J'aurais aimé participer au concert de louanges qui a accompagné la sortie de cette adaptation très libre de "La Prisonnière" par Chantal Akerman. Pourtant, malgré la meilleure volonté, Stanislas Merhar, interprète désincarné de Simon, ne permet pas au récit de décoller. Certes, le cadre est soigné et parfois admirable (certains gros plans sur le visage de Sylvie Testud) et la dernière séquence magnifique. Entretemps, on passe d'un salon à une chambre avec l'ennui qui caractérise le triste héros, essayant de se raccrocher de temps à autre à une expression charmante du visage d'Ariane. C'est peu, bien trop peu.
Adapter Proust n'est pas l'objectif le plus facile et sans doute Akerman s'en sort plutôt bien. A mon avis peut-être aurait il fallut s'éloigner un peu de Proust tout en gardant le thème principal,
Pur produit français : beau par sa lenteur et ses répétitions, ses innombrables et plats dialogues avec des blancs, ses regards qui veulent tout et rien dire, etc. Bon jeu d’actrice et d’acteur, réaliste, et critique (avant l’heure) sur la toxicité masculine de l’homme, avec sa jalousie et sa possessivité malsaine : il est haïssable, et en effet il n’y a pas d’échappatoire.
Formidable film de Chantal Akerman, ardu au début, mais moins que JEANNE DIELMAN, on est plus dans le plaisir malgré la radicalité de la réalisation et l'aridité du sujet. Alors on s'accroche, puis on se fait accroché et, de la froideur, émerge une beauté et une émotion puissante. Du cinéma inventif, qui sort des chemins balisés et de la "mono-forme" (comme dirait Peter Watkins), et nous emmène dans des contrées inexplorées. C'est (ou plutôt: je trouve ça) très triste et très beau. Chantal Akerman fut une merveilleuses réalisatrice.