toujours curieux du cinéma de Christophe Honoré, je n'ai jamais retrouvé le même plaisir que lors des "chansons d'amour" que je revois régulièrement. Une fois encore, le réalisateur livre une oeuvre forte parfaitement construite, maitrisée, aux dialogues très écrits, porté par un Vincent Lacoste époustouflant, seul véritable personnage empathique de cette histoire située dans les années SIDA. Mais il y a toujours dans le cinéma de Honoré quelque chose de maniéré, un manque de simplicité qui finit par me gêner jusqu'à enlever la part de spontanéité que j'aime ressentir dans un film. Ici aussi.
Du cinéma français: théâtral, intellectuel, bavard, dépressif sans retenue. Des revendications idéologiques tendant à justifier le narcissisme comme principe moral. Une peinture du milieu gay parisien peu flatteuse quoique probablement encore très angélique.
Mais des acteurs solaires qu’on aura plaisir à revoir dans un vrai film. Un scénario bien écrit et un film qui se déroule bien, sans ennui.
Au bout du compte, la prison narcissique des personnages issus de l’imaginaire de Ch. Honoré apitoie plus qu’autre chose. Disons les choses franchement: on peut choisir de s’en passer sans scrupule.
Le film au générique fort original nous prévient tout de suite, nous sommes en 1993. Au début de cette décennie, le sida continuait ses ravages et la communauté gay était toujours la première touchée. 1 an après le très beau "120 battements par minute" de Robin Campillo, Christophe Honoré s'attèle à son tour à dresser le portrait d'une génération victime de ce fléau. Mais là où Campillo s'attardait sur la lutte et les revendications d'Act up, Honoré préfère s'attarder sur un couple et sur leur intimité. Pourquoi pas, mais à force de plans séquences trop longs et de dialogues trop écrits pour ne pas délivrer de bien grands messages, son film est trop souvent froid et ennuyant. Certes, il y a les acteurs, tous excellents, Deladonchamps, juste et sobre mais une nouvelle fois connoté dans un personnage à la sexualité hors des entiers battus, Podalydès, à nouveau excellent, sachant donner une vraie dimension humaine à son personnage avec peu d'effets, et surtout Lacoste, le plus fascinant des trois, dans un role beaucoup plus mature qu' habituellement. Coté mise en scène, bien qu'il site "La leçon de piano" ou "Boy meets girl", le cinéma de Christophe Honoré est décidément bien pauvre et peu original sur le plan visuel. A la différence de Campion ou Carax, Honoré est un cinéaste de mots, encore faut il avoir des choses fortes à dire.
Critique tardive, j'ai vu le film il y a plusieurs mois, j'y suis retournée dernièrement car il m'a particulièrement touchée. La lecture du synopsis m'a donné envie d'y aller mais je ne savais pas trop si j'allais apprécier une histoire qui me paraissait très loin de moi. Les deux personnages principaux se rencontrent par hasard à Rennes dans les années 90.Jacques, écrivain parisien au succès confidentiel, 35 ans, pessimiste et cynique en façade, est touché par le SIDA. Arthur étudiant de 20 ans est libre et a la vie devant lui, est ouvert et optimiste. Une attirance et une relation se nouent entre eux immédiatement, laquelle se prolonge par des lettres et des retrouvailles à Paris spoiler: les personnages se voient finalement assez peu dans le film, la relation à distance prend autant de place).spoiler:
La force de ce film est pour moi la sincérité des personnages, un amour qui est "hors de la norme" sur plusieurs points mais universel. On peut ressentir les émotions qui traversent ces hommes auxquels on peut presque s'identifier en partie, notamment sur des prises de décisions, des épreuves à traverser. Si Jacques a une vie dissolue, il est père d'un fils qui est tout pour lui et entretient avec la mère une relation amicale et respectueuse. Il a comme meilleur ami un journaliste et voisin, qu'il fait un peu "tourner en bourrique". mais encore une fois la relation est faite de respect et d'amour amical. C'est peut être cela qui touche : la sincérité et le respect. La liberté que les hommes s'accordent, les choix assumés qu'ils effectuent même s'ils sont discutables. Cette force est sans doute aussi due au fait qu'il y ait une grande part d'autobiographie du réalisateur. Et elle est véhiculée par des acteurs merveilleux, Pierre Deladonchamps et Vincent Lacoste en tête, mais les acteurs secondaires ne sont pas en reste (magnifiques Denis Podalydès, Sophie Letourneur...) Pour moi le film de l'année 2018, un film qui va rester.
Comme certains l'ont si bien dit, difficile de passer après 120 battements par minutes, mais surtout, dans le même genre de registre, "Call me by your name" qui est un chef d'oeuvre de poésie de et de mélancolie. Là j'avoue qu'on s'ennuie un peu par moments, certains dialogues sont longs et pompeux, voir inutiles au récit, et un film qui ne va pas au bout de son sujet. Néanmoins il reste agréable a regarder mais ne marquera pas l'histoire du cinéma qui "parle de garçons".
Nous sommes dans les années sida. Vivre son homosexualité n'est pas forcément une chose évidente. La maladie guette en permanence. La rencontre entre un trentenaire et un "minet" d'une vingtaine d'années est le sujet majeur du film. L'un veut vivre et profiter de la vie avant de mourir, il sait qu'il est séropositif. Le jeune adulte n'a pas du tout le même point de vue, il est vraiment amoureux, il le montre. Il y a beaucoup de tendresse mais aussi de l'humour notamment la scène où ils se retrouvent à trois dans le même lit.
