Manhunter
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anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 7 mars 2020
Sorte de pont entre Le Voyeur de Powell et le Mindhunter de Fincher, ce film est aussi un pur produit des années 80 par ses décors, ses costumes et sa BO. Il est surtout un très bon Michael Mann, dont on retrouve le mélange unique de nervosité et de mélancolie, l’attention portée à la lumière et notamment ce goût pour les belles atmosphères d’aube et de crépuscule. Sur ce thème du profilage, largement rebattu depuis, il y a deux ou trois choses qu’on n’oserait plus faire aujourd’hui, comme montrer le héros se parlant à lui-même pour entrer dans l’esprit du tueur, mais à ces petits détails près, le film n’a pas pris une ride et sa mise en scène est vraiment très belle.
Hotinhere

790 abonnés 5 467 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 9 mars 2024
Un thriller psychologique complexe et haletant dont le suspense s'appuie sur les rapports ambigus entre le flic et sa proie. Et Michael Mann à la réal, ça envoie ! 3,25
Barry.L
Barry.L

37 abonnés 136 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 17 février 2020
Au cinéma, les débuts de Michael Mann furent difficiles. Si son premier film ‘’Le solitaire’’ reçu un accueil prometteur, ses deux films suivants, ‘’La forteresse noire’’ et ‘’Manhunter’’ furent de cuisants échecs et tombèrent même dans l’oubli. Mais au fil du temps, ‘’Manhunter’’ fut réhabilité : normal, tant le style du réalisateur semble déjà tout en friche.

Le film est une adaptation (jugée assez infidèle) du roman ‘’Dragon Rouge’’ de Thomas Harris. Will Graham est un profiler du FBI qui s’est retiré des affaires. Il était notamment réputé pour sa capacité à se mettre dans la peau des assassins pour mieux comprendre leurs pensées. A la demande de son ami et collège Jack Crawford, Will se remet au travail pour coincer un tueur qui a déjà massacré deux familles lors de nuits de pleine lune. Pour les besoins de son enquête, Will consulte le détenu Hannibal Lektor, un ancien psychiatre coupable d’une série de meurtres que Will a lui-même arrêté des années plus tôt.

Sans même avoir lu le livre, le cinéphile comprendra ce qui a bien pu intéressé Michael Mann dans cette histoire. Si le postulat du film est classique (avec il faut le noter un vrai souci de réalisme dans la description des techniques d’investigation, ce qui était novateur pour l’époque), ses thèmes coïncident pile poil avec les obsessions de Mann. Il y a d’abord cette ville, cette jungle étouffante qui semble comme souvent avec le réalisateur piéger ses personnages et renforcer leurs pulsions. De ce lieu, Michael Mann en tire une atmosphère particulièrement étrange et oppressante. Très années 80 dans son esthétisme, ‘’Manhunter’’ offre à découvrir des environnements étonnement exotiques. Mais surtout, un environnement que Mann rend constamment inquiétant. Ce climat, souvent très lourd naît d’une réalisation tantôt très sophistiquée, tantôt très épurée. Si le film est une course contre la montre (il faut trouver le tueur avant la prochaine pleine lune), Michael Mann n’hésite pas à instaurer des moments de calme, ou le temps et l’action semblent se suspendre (comme cette scène hypnotique spoiler: avec le tigre
).

