Le discours de remerciements de la réalisatrice à Cannes lors de la remise de son prix pour la Caméra d'Or était à l'image de son film, rafraichissant, exalté mais assez vite oublié. J'en suis sorti conquis mais avec le recul je n'y pense plus du tout, contrairement au dernier Philippe Lioret (rien à voir, je le conçois), beaucoup plus sobre, beaucoup plus simple. On retiendra donc une mise en scène un peu chaotique, mais rythmée et surtout pleine d'une certaine rage et d'une belle énergie. L'interprétation a les mêmes qualités, les jeunes filles sont formidables, même si souvent à la limite d'en faire trop. Le duo, Oulaya Amamra, sœur de la réalisatrice qui se détache vraiment du lot, et Déborah Lukumuena, agaçant au début, finit par être très attachant. A côté de cela, j'y vois les mêmes défauts que dans le Bande de filles de Céline Sciamma. Quand le constat social, plus ou moins bien mené, dérive vers le romanesque et le thriller, on y croit de moins de moins. Houda Benyamina a voulu mettre beaucoup de choses dans son film, c'est certes louable, mais un peu maladroit. Sentiment mitigé donc, même si une belle émotion traverse tout cela. Au final, un film et des héroïnes tout de même séduisants (sans être captivants), une réalisatrice et une actrice à suivre.
L'un des grands bonheurs de la vie d'un cinéphile, me semble-t-il, c'est celui d'assister à l'apparition d'un acteur ou d'une actrice, de quelqu'un qui irradie littéralement l'écran, qui vous submerge, vous bouleverse, vous renverse. Qu'ensuite, pour bien des raisons, cet acteur ou cette actrice fasse "carrière" ou pas, n'est pas forcément important par rapport à ce "surgissement" miraculeux dont on aura été témoin. "Divines" est un film qui divise : certains - comme moi - se sont laissés emporter par l'énergie du film, sans trop se préoccuper d'un certain nombre de "fautes" de goût (l'horreur !), de narration ou de mise en scène, alors que d'autres ont calé sur ces maladresses. C'est leur droit le plus strict, et il est facile de comprendre combien le manque de subtilité, d'intelligence même de certaines scènes du film, le condamne à échouer dans ce qu'il aurait pu être, une chronique bien sentie de ces "banlieues" dont on parle tant depuis une ou deux décennies, sans en dire grand'chose de pertinent : finalement, "Divines" peut s'inscrire entre "De Bruit et de Fureur" (un grand film) et "La Haine" (un petit film) dans la liste pas si longue que cela des occasions manquées. Mais ce relatif échec politique, dialectique et esthétique du film ne me paraît que secondaire quand Oulaya Amamra est à l'écran, qu'elle aspire littéralement les regards et les émotions des spectateurs (même si le reste du casting ne démérite pas, loin de là : Déborah Lukumuena déploie en particulier une énergie comique remarquable…). On sort de ces deux heures époustouflés par ce petit bout de femme, qui a rallumé pour nous tout au long de "Divines" la flamme : espérons seulement que cette flamme ne la consume pas comme elle consume les personnages du film…
Que la banlieue est triste du côté de Bagnolet ! Les filles portent des burqas pour tromper les surveillants des magasins, d'autres dealent de la drogue, mettant à leurs genoux les hommes du quartier, les habitants prient dans les caves, la police et les pompiers se font canarder, heureusement, il y a des garçons gracieux qui dansent dans les théâtres et des enfants Rom qui s'amusent au milieu de leur misère. Le plus mystérieux dans cette œuvre, au-delà de tristesse sociale qu'elle dégage, c'est cette Caméra d'Or dont on aurait espéré qu'elle récompense un film de cinéma. Car "Divines" est tout sauf un film de cinéma. Evidemment, on pense au très beau "Bande de filles" sauf que Céline Sciamma a une véritable idée de la mise en scène. Cette histoire compassionnelle se perd dans une série de ralentis, de vagues effets de lumière pour mieux masquer une mise en scène parfaitement absente. Certes, on retiendra quelque expression digne de la plus mauvaise anthologie, mais cela ne suffit pas à faire un film. La référence explicite au grand film de Kassovitz "La Haine" est presque gênante, car ce film avait de la hauteur, une classe certaine, et surtout défendait une vision du cinéma. Les actrices sont touchantes, mais hélas, il ne s'agit pas d'actrices. Elles jouent ce qu'elles pensent comprendre de ce récit, en l'absence d'une direction d'acteurs digne de ce nom. Elles jouent, disons elles se perdent dans des cris, des larmes, des rires. On imagine la réalisatrice pressant la jeune Oulaya Amamra d'en rajouter dans la vulgarité et les pleurs. Non, ce film ne grandit pas la banlieue. Il la réduit à une série de stéréotypes agaçants qui peut-être fait craindre un prix à Cannes de la bonne conscience. "Divines" avait fait naître un espoir de cinéma, le spectateur en ressort pas moins épuisé par autant de démagogie.
