Même si j'avais été un peu déçu par « Gomorra » (sans doute trop de critiques dithyrambiques), j'apprécie Matteo Garrone, dont le « Tale of Tales » m'avait notamment grandement séduit. Bon, ici, on est nettement plus proche du premier nommé que du second, ce qui n'est pas un reproche, loin de là. Alors c'est sûr que cette histoire est franchement particulière et très peu aimable, que tous ces personnages n'ont rien de bien sympathique (hormis, un peu, le héros et surtout sa fille)... Mais franchement, niveau cinéma, c'est quand même vraiment pas mal. D'abord, il y a cette exploitation MA-GIS-TRA-LE du décor qui rejoint d'emblée le top 10 des pires quartiers de l'Histoire du cinéma : plus déprimant, tu crèves direct. Le réalisateur en fait quelque chose d'anxiogène, sale, parfaitement adapté au ton et à l'ambiance qu'il souhaite donner à son œuvre. Ensuite, il y a cette histoire de harcèlement, au départ vaguement discret, se faisant ensuite incessant. Cela a beau être cruel, le discours est très pertinent : parfois, on a beau n'y être absolument pour rien, on se retrouve dans une merde profonde sans avoir fait quoi que ce soit de travers : juste un karma bien pourri. C'est exactement ce à quoi doit faire face notre héros vis-à-vis d'une des brutes les plus épaisses et stupides vues ces dernières années, preuve que pourrir la vie des gens peut être parfois un art à part entière. C'est cette lente descente aux Enfers qui est décrite avec beaucoup de précision, à l'image d'un scénario bien construit malgré un rythme assez particulier. Une « vraie-fausse » histoire de vengeance presque par « défaut » pour une œuvre étrangement séduisante, réalisé avec beaucoup de talent et porté par un comédien remarquable : Marcello Fonte, que j'espère revoir souvent désormais. Alors tant pis pour les légères longueurs, notamment lors d'un avant-dernier plan assez « poseur » : « Dogman », c'est du vrai cinéma, pouvant être vu comme une réponse à la crise que traverse actuellement l'Italie : l'un des titres marquants de cette année 2018.