La ville créée l’atmosphère, mais ceux sont les personnages qui la peuplent qui intéressent Michael Mann. La force de Michael Mann, c’est de prendre des figures ultra-balisées (le flic, le tueur) pour mieux les opposer, les rapprocher et les interroger. Au centre de ‘’Manhunter’’, on trouve donc le flic Will Graham, intègre, efficace : associé à la figure du hard-boiled. Mais Michael Mann aime ériger des héros ou des anti-héros torturés et tourmentés. Will est dans la filmographie du réalisateur une de ces premières figures. Il partage plusieurs similitudes avec Vincent Hanna (Al Pacino), le flic de ‘’Heat’’. Même difficulté à concilier leur vie privée et leur travail, même fringues noirs… et surtout même fascination pour l’objet de leur traque. Si le titre français ‘’Le sixième sens’’ ne respecte pas le titre original, il se révèle une fois n’est pas coutume plus pertinent (surtout quand on sait que le metteur en scène était mécontent du titre imposé par le producteur au caractère bien trempé Dino de Laurentiis). Car Will est bien doté d'un sixième sens. Capable de reconstituer les événements en se mettant dans la peau des criminels, Will voit ce don quasiment comme une malédiction. Mann aime filmer la peur, celle de voir le héros flirter dangereusement autour de la frontière entre le bien et le mal, la normalité et la folie, l’humanité et la ‘’monstruosité’’. Cette dualité est illustrée le temps d’un dialogue où Will confie ses sentiments à propos du meurtrier : spoiler: un troublant mélange de compassion (pour le meurtrier lorsqu’ il était enfant) et de haine (pour les actes qu’il commet désormais) transparaît dans le discours de Will
. Ainsi, les héros tourmentés de Michael Mann éprouvent souvent des sentiments troubles, ambigus pour leur proie. Plus précisément, Michael Mann ne se concentre pas tellement sur les actes des personnages (il n’est certainement pas un cinéaste moral), mais plutôt sur les tempéraments, sur les traits de caractères. Will et Hanna éprouvent de la fascination et même s’identifient à Dollarhyde et à Neil McCauley (Robert De Niro, le très professionnel braqueur de ‘’Heat’’). Mais en même temps, ils condamnent fermement les actes commis par ces derniers. C’est un des composants tragiques des films du réalisateur : le spectateur, souvent attaché aux protagonistes et antagonistes aimerait presque voir une réconciliation entre ces ennemis si proches les uns des autres. Mais c’est évidemment impossible, la peur du héros, c’est aussi celle de basculer de l’autre côté, de s’identifier complètement à ce qu’il traque. spoiler: Une superbe séquence montre Will, paniqué après son dialogue avec Lecter (ou Lektor, étrange) dévaler les interminables escaliers de l’hôpital psychiatrique
. En une scène toute simple, Michael Mann parvient à saisir le dédale labyrinthique qu’est l’esprit de Will, condamnée à fuir éternellement ce glissement vers la folie. spoiler: Pour rester dans la normalité, Will n’a pas le choix, il doit éliminer une bonne fois pour toute la source de ses tourments : c’est à dire tout ce qui a trait à la monstruosité. Toutefois, le happy end est plus ambigu qu’il n’y paraît. Will retourne auprès de sa famille et semble être libéré de tous ses démons. Mais cette fin annonce en vérité un perpétuel recommencement : Will est en paix… jusqu’à l’apparition d’un prochain meurtrier. Probablement condamné comme Vincent Hanna à attendre avec l’angoisse l’apparition d’un prochain danger
.

