Si les polars français, anglais ou italiens, possèdent une atmosphère qui leur est propre, il est plus difficile de faire la part des choses en ce qui concerne l’Europe du nord et le monde germanique, auquel se rattache généralement la Belgique dans ce domaine, et dont les codes varient peu d’un pays à l’autre. Très influencées par une des branches du polar américain, ces enquêtes peu portées sur l’action préfèrent tisonner sagement leur atmosphère crépusculaire, leurs témoins troubles et leur flics aux allégeances incertaines. La première surprise provient du fait qu’au lieu de se coller à la froideur et à la cérébralité suédoise, ‘Tueurs’ choisit d’assumer d’autres influences américaines, celles du film de braquage, son énergie, sa précision millimétrée, sa quête de l’image iconique. La seconde surprise, c’est qu’il y parvient incroyablement mieux que prévu, quand on connaît la propension belge à l’auto-sabordage et au souci de ne pas en faire trop : la scène dont il est question est maîtrisée de bout en bout, peut-être parce que le siège de réalisateur est occupé par un chef-op’ de films d’action et un braqueur rangé des voitures qui, d’autre part, parviennent à faire d’acteurs rarement vus dans le genre policier des personnages parfaitement crédibles et de Bruxelles une vraie métropole de Film Noir, nocturne et capiteuse. Un seul élément vient troubler ce constat enthousiaste, mais il est de taille : c’est que fondamentalement et majoritairement, ‘Tueurs’ n’est pas un film de braquage puisque la séquence en question ne dure qu’un petit quart d’heure. Il s’agit davantage d’un Thriller aux relents politiques dès lors le scénario rattache le casse à l’affaire des Tueurs du Brabant...mais ce dernier se montre lacunaire, superficiel et désordonné, on est loin de la minutie de la partie consacrée au braquage, et comme le film se termine sans qu’aucune des questions n’ait été résolue, on peut vraiment dire que ‘Tueurs’ s’arrête là où, pour bien faire, il aurait du commencer.