On entre dans ce récit par la grille d’aération d’une mosquée de fortune. Sur le trottoir, Dounia interpelle par texto Maimouna, qui écoute le prêche de son imam de père dans une salle de prière située au sous-sol. Le haut et le bas, la verticalité et l’horizontalité, deux niveaux chargés de symboles qui vont se confronter tout au long de ce récit. Un rap rageux, scandé dans une salle sans fenêtre, contrebalancé par les envolées baroques de Mozart, Vivaldi ou Händel. La noirceur d’un quotidien linéaire, percée de lueurs d’espoir représentées par des sommes astronomiques d’argent et de la drogue planquées dans les plafonds ou les murs. Les chorégraphies hystériques d’un danseur en quête de reconnaissance sur une scène surplombée d’un perchoir qui sert d’échappatoire aux deux amies. Les yeux de Dounia qui se lèvent lentement vers l’image du Christ, tandis qu’elle échange de la drogue contre de l’argent dans une église. Là-haut : la reconnaissance, la puissance et la gloire ; ici-bas : l’ennui et le sacrifice. Bref, autant de plans, d’images, de détails, qui marquent une dualité irréconciliable.
Il y a longtemps que je n'avais pas vu un film qui vous reste dans la tête plusieurs jours. J'ai adoré, les acteurs et plus particulièrement Dounia est saisissante, un film d'une extrême force, la musique en total accord avec les différentes scènes. Honnêtement un film à voir. On ressort de la salle complètement abasourdi. Bravo à toutes les filles qui ont joué dans ce film.
Une ultime histoire de banlieue, un mélodrame un peu surfait, mais surtout surchargé de tout et un peu de n’importe quoi, pour beaucoup de cinéma et relativement peu d’intérêt.
Quelques tirades en mode punchline pour créer l'événement, mais surtout cette manière de tout mener dans le sens de ce qui plaît, de ce qui fait mouche, sans jamais vraiment traiter de ce qui fâche.
La belle part faite à l'amitié “à la vie à la mort” pour faire face à la misère, et la magie des situations improbables qui sauvent ou qui tuent in extremis, créent une ambiance un peu racolage, mais elle ne manque pas de charme malgré tout. La pincée hype 2.0 s’active régulièrement en mode SnapChat, rajeunit ce descendant de La Haine pour un résultat qui n'est pas désagréable, plutôt étonnant visuellement, mais à la limite du too-much.
De la (trop) grande musique accompagne les plans or et noir du danseur directement surgi de Free Dance, les chorégraphies trop travaillées tranchent avec le réalisme qui reste encore très inspiré du mode Kechiche. Et puis le cinéma reprend le dessus dans une baignoire remplie de billets qui tombent du ciel en pluie, ou dans un travelling directement produit par l'imagination des deux héroïnes Black&White. La scène finale où le feu s’empare de l’écran, dans un hurlement de désespoir crié en sourdine, alors que la police s’oppose aux jeunes de la banlieue, couronne le tout d’un gigantesque cliché qui affiche saturation complète de sentiments bon marchés.
Et pourtant, l'ensemble se laisse bien voir, malgré l’impression diffuse d'avoir été un peu abusé, d'avoir marché à des stratagèmes cinématographiques dont les ficelles ne sont franchement pas subtiles, mais plaisantes, spectaculaires, pas très originales mais toujours aussi efficaces.