Mais Will et ses névroses ne sont rien sans ses Némésis que sont les hors-la-loi, ceux qui bravent la morale et la justice. Ici, deux hommes incarnent les marges de la société. D’abord, il y a l’homme qu’il poursuit : Francis Dollarhyde. Possédé par le ‘’Grand Dragon Rouge’’, il est responsable du massacre de deux familles. spoiler: Cependant, sa rencontre avec Reba McClane, une jeune femme aveugle va peut-être le changer. Ce géant triste, rongé par la solitude et par une enfance malheureuse voit avec Reba une impossible rédemption
. Une fois de plus, les similitudes entre ‘’Manhunter’’ et ‘’Heat’’ sont à relever. Et cette fois-ci, on peut reprocher les deux traqués : Francis Dollarhyde pour ‘’Manhunter’’ et Neil McCauley pour ‘’Heat’’. Deux solitaires qui transgressent les lois. spoiler: Deux hommes qui se remettront en cause après être tombés amoureux d’une femme
. La rédemption serait-elle envisageable ? Mais il n’y a pas de miracle : une nouvelle fois, Mann aime insuffler du tragique dans le destin croisé de ses personnages. Francis et Neil se débattent pour s’échapper des graves maux qui les rongent mais finissent hélas par échouer. spoiler: Francis et Neil seront rattrapés par leur goût du meurtre (pour rappel, dans ‘’Heat’’, Neil retardera son évasion pour abattre un traître) et seront tous les deux abattus par le flic
. La force de Michael Mann, c’est bien de renvoyer dos à dos le flic et le truand. Si le conflit entre ces deux êtres semble inéluctable, le réalisateur préfère avant tout montrer les points communs que partagent ces deux figures de l’ombre, toutes deux bien plus proches du monde des morts que celui des vivants. Mais Michael Mann ne se contente pas seulement de mettre en scène des personnages en souffrance. Il existe chez lui un troisième archétype de protagoniste, loin d’être tiraillé par des questions de bien et de mal. Certains s’acceptent tels qu’ils sont et acceptent même leur monstruosité. Ils parviennent ainsi à se débarrasser de tout comportement moral. Dans ‘’Manhunter’’, ce protagoniste est présent en la personne d’Hannibal Lecter. Si le rôle du personnage est limité (il n’a que trois scènes et a peu d’impact sur le déroulement de l’histoire), ce qu’il représente en revanche est essentiel. Il surplombe tous les autres humains du film et incarne une forme de sauvagerie étrangement élégante. Il est une forme de démon idéalisé : un être qui assume totalement ce qu’ il est et ce qu’il a commis. Ainsi, Hannibal a beau vivre dans une toute petite cellule (qui semble encore plus étroite que celle du ‘’Silence des Agneaux’’), il est paradoxalement plus libre que ne le sont Will et Francis. Sa libération n’est pas physique (elle ne le deviendra que dans les œuvres suivantes d’avantage concentré sur le cannibal) mais spirituel : le psychiatre ne présente aucune souffrance par rapport à sa condition et s’affiche d’une certaine manière comme bien plus ‘’sain’’ que Will. Et le plus important, Hannibal est aussi libéré des notions de bien et de mal, constatant que Dieu lui-même est un être profondément cruel. Devant ce discours cynique mais lucide sur l’état pourri de notre monde, le fan de Michael Mann pensera forcément à un autre de ses films, probablement son plus beau : ‘’Collatéral’’ (qu’il n’a certes pas écrit). Hannibal pourrait être le maître de Vincent (pas celui de Heat’’, mais celui de ‘’Collatéral’’, joué par Tom Cruise). Ceux sont deux hommes qui vivent par et pour le meurtre, totalement en paix avec eux-mêmes. Ils sont tous les deux des tentateurs, cherchant à faire basculer Will et Max (joué par Jamie Foxx dans ‘’Collatéral’’) dans leur monde amoral. En refusant cela, Will et Max croient encore en l’espoir d’un monde meilleur.

