Toutes pour une est le deuxième long-métrage de fiction de Houda Benyamina, après Divines, sorti en 2016. Elle n'a pas pour autant chômé durant ces huit années d'intervalle : elle a officié en tant que productrice exécutive sur un épisode de la série Tell Me Your Secrets et a réalisé des épisodes de la mini-série de Damien Chazelle, The Eddy. Enfin, elle a co-réalisé le documentaire Salam, consacré à la chanteuse Diam's.
L'idée de Toutes pour une provient d'un synopsis de quatre lignes déposé à la réalisatrice par son producteur. Il s'agissait de l'histoire de mousquetaires au féminin. Elle précise : "Ce qui m’a intriguée dans ce court synopsis, c’est quand j’ai découvert que d’Artagnan était morisque, une communauté de musulmans espagnols convertis de force au catholicisme et qui, après l’Inquisition, ont trouvé refuge en France, avant d’être à nouveau expulsés sous Louis XIII." En relisant le livre d'Alexandre Dumas, l'idée de réinventer ce récit a continué à germer dans son esprit.
Ainsi, ses scénaristes ont repris la proposition des productrices Carole Scotta et Caroline Benjo de faire les Mousquetaires au féminin et ont ajouté l'idée d'un D’Artagnan en morisque.
La réalisatrice revient sur les valeurs qui la séduisent dans l'œuvre d'Alexandre Dumas : "L’honneur, la loyauté, le courage, la dévotion… Toutes ces valeurs font écho à l’endroit où j’ai grandi ! Les samouraïs, les valeurs de la chevalerie, sont très proches des valeurs avec lesquelles je me suis construite, à la fois dans mon quartier mais surtout, à travers ma cinéphilie." L'autre valeur qui l'a poussée à réaliser Toutes pour une était l'amitié, qui était déjà célébrée dans Divines.
La réalisatrice ne s'est posée aucune question concernant l'approche du genre historique : "J’ai foncé tête baissée. Le film historique peut vite devenir très lourd, et je voulais absolument éviter cette lourdeur, ne pas être emprisonnée dans des costumes trop pompeux ou des décors trop rigides." Son objectif était de sortir des conventions du film historique et d'en briser les règles. Elle ne voulait s'imposer aucune limite et rester avant tout fidèle au panache de l'époque.
L'un des films qui a influencé la réalisatrice est Thelma & Louise pour la quête de liberté et d'émancipation des héroïnes. Elle cite également les films d'Akira Kurosawa pour sa manière de filmer les groupes, Mon nom est Personne de Tonino Valerii pour "l’insolence et la liberté de ton", et Il était une fois la révolution et Pour une poignée de dollars de Sergio Leone qui "ont influencé l’écriture et ont nourri ma mise en scène".
A l'instar de Divines, Houda Benyamina dirige sa sœur Oulaya Benyamina, pour qui elle a écrit le rôle de Sara. Elle lui a toutefois fait passer un casting pour qu'elle se sente légitime : "Je sais que c’est une immense bosseuse : elle a fait un an et demi de préparation ! Je savais qu’elle en était capable. Tu ne peux pas venir un mois avant pour faire un rôle comme ça…" Elle ajoute : "Oulaya, j’aime son âme. Elle me fascine, m’émerveille, me bouleverse."