Au début sont les statues, celles qu’il faut aller chercher tout au fond de l’eau, celles qui restent encore inconnues et que l’on découvre par remontées successives, puis que l’on parcourt du bout des doigts comme un corps pour la première fois dévoilé dans son intimité. À la fin oscille Elio entre le brûlant du feu qui se consume sous ses yeux et le glacé de la neige qui tombe à l’extérieur, rejouant ainsi la topique de l’amour pétrarquisant. La culture est au centre du cinéma de Luca Guadagnino, et ce dernier refuse de la réduire au simple statut de décorum posé là : non, elle conditionne l’inscription des personnages dans une humanité plus vaste, remontant aux prémices de la civilisation, inscrivant ses représentations dans la continuité de celles qu’elle hérite. Et ce faisant, en pensant la sexualité comme une médiation par l’Histoire des idées et des arts, le cinéaste réussit à élever la relation passionnelle entre l’adolescent et le doctorant au rang d’œuvre artistique à part entière. Le cadre italien – quelque part en Italie du Nord, nous dit-on – raccorde les protagonistes au berceau de la culture occidentale, et l’immersion d’un Américain séduisant est redoublée par le brouillage culturel, l’apport de chansons pop (pensons à « Words don’t come easy to me ») ou mélancoliques dont les paroles entretiennent un lien avec l’action en train de se faire, semblent la commenter tout autant qu’ils en déploient la portée universelle et bouleversante. Car ce serait mentir que de désavouer l’énergie érotique – entendons l’éros au sens large – que dégage le couple principal, microcosme qui trouve sa stabilité dans le heurt des corps destinés à partir, et qui reproduit les mouvements macrocosmiques dépeints dans les théogonies antiques. Call Me By Your Name est une triple déclaration d’amour faite à la passion qui réunit deux amants, à la culture qui offre les moyens d’une prise de conscience intellectuelle de la passion, à l’Italie enfin, cadre idéal pour s’éprendre l’un de l’autre. N’oublions pas la famille, et l’acte de foi que Guadagnino place en elle concernant son ouverture d’esprit (en raison de son rayonnement culturel ?), archétype espéré d’une parentalité rêvée, aussi lumineuse que les paysages saisis par la caméra sous le soleil. D’une beauté ravissante et d’un geste élégant, toujours à fleur de peau mais jamais grossier, le film est une immense fresque sentimentale pourtant limitée à un été et à un lieu. Cette impression de densité résulte, à n’en pas douter, de la performance des deux comédiens principaux, tous deux rayonnants. Un récit d’éveil au désir et à la sexualité sublime. Une œuvre fugace à beauté d’éternité.