Aussi passionnant et maîtrisé soit-il, ‘’Manhunter’’ n’est pas encore l’oeuvre la plus approfondi du metteur en scène. La faute déjà à un suspense assez stérile, dû à une intrigue/ enquête qui intéressent assez peu Michael Mann. Plusieurs éléments sont passés sous silence et même, plusieurs scènes (dommage que le beau tatouage du dragon rouge n’ait pas été conservé). On devine que Mann ne s’intéresse qu’à l’Humain et qu’il a cherché à évacuer tout ce qui a trait au polar. La fin du film, expédiée au possible est une déception (en plus d’être très maladroite en terme de découpage). On aurait aimé avoir au moins un dialogue entre Will et Francis, comme Michael Mann le fera avec ‘’Heat’’ où les deux stars en trois heures de film se rencontraient le temps de deux scènes devenues cultes. Ici, la confrontation entre Will et Francis tombent à l’eau. Dommage, parce que ‘’Manhunter’’ avec son atmosphère envoûtante (renforcée par sa musique), ses acteurs sensibles (William Petersen est bien supérieur à Edward Norton qui interprète le même rôle dans le remake ‘’Dragon Rouge’’ car plus à fleur de peau, plus ténébreux et imprévisible ; tandis que Tom Noonan parvient grâce à sa carrure atypique à concilier cruauté et tristesse) et ses vibrants thèmes a vraiment quelque chose d’unique. Ce n’est manifestement pas ce qu’a pensé le public puisque le film fut un échec. L’oubli fut d’autant plus douloureux que ‘’Le silence des agneaux’’ (à juste titre d’ailleurs) fut un éclatant succès, propulsant le Hannibal Lecter d’Anthony Hopkins comme méchant emblématique du cinéma (Brian Cox était pourtant très convaincant, plus ‘’normal’’ qu’Hopkins). Heureusement, ‘’Manhunter’’ est depuis réhabilité (encore plus depuis la sortie du remake assez plat de Brett Ratner, ‘’Dragon Rouge’’).
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 6 novembre 2019
La police scientifique au cinéma et son acteur phare 80, cela jouera dans les bons jeunes séries télévisées procédurales du 21ème siècle, Gil Grissom le familier expertise spécialisé de Las Vegas.
La mise en scène dans l’ombre du bleuté lumineux est clairvoyante, le ton est donné par ce visuel atypique recherché, adapté du roman de Thomas Harris, sombre et violente intrigue de serial killer défiguré.

La fin est atténuée donc moins de violence, le profilage du tueur, son motif psychologique et sa romance de l’étrangeté.
Hannibal Lecter est présent mais n’est pas l'antagonisme principal, le réalisateur Michael Mann, n'oublions pas ce nom cinématographique et littéraire, ça fait partie de la culture.
Renaud  de Montbas
Renaud de Montbas

37 abonnés 683 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 24 octobre 2019
OK c'est dit je suis un béotien en béton armé mais ayant vu (à plusieurs reprises car j'adore ce film) le "dragon rouge" de 2002 tiré du même bouquin, je n'ai pas pu aller au bout de son prédécesseur. Mon grand tort a surement été de voir en 2019 ce film de 1987. Du coup, sans que le talent de Michael Mann soit remis en cause : la musique (insupportable), l'image et le jeu des acteurs semblent avoir 1000 ans. Je ne note donc pas l'oeuvre ce qui serait très prétentieux de ma part mais le plaisir retiré de ce film... 1.5 / 5
Marc L.
Marc L.

