Steven Spielberg est un des cinéastes à la filmographie des plus culte et des plus polyvalentes. Allant du pur divertissement familial aux films à Oscars en passant par différents genre de la science-fiction ou encore les films de guerre. Il n'est pas rare de le voir sortir au cours d'une même année deux films, l'un tourné vers les prix plus académiques tandis que l'autre s’apparente plus à un gros blockbuster qui vise une audience plus large. Et c'est le cas en 2018, où avant de le retrouver dans quelques semaines avec Ready Player One, il vient sur nos écrans avec The Post inspiré d'événements réels qui ont mené à la diffusion d'un scandale politique entourant la guerre du Vietnam. Un long métrage qui se veut clairement sur une ligne "noble" en faisant de l’œil aux Oscars et aux spécialistes de la profession pour venir parader au sein des remises de prix.
Car il ne fait aucun doute, de son exécution à son écriture, que The Post est un film qui a été taillé pour les prestigieux Oscars. Une appellation souvent peu flatteuse pour désigner des œuvres calibrés et pensés pour satisfaire une certaine élite qu'on qualifie d'académiques. Mais ici, même si le film tombe dans certaines mesures dans ce travers, c'est aussi mal connaître Spielberg qui est non seulement un conteur hors pair, palliant des faiblesses d'écritures par une narration simple et précise, mais qui en plus se fait un malin plaisir à emballer son récit d'un écrin exemplaire. Sa mise en scène est d'une virtuosité et d'une élégance folle, s'affranchissant souvent des impératifs physiques pour transcender la spatialisation des lieux mais aussi faire corps avec les déplacements des personnages. Que ce soit dans les travellings ou longs plans séquences, la caméra se meut avec une précision chirurgicale dans des pièces souvent étroites et bourrés de monde. Un moyen habile de montrer le chaos et l'urgence dans laquelle son plongée des personnages qui courent après l'Histoire. Tout est accomplit avec une rare maestria et Spielberg digère suffisamment ses influences pour ne pas tomber dans la redite des grands films sur le journalisme et il s'amuse même avec malice à les citer pour mieux les surpasser d'un point de vue plastique. La photographie y est léchée mais on regrettera un score un peu anonyme de John Williams qui tombe parfois dans le caricatural. Mais c'est quelque chose qui touche aussi la mise en scène surtout dans la manière de très mauvais goût dont Steven Spielberg filme la maison blanche comme le repaire d'un grand méchant d'une mauvaise série B.
Ce problème de subtilité est d'ailleurs assez courant dans un récit finalement assez peu palpitant. Même si il y a un vrai sens du dialogue et du rythme qui fait honneur à un très bon casting, un Tom Hanks impérial, une Meryl Streep à fleur de peau et un excellent Bob Odenkirk en tête, on reste face à une histoire dont on connait les tenants et aboutissants et dont Spielberg ne semble pas vraiment intéressé à rendre le tout plus complexe. Ici on à l'étrange sensation que l'Histoire est même simplifiée pour correspondre au besoin du film. L'implication du Post est exagérée et celle du New York Times presque entièrement passé sous silence comme le procès qui découla de cette affaire. Le récit va être coupé en deux, la très bonne investigation menée par les journalistes en quête du scoop de leurs carrières et de l'autre côté, le parcours de la directrice du journal qui se trouve dans la position difficile de savoir si elle publie ou pas malgré des probables retombés judiciaires, économiques et personnelles.
La partie investigation est rondement menée et s'impose clairement comme ce que le film à de mieux à proposer. C'est vif, pleins de tensions et de suspense et sans négliger une petite touche d'humour. Mais la partie sur le personnage de Meryl Streep se révèle légèrement plus laborieuse. Le problème est que le film tente de dépendre des enjeux émotionnelles sur des personnages au final très peu creusés et dont on se moque un peu. Il va donc se servir de ce personnage pour tisser un discours féministe plus universel, et même si le fond est louable la forme se révèle pompeuse car il va utiliser tout les artifices attendus pour faire passer son propos. Surtout que la démarche est un peu caduc car en dehors du personnage de Streep, aucun autres personnages féminins ne sort du lot et sont souvent réduits à peu de choses au sein du récit. Au point que la femme de Hanks voit son moment de mise en avant être beaucoup trop forcé et il finit par sonner faux. On reste quand même pris par l'urgence de l'intrigue et la conviction qui s'en dégage mais on ne se fait pas d'illusions sur ce spectacle qui s'exécute parfois avec des gros sabots.
The Post est assurément un très bon film car il s'impose tout simplement comme une démonstration de force de la part de Steven Spielberg qui démontre encore être un des cinéastes les plus virtuoses et pertinents en activité. Mais comme toute démonstration de force, celle-ci ne maîtrise pas la subtilité et malgré la prouesse de la mise en scène on n'évite pas un récit un brin caricatural, pompeux et pas toujours aussi passionnant qu'on pourrait le croire. Malgré tout, ces errements n'entache en rien ce superbe ode à la liberté d'expression et au journalisme d'investigation qui prend toute sa pertinence sous le gouvernement Trump où Spielberg à l'intelligence de pointer du doigt les erreurs du passé pour mettre en évidence celles du présent. Et avec son casting en hors, son savoir-faire et un sens de la réplique et du rythme qui fait plaisir à voir, il dénonce et éduque avec une grande élégance.