Riches pauvres
Film assez brillant, par parfait, pas un chef d'oeuvre, mais le film contient nombre de scènes marquantes, et est d'une maîtrise formelle totale.
Le film est peut être un poil long, l'épilogue s'éternise un peu, bien que j'avoue ne pas savoir quelles scènes auraient pu être enlevées. Le film mélange les genres avec aisance, commence en étant une comédie avec un peu de tension en fond, mais le principe de base est assez drôle. Et à partir du twist qui arrive, à la louche au bout d'une heure de film, fait basculer le film dans le registre du thriller voir de l'horreur par instant. Je retiens au passage le plan qui, personnellement, me fera encore peur durant les prochains jour, celui où le gamin voit le "fantôme", terrifiant !
La phase thriller où la famille doit échapper aux riches est vraiment très bien géré, sans oublier la tension supplémentaire qu'ajoute l'ancienne gouvernante et son mari, qui ajoute encore de la tension. C'est assez surprenant de se faire opposer des pauvres, des riches, et encore des pauvres. Ce n'est pas qu'une lutte des classes, c'est aussi une lutte dans les classes.
Les personnages sont tous très attachants, les riches le sont moins, mais les pauvres sont loin d'être présentés comme parfait, je trouve donc que le film n'est pas purement militant pour la cause des moins riches, ni pour le communisme.
Le segment où le film sombre dans la violence la plus brute est particulièrement réussi, surtout le passage où Ki-taek poignarde Dong-ik, où la colère éclate face au mépris des riches, incapable de tolérer les gens plus pauvres qu'eux.
Niveau mise en scène, le film est très réussi, beaucoup de plans possèdent une composition parfaite, il y a quelques plans séquences vraiment sympas, souvent avec mouvement de caméra. Je retiens en particulier le plan pendant l'inondation où Ki-taek est dans la partie gauche de l'image, dans la lumière, et à droite on a Ki-woo, éclairé par une lumière qui clignote, tenant la pierre de richesse dans ses mains. Je n'ai pas saisi tout le sens qu'à ce plan, mais en y réfléchissant plus, je suis sûr que je peux aboutir sur quelque chose de très intéressant.
Le film est très intéressant au niveau de ses symboles, par exemple, l'eau, où plutôt la pluie. Chez les pauvres, cette pluie détruit la maison et tous leurs biens, tandis que Da-song, sous son tipi, résiste parfaitement à la pluie, les riches sont toujours plus fort que les pauvres. Le film fait aussi de nombreux travellings vers le bas, ce n'est pas un hasard si ils se cachent sous les meubles, symboliquement, ils sont en dessous, et la caméra implicite cela avec ces travellings. Les escaliers, qui représentent l'écart et la différence de pouvoir entre les deux classes sociales, on voit quand ils fuient la maison des riches pour retourner chez eux le nombre d'escaliers qu'ils doivent descendre, pour symboliser à quel point ils sont petits face à eux. Ce n'est pas non plus un hasard si le seul sous-sol de la maison des riches habite des pauvres. Et enfin, la pierre de richesse, évidemment, seul élément ayant survécu à l'inondation de la maison, la richesse triomphe de la pauvreté. Si Geun-sae frappe Ki-woo avec la pierre, c'est pour montrer comment la richesse pousse les pauvres à s’entre-tuer, dans l'unique but de fuir sa pauvreté.
Bref, Parasite est un film très intéressant, bien plus que Snowpiercer par exemple, qui offre un vrai portrait des classes sociales, et un affrontement passionnant. J'ai enfin rattraper la Palme d'or 2019, et je ne sais pas si je le lui aurais donner, vu que je n'ai pas vu la plupart des autres films en compétition, mais en tout cas il ne démérite pas.