Ce long-métrage devrait être montré dans les écoles de cinéma comme un exemple. Celui de tout ce qui n’est pas à faire dans le septième art tant il aligne les fautes de goûts et les erreurs pour aboutir à une énorme déception et s’avérer raté. C’est la preuve en images que les meilleures intentions n’accouchent pas forcément des meilleurs films… Et pourtant tout était là pour qu’un drame puissant, polémique et engagé naisse ici. Regardons plutôt: Halle Berry et Daniel Craig au casting, la réalisatrice turque du sublime « Mustang » à la caméra et la petite histoire qui s’entremêle à la grande avec en toile de fond l’affaire Rodney King. De son passage à tabac, au procès des policiers qui en étaient responsables jusqu’aux émeutes qui suivirent après leur acquittement, ce drame tourne autour de ce sujet. De plus, ce fait divers brûlant n’a jamais été traité de front au cinéma, tout juste est-il cité ou pris comme zone contextuelle, comme dans l’excellent « Dark Blue » avec Kurt Russell. On ne peut donc que saluer le courage de la jeune Deniz Gamze Ergüven de s’emparer d’un tel sujet et de sortir de sa zone de confort pour son second film. Mais on préfèrera à la limite le « Detroit » de Kathryn Bigelow pourtant très manichéen et loin d’être parfait…
Mais à la vue de « Kings » on se dit que la jeune cinéaste a vu trop grand ou qu’Hollywood lui a broyé les ailes ou alors qu’elle a été surestimée et que son premier opus était un coup de chance. En effet, son second film est complètement raté et on n’arrête pas de se demander durant la projection pourquoi elle a fait tel ou tel choix. D’abord le film dure moins d’une heure et vingt minutes. Vu le foirage en bonne et due forme, tant mieux me direz-vous… Mais un tel sujet demande du temps pour être développé et ne peut souffrir de raccourcis. Ici on ne peut que constater l’absence totale de point de vue de la cinéaste qui semble complètement perdue avec son scénario. Quand on voit le long-métrage on a l’impression qu’il manque des scènes, que des ellipses sont complètement incongrues et que le mélange de la petite histoire semble totalement inappropriée au regard de la grande. Ce sont juste deux films différents et la première n’apporte strictement rien à la seconde et inversement. Quant à la scène de rêve d’Halle Berry fantasmant sur Daniel Craig elle est tout bonnement ridicule et incompréhensible.
Dès le départ et les dix premières minutes on pressent que « Kings » ne sera pas le beau film que l’on espérait. L’amorce de l’intrigue est maladroite, la description des personnages est trop imprécise et le montage est complètement chaotique. Mais quand commencent les émeutes, et donc ce qui devrait être le cœur du film, ça part dans tous les sens mais certainement pas dans le bon. On retrouve le couple principal dans une situation ridicule prêtant à rire plutôt qu’autre chose et jamais, à aucun moment, tension ou émotion ne parviennent à nous atteindre tellement cela est boiteux. Chaque séquence possédant éventuellement un potentiel dramatique se retrouve annulée par une suivante complètement ratée. Pourtant il y a quelques beaux plans, deux ou trois scènes réussies éparpillées dans le film. A en être écœuré qu’un tel naufrage puisse advenir et frustré de ne pas être devant le grand film que « Kings » aurait pu être entre d’autres mains. Quand apparaît le générique de fin, on préfère se dire que c’était un brouillon ou qu’un producteur véreux s’est vengé sur le film car, en l’état, c’est juste mauvais et très raté.
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À boycotter ! Ce film est d’une affligeante nullité. Il est même indigne, car il utilise un sujet grave et douloureux comme prétexte d’une vulgaire bouillie hollywoodienne totalement creuse et ennuyeuse, mêlant d’une manière incongrue et très nauséabonde le point de vue documentaire sur les tensions et les violences « interraciales » avec des éléments de comédie sentimentale. Quant aux deux acteurs qui sont les têtes d’affiche de ce navet (Halle Berry et Daniel Craig), je ne les ai jamais vus jouer aussi mal. Sans doute n'ont-il pas réussi à trouver leurs marques et à comprendre ce qu’ils faisaient dans ce film ? Par ailleurs, je suis attristé de constater que des Afro-Américains puissent accepter de jouer dans un film aussi peu respectueux de leur mémoire collective. Loin d’être un bel hommage à Rodney King et aux autres victimes du racisme, « Kings » est surtout une illustration involontaire de l’opportunisme abject des scénaristes en mal d’imagination, et une preuve de leur mauvais goût. Bref, ne vous fiez pas à la bande-annonce (plutôt efficace) et économisez le prix d’une place de cinéma !
C'est en pleine résonance avec l'actualité que sort ce film. Qui retrace les émeutes qui ont ébranlé Los Angeles en 1991, il semblerait que ces faits d'actualités se répètent. Les faits divers sont similaires et les émeutes semblent pouvoir commencer à tout instant. Plus que le film en lui-même, la réalisatrice semble attirer l'attention sur ce terrible constat.
Pour se focaliser sur le film, on suit donc l'histoire d'une femme noire, mère et un peu assistante sociale sur les bords, excellente Halle Berry qui essaye de vivre normalement dans un Hollywood chauffé à blanc et prêt à exploser tout en protégeant ses nombreux enfants. On se concentre sur Jesse, le plus vieux des enfants alors jeune homme tranquille et non-violent qui se retrouve en conflit avec une autre jeunesse désireuse de se révolter et de venger leurs morts. Parmi eux, William, radical et déterminé. Se retrouve dans le film, un peu paumé un voisin un peu spécial mais dans le fond assez sympathique Daniel "Ollie" Craig. Plus que l'histoire, ce sont vraiment les acteurs qui se démarquent, jouant à perfection leur rôle. On apprécie tout particulièrement l'alchimie entre Craig et Berry, nous offrant l'une des meilleures scènes du film, aussi l'une des plus drôle. Le sujet n'est clairement pas un sujet facile ou heureux mais c'est avec justesse que les différents genres se mélangent. Pour autant, on craint l'égarement entre les sujets.
Au delà des acteurs, c'est bien la photographie qui impressionne, jouant sur les lumières ou les plans juxtaposés. Le rythme est soutenu, j'ai même été surpris par la durée (trop ?) courte.
Deniz Gamze Ergüven nous livre ici une très belle fresque sur la situation de personnages désireux de liberté et d'égalité emprisonné dans ce milieu caractérisée par la pauvreté et le sentiment de déclassement.