J'avoue que je suis d'assez loin la carrière de Christophe Honoré, dont le seul titre m'ayant plu remonte aux « Chansons d'amour ». La réconciliation n'a pas été d'avoir lieu ici : je pourrais même écrire qu'elle est en suspens, tout en restant lucide quand au fait que les titres que j'aimerais du monsieur resteront rares. Pourtant, la première partie m'a séduit : belle photographie, réalisation souvent inspirée, vraie sensibilité dans le regard, personnages intéressants et un minimum complexe : même si je n'ai pas été totalement convaincu par Vincent Lacoste, la présence de Pierre Deladonchamps compense largement, les seconds rôles s'avérant dans l'ensemble de belle qualité. Jamais simple d'aborder la question de l'homosexualité (et du Sida) sans tomber dans la lourdeur ou le démonstratif : le réalisateur y parvient bien, entre douceur, léger humour et relations complexes entre les différents protagonistes : sans être enthousiaste, je trouvais ça vraiment cohérent et plein de sens, que l'on soit plus ou moins réceptif à ce genre de films. Seulement, c'était sans doute trop beau pour être vrai, la dernière demi-heure s'avérant invraisemblablement longue, sans que cela soit justifié par les enjeux ou le récit : tout pourrait être bouclé en un gros quart d'heure, mais non, ça parle, les scènes n'apportent plus grand-chose, on ne voit plus où Honoré veut en venir, heureusement ponctuée par de jolis moments et une sensibilité toujours palpable. Sincèrement, vu que je n'attendais pas énormément de « Plaire, aimer et courir vite », je ne m'en sors vraiment pas si mal. Il y a de belles qualités, des moments forts, une vraie dramaturgie, un élégant éloge de la littérature... Maintenant, difficile de m'emballer pour un film m'ayant presque ennuyé pendant près de 30 minutes (qui plus est les dernières), mettant quelque peu à mal le bon bilan qu'était le sien jusqu'alors. Élégant et assez frustrant.
Christophe Honoré nous offre une histoire sentimentale pleine de poésie entre deux hommes malgré la maladie qui rattrape l’un d’eux. Ce mélodrame présenté en compétition à Cannes mélange humour et amour avec subtilité de par son trio de personnages porté par de bons acteurs: Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps et Denis Podalydès. Ce film est d’autant plus agréable à regarder qu’à écouter étant donné sa bande son de qualité ainsi que ses dialogues riches en vocabulaire. Un véritable bijoux.
Je n’ai jamais retrouvé le charme des Chansons d’amour dans le reste de la filmographie de Christophe Honoré. Ce n’est pas non plus tout à fait le cas avec ce nouveau film, mais on s’en rapproche un peu. On retrouve le talent pour filmer la ville et la nuit, pour créer des atmosphères particulières et des situations proches de la comédie romantique à l’intérieur du drame le plus tragique. Par contre, certains dialogues sont trop écrits et donnent l’impression que les personnages ne servent que de porte-voix à Honoré. Le reste du temps, le charme opère, surtout grâce au casting (Vincent Lacoste en tête, irrésistible) et à la BO.
Un film qui n'est démarre jamais vraiment, et reste sur le mode de la chronique. Ça faisait un moment que je n'allais plus voir les films de Christophe Honoré, qui tournaient en rond et se regarder beaucoup le petit trou du nombril. On peut pas dire que celui-ci redonne envie, malgré son casting qui s'annonçait prometteur. Une petite déception pour ce film sélectionné à Cannes qu'on annonçait comme un grand cru et qui accouche d'un petit petit film...
Bravo aux acteurs qui portent ce film de bout en bout, sans trop de temps mort. L'histoire ne casse pas trois pattes à un canard mais on s'attache quand même aux personnages, loin d'être idéalisés.
Le film raconte l’histoire d’un écrivain homosexuel parisien atteint du sida et qui rencontre un jeune homme à Rennes de 15 ans son cadet. S’ensuit un jeu de perspectives entre deux générations, celle des hécatombes provoquées par le sida à la fin du XXeme siècle et celle d’une jeunesse encore insouciante; un va et viens entre Paris son snobisme et la province son innocence; entre deux hommes, l’un à l’aube et l’autre à l’aurore de sa vie. Le film évite tous les écueils du pathos liés à la maladie et à la mort grâce à une écriture légère ponctuée de scènes burlesques comme celle oú l’actrice empêche par son monologue le premier rendez-vous entre les deux hommes ou la scène dansée d’Arthur à l’hôpital. C’est Arthur magnifiquement joué par Vincent Lacoste qui apporte toute cette douce mélancolie à ce film qui s’ecrit comme un roman d’apprentissage. Ce sont ses pas que l’on suit dans son éducation sexuelle, dans sa quête perdue vers cet homme idéalisé. C’est lui qui s’accomplit sous nos yeux jusqu’a la belle scène d’adieu des adolescents vers l’âge adulte. L’excellente BO nous fait voyager au cœur des années 90 et ses sons waves, trip-hop, house. Des ondes electro-mélancoliques qui depaignent presque mieux l’univers du réalisateur que lui même. Dommage que Plaire, Aimer et Courir vite perdre tant de temps à re-écrire une encyclopédie du cinéma qui ne s’adresse qu’à quelques happy few. Une collection de clins d’oeil à Truffaut, Koltes, Cherreau et d’autres comme si il profilait un documentaire de son œuvre, ses inspirations et états d’âme. Outre l’aspect égocentrique de l’approche bien incarnée par le personnage de Jacques, on en regrette les longueurs qui diluent la sincérité de l’écriture et l’incroyable jeu des acteurs.