68 abonnés 1 828 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 12 février 2019
Injustement oublié aujourd’hui, ‘Le sixième sens’ constitue la première tentative de faire vivre à l’écran les personnages inventés par l’écrivain Thomas Harris : Jack Crawford, Will Graham et, bien évidemment, le bon docteur Hannibal Lecter (ici bizarrement rebaptisé Lecktor). La raison de cet anonymat contemporain tient sans doute, bêtement, à son titre français peu évocateur, qu’on associe plus volontiers au Thriller fantastique qui lança la carrière de M. Night Shyamalan. A l’époque, la production avait refusé d’utiliser le titre original du roman de Harris, ‘Dragon rouge’ (pourtant repris dans le remake de 2002) par superstition, un film dont le titre comportait le mot ‘Dragon’ ayant fait un flop l’année précédente, et par crainte qu’il n’évoque un banal film de kung-fu aux oreilles du profane.. Bon gré mal gré, Michael Mann s’adapta à la nouvelle donne et, reprenant les choses là où il les avait laissées pour ‘La forteresse noire’, y développe et approfondit les motifs et les thèmes qui allaient devenir sa signature personnelle. Cette esthétique austère, froide et clinique, ces couchers de soleil sanguinolents comme en contraste, et cette ambiance qui oscille entre contemplation et mélancolie grâce à l’usage appuyé des nappes de synthétiseur, allaient définir pour de bon une certaine esthétique propre au polar des années 80. Forcément, le résultat est très ancré dans une décennie qui renvoie aujourd’hui une aura assez vintage...mais, peut-être précisément pour cette raison, il s’avère plus marquant que la version de Brett Ratner en 2002, depuis longtemps enterrée dans la fosse commune des polars oubliables et oubliés. Inversément, ‘Le sixième sens’ joua sa part dans le renversement des figures du limier et de sa proie qui allait progressivement s’imposer à partir de là. La dualité des deux jouteurs se trouble, on n’est plus dans le cas de figure du héros qui combat le mal absolu : Graham et Le Dragon Rouge sont tous deux des figures obsessionnelles, tout en rituels à la précision extrême : c’est leur empathie et non leurs méthodes qui les différencient. L’assassin n’est plus un croque-mitaine effrayant qui porte le mal sur son visage mais une créature brisée, dont on devine les failles profondes et qui tente même, par certains aspects, de lutter contre sa nature. Cette approche n’était pas inédite - ‘Maniac’ l’avait déjà poussé à son paroxysme quelques années plus tôt - mais elle allait elle aussi contribuer à modifier durablement la représentation du tueur en série au cinéma, qui n’est plus seulement un monstre qu’il faut détruire mais aussi un monstre qu’il faut comprendre au préalable. L’unique erreur de Mann fut de s’éloigner de la conclusion du roman et de louper de la sorte le climax qu on retrouverait dans l’adaptation suivante. Le choix des acteurs joue aussi un rôle dans la relative désaffection dont souffre cette version. Pourtant, ils sont bons, là n’est pas la question : Will Graham, joué en mode pré-Experts par William Petersen, est une figure attachante, et Brian Cox livre un Hannibal Lecter un peu trop brut-de-décoffrage mais dont la perversion est déjà plus que suggérée. Le coup de génie de Jonathan Demme, six ans plus tard, serait de confier le même rôle à Anthony Hopkins qui, avec son ton doucereux et son attitude matoise, ferait entrer le personnage et toute la franchise, y compris ses adaptations les moins convaincantes, dans la légende.
liamsi
liamsi

26 abonnés 475 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 9 avril 2018
Le film a assez mal vieilli, à voir si on est fan de Michael Mann pour compléter sa filmographie, on y retrouve bien sa touche, ses plans magnifiques, ses moments romantiques et ses musiques, mais contrairement à "Heat" ou "le solitaire" qui sont des films de braquages, les films d'enquêtes policières ont bien évolué depuis 1986 et ça se ressent du début à la fin.
soniadidierkmurgia

