Quelle bonne surprise ! Le binôme Cynthia Erivo (la révélation du film, son personnage Elphaba est ultra-attachante) et Ariana Grande (qui avait déjà prouvé qu'elle sait chanter Popular dans le très bon remix de 2012 avec Mika) redonne vie à un "Broadway musical" avec fougue, critiquant très justement le racisme et les préjugés, mettant en valeur sa scène de danse silencieuse (vraiment très touchante, la plus belle scène du film), et avec un final explosif qui nous donne l'irrépressible envie de voir la suite (on vous rassure : elle sort l'année prochaine). Pour les amateurs de comédies musicales de Broadway (qui doivent déjà connaître Wicked, étant l'une des plus...populaaaaaires : pardon, déformation professionnelle), cette adaptation prend le pari de garder la nature-même du spectacle. Comprenez : 2h45 de chansons quasi-non stop (pour les parents : bon courage, les gamins de la salle étaient en PLS au bout d'une heure trente) où les actrices enchaînent les voyelles les plus longues que le corps humain puisse supporter (alias "les meilleures BO pour les karaokés entre potes"), courent dans les champs, avec les figurants qui dansent sur les tables. Du 100% Broadway, et si cela rebutera le grand public (ils ne savent pas ce qu'ils ratent), cela fera respirer un grand bol d'air frais à tous ceux qui aiment ce style de spectacles, récemment massacrés par le Cats dont on se rappelle tous. Wicked n'évite pas quelques maladresses : les effets spéciaux numériques ne sont pas forcément très beaux, certaines chansons sont anecdotiques, beaucoup de pistes (aux briques dorées) sont lancées pour rien (
le petit copain, le lion, la mystérieuse potion verte sous l'oreiller
, on les introduit pour ne rien en faire, idem l'enquête pour savoir le mal des Animaux commence, s'arrête pendant 40 minutes au profit d'autres sous-intrigues, et revient in extremis à la fin, quand on s'en rappelle enfin...), et la dernière heure lambine pas mal, on sait ouvertement qu'elle ne prépare que l'arrivée de LA chanson de Wicked (Defying Gravity, pour les rares qui y ont échappé pendant la promo), mais l'attente en valait la peine. Quel beau final, quelle sublime chanson, une vraie apothéose qui nous fait oublier combien on rêvait de frapper la Princesse Nunuche (Ariana Grande excelle dans le registre comique, mais son personnage est d'une telle inintelligence et sans évolution concrète, qu'il est assez pénible sur la fin) avec sa baguette, dans l'espoir de faire connecter deux neurones pour qu'elle comprenne la pancarte
"Je me bats contre un génocide d'animaux"
qui clignote dans le final (Pauvre Elphaba qui essaie de lui expliquer pendant des plombes). D'ailleurs, on n'évite pas les bons sentiments, le manichéisme absolu (le personnage de la sorcière est présentée directement comme "100% gentille", et idem la Princesse est juste décérébrée, et cela ne change pas... Un peu dommage, on en attendait clairement plus). Mais, puisqu'il y a un immense "Mais" à ces critiques, l'audace de sortir un musical de 2h45 avec autant de passion, de costumes hallucinants (ils ont fait bosser tous les costumiers d'Hollywood, non ?), avec un binôme d'actrices formidables (flamboyante Cynthia Erivo), des chorégraphies qui nous renversent la tête, une scène silencieuse qui nous met la larme à l'oeil, et des chansons qui nous embarquent avec elles (surtout le final, "celle qu'on attend tous"), tous ces ingrédients donnent à cette potions magiques des airs de philtre d'amour des comédies musicales à l'ancienne, et là, on est ensorcelé.