« Le 15h17 pour Paris » a pour originalité d’avoir convaincu les héros qui ont déjoué l’attentat du Thalys de jouer leur propre rôle. Spencer Stone, Anthony Sadler et Alek Skarlatos ont revécu une page douloureuse et héroïque de leur jeune histoire. Heureusement qu’ils n’ont pas été traumatisés. Rien d’étonnant à ce que Clint Eastwood s’attaque, sans mauvais jeu de mot, à ce sujet qui célèbre une Amérique United Nation héroïque, en dehors de ses terres qui plus est. Se serait-il emparé du sujet si les héros étaient d’une autre nationalité ? J’ose l’espérer. Clint Eastwood a un faible pour les héros, les vrais, les anonymes, pas ceux des Comics. Je le dis d’emblée, ce n’est pas son meilleur film, par contre il est loin de faire tache dans sa filmographie. Même si ce n’est pas comparable, « Au-Delà » me paraît un cran en dessous de ce dernier. C’est inespéré de réaliser un film avec pour matière première les véritables protagonistes. Ceux qui ont vécu physiquement cette épreuve. Spencer Stone a non seulement lutté contre le terroriste mais a été blessé. Pire : il aurait pu y laisser sa vie. Voilà un jeune homme qui se rue sans réfléchir. Et quand on y réfléchit bien, à le regarder agir, je me suis dit « Il est fou ! Inconscient ! On dirait Jaime Lannister foncer bêtement dans la gu**le du dragon alors que celui-ci s’apprête à le cramer ! » Mais comme c’est une série d’aventure, Jaime Lannister est sauvé par son fidèle Bronn. (Comprendront ceux qui sont fans de GOT) « Comme par hasard ! » Dans ce Thalys, le dragon est un terroriste. On est dans un train ! Un couloir étroit. Une boîte fermée roulante.
Le terroriste ramasse son arme, Spencer court toujours, le terroriste appuie sur la gâchette, clic ! Spencer court toujours et comme par hasard, oui, comme par hasard, l’arme s’est enrayée ! Spencer parvient à sauter sur le terroriste.
Quand on y songe, il a eu un pot terrible. Il aurait pu être exécuté et les autres aussi. Sa détermination à neutraliser le terroriste est de l’ordre de l’inconscient, de la "viscéralité", d’une urgence bestiale, d’une force intérieure qui consiste à vouloir accomplir le bien. On reproche beaucoup de choses au réalisateur mais s’il avait "fictionné" son récit, cette séquence plus particulièrement, j’entends d’ici : « Comme par hasard !!! C’est trop gros, tout ça pour célébrer un acte héroïque et exacerber la fibre patriotique !! » Ben non, Clint Eastwood n’a fait que retranscrire un fait véritablement vécu. Ce n’est pas du cinéma, il n’a rien renchéri, rien exagéré. Comme quoi, la vie est parfois plus surprenante qu’un scénario. Il suffit de lire les faits divers pour s’apercevoir qu’en terme d’horreur, le réel n’a rien à envier aux plus sordides des scénarii. Bref, on peut dire ce qu’on veut Clint Eastwood s’est contenté d’une reconstitution sans artifice, sans habillage musical. En ce qui me concerne, j’ai été scotché par cet acte barbare avorté grâce à la malchance côté terroriste, grâce à la chance côté Spencer, côté sort. La partie qui illustre l’enfance de ces trois garçons ne m’a pas paru inutile. Elle explique leur amitié indéfectible et sans aucun doute leur comportement dans le Thalys. Par contre, je reconnais que la partie vacances européennes avant de prendre le Thalys est la moins convaincante, j’ai frisé l’ennui. Enfin, la réception à l’Elysée coulait de source avec un montage subtile entre le vrai François Hollande et sa doublure. Je l’avais devinée quand elle se présentait de dos décernant la Légion d’Honneur. Quelque part, Clint Eastwood rend un ultime hommage à ces trois garçons. Leur bravoure est filmée et inscrite à jamais dans l’espace cinématographique. Une pierre précieuse déposée dans la Grande Histoire. Doublement célébrés en acceptant de revivre cet évènement. Clint Eastwood s’est peut-être dit que le cinéma ancrera plus solidement leurs noms. Comme s’il craignait qu’avec le temps, ils soient oubliés. J’avoue que j’ignorais leurs noms, leur visage, ou plus exactement, je n’ai fait aucun effort de mémoire pour retenir leurs noms et visage. Je comprends que l’on puisse être déçu, mais pas au point de déclarer que c’est un mauvais film. Enfin, Spencer Stone, Anthony Sadler et Alek Skarlatos (3 S) s’en sortent bien côté interprétation. A voir en V.O pour s’en rendre compte.