1 435 abonnés 4 337 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 17 mars 2018
Pour son troisième long métrage après l'échec cuisant de "La forteresse noire" (1983), Michael Mann malgré son aura de concepteur de la série à succès "Miami Vice", doit prouver qu'il peut se faire un nom dans l'univers du cinéma et surtout démontrer que son perfectionnisme déjà bien établi peut déboucher sur une vraie rentabilité. Depuis un moment l'idée d'adapter "Le dragon rouge", roman à succès de Thomas Harris flotte dans l'air à Hollywood. William Friedkin s'est entiché du livre et tient absolument à être le premier à porter à l'écran les méfaits du docteur Hannibal Lecter. Mais Dino de Laurentiis qui détient les droits du livre a pris le bouillon avec "Têtes vides cherchent coffres pleins" (1978) et il se souvient aussi que "Cruising" (1980) du même Friedkin sur un sujet similaire n'a pas attiré les foules malgré la présence d'Al Pacino et le parfum de scandale qui précéda le tournage de cette longue descente aux enfers d'un flic à la recherche d'un serial killer dans le milieu homosexuel new yorkais. L'heure du réalisateur de "L'exorciste" étant passée, Michael Mann peut alors entrer en jeu. Le solitaire" sans avoir été un grand succès jouit d'une solide réputation auprès de la critique en raison d'un style affirmé qui tient essentiellement à la forme dont Mann a su habiller cette histoire d'un casseur de coffres souhaitant raccrocher après son ultime coup. Le réalisateur fidèle à sa réputation de vouloir maitriser tous les aspects de son travail a déjà esquissé l'ébauche de son scénario pendant qu'il terminait le tournage compliqué de "La forteresse noire". Parce qu'il juge la Paramount responsable de l'échec de son dernier film, il entend cette fois ne rien laisser à personne quant à la direction artistique de son travail. Il commence par imposer dans le rôle du flic William Petersen alors encore inconnu et qui vient juste de terminer "Police Fédérale L.A" sous la direction de William Friedkin alors que Di Laurentiis souhaitant assurer ses arrières pense à Mel Gibson, Paul Newman ou Richard Gere. Pour le reste du casting, il aura les mains un peu plus libres. Il choisit l'énigmatique Tom Noonan pour le rôle du serial killer et Brian Cox pour interpréter Hannibal Lecter (renommé Lektor) sur les conseils de Brian Dennehy obligé de se désister. Comme l'avait fait Thomas Harris pour écrire son roman, Mann mène des recherches très poussées sur chacun des aspects de l'intrigue et des personnages. Contrairement à Jonathan Demme qui sept ans plus tard fera d'Hannibal Lecter joué par Anthony Hopkins l'attraction principale de son film, Mann s'intéresse davantage aux retentissements psychologiques de la méthode utilisée par Will Graham (William Petersen) qui consiste à s'identifier pour comprendre, ressentir puis anticiper les réactions du tueur en série. Le métier de profiler n'en est encore qu'à ses balbutiements et le phénomène du serial killer n'est pas encore devenu tendance. Michael Mann et William Petersen doivent donc défricher un terrain encore presque vierge sur lequel beaucoup de réalisateurs laisseront leurs traces tout au long des années 1990 après le succès planétaire du "Silence des agneaux". Ainsi pendant la première moitié du film Francis Dolarhyde (Tom Noonan) ayant décidé de prendre pour modèle Hannibal Lektor (Brian Cox) est absent de l'écran. Un parti pris radical. Ce sont en effet les tourments de Graham, très hésitant à reprendre du service qui occupent la place. Michael Mann misant beaucoup sur l'environnement esthétique aussi bien visuel que sonore, parvient avec brio à fasciner le spectateur qui suit la lente progression de Graham cherchant à s'imprégner de la personnalité de celui qui s'en prend à des familles qu'il massacre dans leur maison après avoir les avoir longuement observées. L'entrée en scène du tueur après une heure de métrage est ainsi soigneusement préparée pour nous conduire à un dénouement certes attendu mais qui ne sacrifie en rien à la recherche esthétique évoquée plus haut et à l'approfondissement de la psychologie du tueur déjà largement déflorée en amont par le travail du profiler. Soucieux de l'originalité de son travail, Mann recherche avec un souci maniaque les lieux les plus propices à évoquer l'ambiance éthérée dont il veut imprégner le spectateur. Ainsi la villa de l'architecte Robert Rauschenberg à Masonboro, le Richard Meier High Museum d'Atlanta ou encore la Freedom Plaza de Washington. Il distille aussi quelques scènes troublantes comme celle où Joan Allen interprétant la fugace petite amie de Dolarhyde caresse un tigre endormi sur la table d'opération d'un vétérinaire. Là où Jonathan Demme nous prenait aux tripes avec l'imposante figure d'Hannibal Lecter se jouant tout au long du film de la détective du FBI (Jodie Foster) en charge de l'enquête venue solliciter son aide, Michael Mann nous propose un voyage sensoriel au caractère hypnotique qui nous emmène aux tréfonds de l'âme humaine. Deux expériences saisissantes qui ne peuvent laisser indifférents quelque soit l'inclinaison de chacun. Mais il faut bien avouer que "Manhunter" doit beaucoup de sa réputation actuelle au succès du "Silence des agneaux" qui a incité les fans à se pencher sur cette vision assez unique du thriller qui peut tout autant fasciner que dérouter ou agacer.
velocio

