De ceux que j’ai vus en tout cas, c’est le meilleur fils de Guédiguian et le meilleur de l’année. On y entre tout doucement, mais c’est incroyable de justesse. J’ai eu la sensation que Guédiguian nous racontait notre vie. Celle de ceux qui ont eu un idéal, qui ont vécu pour lui, et à qui le monde échappe tristement. Nous étions communistes, « gauchistes », pourquoi pas gaullistes, mais nous nous battions pour un monde meilleur. Nos enfants sont dépolitisés ; pour certains, ils sont de plein pied dans une société qu’ils songent d’autant moins à mettre en cause qu’ils s’y les font en or ; pour d’autres, complotistes ou admirateurs de Dieudonné. S’il contient une part de nostalgie, le film n’est pourtant (presque) jamais triste, ensoleillé par l’espoir, par les reflets sur la grande bleue et par ces enfants venus de nulle part : ils ne remplacent pas celle qui est partie, mais donnent un sens à la vie de ceux qui restent. Autour de ces 8 ou 9 personnages, c’est donc une véritable histoire miniature de la société française contemporaine qui se joue. En ce sens, « La villa » est une fable, superbe et indécise. Je crois qu’il a fallu à Guédiguian beaucoup de réflexion, beaucoup de méditation sur la vie, mais aussi beaucoup de courage pour nous livrer son état d’esprit intime d’aujourd’hui. Et cela nous aide, nous, à vivre. Le film est servi par des acteurs tous parfaits, sans exception, et sans qu’aucun ne tire la couverture à lui. « La Villa », c’est aussi un chef d’œuvre collectif. J’ai tout de même un faible pour Daroussin, étonnant d’une lucidité nostalgique. Chacun des rôles est ciselé, chacun d’eux est l'emblème d'un des prototypes d’une société sans cesse en transition. Mais qu’importe tout ceci : « La villa » est plus profondément encore un film sur le temps qui passe, sur la vie qui s’enfuit, il est en cela universel. Nul besoin d’adhérer à la philosophie de Guédiguian pour être touché aux tripes par leur destin à tous. Bon, qu’est-ce qu’on lui donne ? Le César du meilleur film ou l’Oscar du meilleur film étranger ? Sans parler du scénario, géant, des actrices et acteurs, de la calanque Méjean, etc. etc.