L'un des films les plus sous-estimés d'Eastwood. Et pourtant, l'un de ses meilleurs. Après American Sniper, et avant Le Cas Richard Jewell, il continue d'aborder, avec Le 15 h 17 pour Paris, l'ensemble des circonstances qui conduisent trois hommes à sauver un train d'une fusillade.
Cela commence dès l'enfance, à travers une éducation catholique mêlée à une débrouillardise infuse. Les garnements défient déjà l'autorité, d'une manière parfois stupide, mais courageuse.
Puis avec la volonté de défendre la nation, dans une démarche pro-militaire qui frôle le patriotisme servile, cependant toujours dans un esprit charitable, hérité de la religion et du respect de son prochain.
D'avoir casté trois des quatre héros pour jouer leur propre rôle est passionnant. Leur jeu ne souffre aucun amateurisme, et apporte une reconstitution dont on devine qu'elle est nécessairement proche de la vérité. Exit les écarts actoraux et mimiques superficielles. Eastwood, qui aurait pourtant les moyens de faire jouer de grands comédiens, revient à un geste naturaliste, simple et louable.
Par la même occasion, on le remercie d'accorder autant d'importance aux petites choses : une discussion de comptoir, deux autres par webcam, un cours militaire, une dispute familiale, des frictions écolières, une visite touristique… On peine à croire qu'à 85 ans, Eastwood prenne le temps de s'égarer en boîte de nuit ! Avant de conclure son film sur un climax fugace, mais intense : le désarmement du terroriste.
On pourrait se méprendre et penser qu'Eastwood, en vieux patriote désabusé qu'il est, livre un énième film américano-militaire aux partisans républicains. Mais, comme toujours, son geste transpire un humanisme profond et un retour à la simplicité via des actes exceptionnels.