1 538 abonnés 3 499 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 10 décembre 2017
Ancien profileur criminel vedette du FBI, Will Graham s’est mis sur la touche depuis 3 ans, suite à l’issue d’une enquête qui lui a permis de faire arrêter et condamner le Dr. Hannibal Lecktor, un tueur en série particulièrement redoutable. En effet, Will est ressorti blessé de cette enquête, à la fois physiquement et psychologiquement et, depuis, il se reconstruit en vivant calmement en Floride, au bord de la mer, auprès de sa femme Molly et de son fils Kevin. C’est alors que son ami et ancien collègue Crawford vient le relancer : à un mois d’intervalle, deux crimes d’une grande sauvagerie ont été commis à Birmingham et à Atlanta, les deux fois à la période de la pleine lune. Le temps presse : pour éviter qu’un 3ème massacre ait lieu lors de la prochaine pleine lune, la police a un mois pour mettre la main sur ce nouveau criminel et bénéficier du « sixième sens » dont sait faire preuve Will Graham serait un atout exceptionnel. Même s’il sent des réticences du côté de son épouse, Will va quand même accepter et, à la grande surprise de ses collègues, il va aller demander de l’aide au Dr. Hannibal Lecktor.

Hannibal Lecktor ? Oui, c’est bien le même, c’est bien Hannibal Lecter. « Le dragon rouge », que Michael Mann a adapté dans "Manhunter", est, en 1981, le premier roman de Thomas Harris dans lequel apparait le personnage d’Hannibal Lecter. 1989 verra la parution, dans un premier temps en langue anglaise, de la suite, "Le silence des agneaux", suivie, en 1991, de l’adaptation cinématographique réalisée par Jonathan Demme.

Curieusement, "Manhunter", passionnant pendant plus d’une heure, le devient moins à partir du moment où on fait la connaissance de Francis Dolarhyde, surnommé « La dent vicelarde », le criminel recherché. En fait, dans ce film, Michael Mann n’est pas encore au sommet de son art et le film, malgré de belles qualités, en particulier esthétiques, qui en font une œuvre tout à fait recommandable, n’est pas exempt de nombreux petits défauts, tant dans la narration proprement dite que dans la partie technique du filmage. Des défauts qu’on ne retrouve ni dans le jeu de William L. Petersen, l’interprète de Will Graham, acteur venant du théâtre et qui débutait alors au cinéma, ni dans ceux de Tom Noonan, interprète de l’inquiétant Francis Dolarhyde, de Joan Allen, qui joue le rôle de Reba McClane, la petite amie aveugle de ce dernier, et du comédien écossais Brian Cox, premier interprète, avant le gallois Anthony Hopkins, du monstrueux Hannibal Lecter.
Eselce

1 621 abonnés 4 240 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 4 novembre 2017
A la recherche d'un tueur. En dehors de la scène du fauteuil roulant, pas de scène marquante. Un policier sans grand intérêt car trop vieux, pour moi. Avec le Docteur Lecter dans les personnages. Les prises de vues sont tout de même travaillées ainsi que l'action finale. Je n'ai pas trop aimé le déroulé, les personnages peu attachants, surtout parmi les gentils, et l'ambiance sombre et terne.
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 23 octobre 2017
Pour moi, ce le film est le meilleur du réalisateur (avec Collatéral et Heat). C'est le premier film m'étant en vedette Hannibal Lecter. Les autres films sont: Le silence des agneaux, Dragon Rouge, Hannibal et Hannibal: les origines du mal. Pour moi ce film est le meilleur de la saga, mais il me semble que le silence des agneaux le surpasse largement. Le seul problème dans ce film c'est que c'est Brian Cox qui joue le rôle d'Hannibal alors que normalement c'est Anthony Hopkins qui doit le jouer puisqu'il a fait le reste de la saga. Sinon, Brian Cox joue très bien.
Le Loubar
Le Loubar

