale avec son métier que l'on trouve les plus belles scènes du film. Doillon montre l'homme à son travail, hésitant, arrogant, dépité, etc. D'art et d'essais, tel est est son sacerdoce, en remettant mille fois sur le métier. Et cela, le film le montre, sans rechigner, tout un créant une représentation qui ne correspond pas nécessairement à celle que l'on a de lui. C'est la vision de Doillon, tout comme dans cette relation avec la jeune Camille Claudel, qui occupe trop le centre du film sans que le cinéaste trouve l'étincelle, dans des moments banals d'une vie de couple, qu'elle soit légitime ou non. Pour autant, inutile de comparer avec la flamboyance du film de Nuytten, les deux réalisateurs ont des univers non étanches. Enfin, il y a Rodin et son temps, artiste maudit jusqu'à un âge avancé, avec son monumental Balzac comme étendard de son génie. Là encore, Doillon peine à parler d'une période riche en créativité, se contentant d'illustrer des rencontres entre le sculpteur et Cézanne, Monet ou Mirbeau. Vincent Lindon se glisse sans difficultés dans la peau du héros mais sans arriver tout à fait nous le faire sentir de l'intérieur. Et puis il y a évidemment ce grave problème de compréhension car l'acteur ne cesse de marmonner dans sa barbe (ce n'est pas la première fois que cela lui arrive). Quant à Izïa Higelin, elle ne mérite pas d'être clouée au pilori, sa Camille Claudel est sensuelle, terrienne et joyeuse. Ce n'est pas parce qu'elle va à l'encontre de l'image habituelle de l'artiste qu'il faut l'en blâmer. Elle est absolument remarquable car inattendue et soutient aisément la comparaison avec Lindon.