Sur un thème quasiment unique, celui de l’émancipation et de l'amitié, Houda Benyamina brasse des milliers de sujets qui de l’immigration à la vie des cités, de la quête amoureuse à l’apprentissage de la vie (sociale et religieuse) conduit la jeune héroïne (extraordinaire Oulaya Amamra pour la première fois à l’écran) dans les arcanes de la création chorégraphique et les bas-fonds du trafic de drogue. Le tout se joue naturellement d’interactions bien souvent inattendues que la mise en scène explore à son tour avec bonheur, humour, et violence. Un quotidien que le cinéma a su déjà explorer mais à qui la jeune cinéaste offre de nouvelles perspectives dans un discours moins radical, une liberté de ton plus conciliante. Si le jeu est toujours aussi dangereux prévient-elle, il lui faut peut-être alors prendre en compte les propres acteurs de sa survie. Le dénouement est à ce titre un peu symptomatique d’une critique indirecte de la vie des cités. Comme un retour de boomerang d’un système social et politique toujours aussi mal appréhendé. Son constat n’est guère optimiste. Pour en savoir plus
Une très belle histoire. Une histoire sur des pauvres et leurs principales sources d'émancipation. La gloire, l'argent, le risque. Divines parce-que c'est une fable, une histoire et non un récit. L''histoire d'amour romancée le démontre bien. Divines aussi parce-que la relation avec le ciel, avec l’élévation de soi mais aussi la vie et la mort sont autant de facettes de ce chef-d'oeuvre. Ne pas prendre ce film de travers, pour ce qu'il n'est pas, ce serait le risque de passer à côté de la magie.
Rien pour tirer les gens des Cités vers le haut. Les comportements des personnages féminins sont violents, agressifs et idiots. Et pourtant il y a une morale à la fin, mais elle ne change pas le comportement des jeunes de la Cité, passé une seconde d'étonnement, ils retournent à la violence.
Intense Émouvant et puissant ! Un petit chef d'œuvre Une belle histoire malheureusement très réaliste de notre société - Bravo à toute l'équipe du film
thème extrêmement bien traité, sur la vie dans lzs banlieues, mais ça ne se limite pas à cela seulement..histoire de filles avec leur force, leur solidarité et leur sensibilité aussi. magnifique interprétation
pas mal pour un premier long métrage. un peu "la fureur de vivre" au féminin de la banlieue parisienne. les jeunes actrices mettent le feu (et finissent par s'y brûler au sens propre! mais... chut je ne dévoile pas l'intrigue du film qui se situe entre chronique sociale ,éducation sentimentale (amitié ,découverte de l'amour),polar (un peu). ce qui me gêne un peu c'est que "le fric" pour ceux qui n'en ont pas, comme c'est le cas ici, semble être le but principal de la vie...
Divines, caméra d’or au dernier Festival de Cannes laquelle récompense un premier film, raconte l’histoire d’une amitié, à la vie et à la mort, entre Dounia, jeune arabe qui vit avec sa mère, moitié danseuse du ventre, moitié prostituée, et qui en veut, et Maïmouna, imposante noire, fille d’un iman de banlieue, qui la suit en permanence…pour réussir, elles rejettent l’école, volent dans les supermarchés, vont jusqu’à se lier à Rebecca, petite caïd du quartier qui tient le trafic de cannabis et qui va les entrainer dans une spirale où elles finiront par se brûler les ailes…après Bande de Filles de Céline Sciamma, que j’avais moyennement aimé, et l’Esquive qui pour moi reste la référence, un nouveau film sur la banlieue et ses filles porté par deux jeunes actrices qui crèvent l’écran et plus particulièrement Oulaya Amamra qui joue Dounia et qui n’est autre que la petite sœur de la réalisatrice…C’est un film sympathique, énergique, généreux, avec ses naïvetés, son coté fleur bleue dans l’idylle pas très convaincante entre Dounia et Djiqui, le vigile, qui veut percer dans la danse contemporaine. On erre dans les dédales d’une cité, dans les caves, les conduits d’aération, pour déboucher dans une salle de prières, les coulisses d’un théâtre, les cachettes de drogue et d’argent…où Dounia tente de se frayer un chemin…on s’y perd aussi à la suivre. A coté de quelques fulgurances, le film s’égare dans les habituels clichés sur la banlieue…trafic en tout genre, drogue, rébellion, caillassages…