47 abonnés 147 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 30 octobre 2017
Un polar sec et tendu signé Michael Mann qui porte pour le première fois à l'écran le personnage d'Hannibal Lecter. Will Graham, brillant agent du FBI retiré depuis 3 ans, va se voir demander de l'aide par un de ses collègues pour élucider une affaire de tueur en série qui a froidement assassiné 2 familles sous des soirs de pleine lune. Le flic était connu pour se mettre littéralement dans la peau des criminels, et c'est ce "sixième sens" qui poussera la police à la faire reprendre du service. Faute d'indices parlants, Graham va commencer par interroger Lektor, un ancien psychiatre devenu tueur cannibale qui avait d'ailleurs failli le tuer avant qu'il l'arrête et le fasse interner.. Mann délaisse les course-poursuites pour se concentrer sur la psychologie du meurtrier ; à travers le talent et la rigueur du flic, "Manhunter" livre une réflexion sur le mal intériorisé spoiler: (qui devient même empathique à la fin de l'enquête quand Graham découvre que le Dragon rouge voulait se donner l'illusion d'être désiré à cause d'une enfance malheureuse)
. Le cinéaste livre un film glaçant et tendu, à la superbe photographie teintée de lumières bleutées et aux décors très bien cadrés. L'ambiance des années 80 est omniprésente, notamment avec une bande-originale très rock. Le casting du film est remarquable, avec en tête le brillant William Peterson mais aussi le terrifiant Tom Noonan et l'excellent Brian Cox dans la peau d'Hannibal Lektor (dont le jeu sobre souffre de la comparaison inévitable avec l'impérial Anthony Hopkins). Un grand polar, qui reste néanmoins en-dessous du mythique "Silence des agneaux" qui sortira 4 ans plus tard !
nielrowbooks
nielrowbooks

30 abonnés 670 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 27 juillet 2017
Il est difficile au cinéma de traduire la métamorphose des idées en certitude ou en prédiction d'un profiler ; nous n'avons du processus mental que le résultat qu'il nous faut croire ou pas ; quant à se mettre dans la peau d'un criminel, ce n'est que pures conjectures et si le fait de se transporter sur les lieux des crimes peut aider l'enquête, surtout si elle a été bâclée à son début, on ne voit pas trop comment des éléments psychologiques, nouveaux concernant le criminel, pourraient se faire jour dans la tête dudit profiler, sinon en faisant appel au fantastique. Et là-dessus, le film pèche quelque peu. Pour le reste, notre acteur incarnant le profiler en fait un poil trop dans un style ampoulé ; peut-être la bande-son est-elle légèrement sur-appuyée. Au final nous n'avons pas vu du mauvais ouvrage, mais plutôt une oeuvre inégale qui nous laisse sur notre faim.
The Hateful Citizen
The Hateful Citizen

8 abonnés 29 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 28 juin 2017
Le premier film sur le grand Hannibal Lecter date de 1986 et c'est bien le problème de ce film je penses, il a mal vieilli. Outre ce problème, c'est tout de même un Hannibal Lecter qui n'est pas joué par Anthony Hopkins, certes, mais Brian Cox n'est pas mauvais, tout comme William Peterson qui est bien présent dans son rôle d'acteur principal. Un reproche que je pourrais faire à ce film est aussi qu'il est un peu trop long. Sinon, il reste pas mal et un 3/5 est donc logique.
Christian M.
Christian M.

2 abonnés 154 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 16 juin 2017
Peu de violence graphique mais une tension extrême du début à la fin.On appréciera le jeu des acteurs notamment William Pettersen peu vu au cinéma et c'est bien dommage.Bande son envoûtante réalisation qui pêche un peu dans l'excès (c'est parfois le défaut de Michael Mann) mais ce film reste pour moi un classique du polar des années 80 qui en le revoyant n'à pas pris une ride.
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