At Eternity's Gate
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Cinememories

584 abonnés 1 664 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 8 mars 2022
C’est par des biopics ou documentaire que l’Américain Julian Schnabel s’illustre derrière la caméra. Il y développe toute la complexité de l’Art, de sa conception même à son exploitation selon ses œuvres. Nous pouvons citer « Basquiat », « Avant La Nuit », « Lou Reed's Berlin » ou encore l’exaltant « Le Scaphandre et le Papillon », où le metteur en scène signe une démarche loin d’être arbitraire. Il arrive alors à un épisode dramatique dans sa carrière, où le peintre néo-impressionniste le rattrape, car il y a encore quelque chose à raconter derrière certaines œuvres. Van Gogh constitue alors une option prometteuse, car son affiliation avec ses portraits évoque bien des méandres du temps et notamment celles qui ont rongé l’artiste jusqu’à sa disparition.

Nous y découvrons donc un Vincent Van Gogh très tendu et très désemparé. Willem Dafoe lui donne d’ailleurs une touche très poignante dans les règles de l’art. Codifié au mieux afin que le support tienne la route, on décide de garder l’authenticité pour les moments où le peintre est isolé mentalement. La caméra subjective nous met en relation avec la quête de Vincent. Et c’est là le point fort du réalisateur qui sait mettre en avant le parti-pris de l’artiste torturé, en recherche d’inspiration malgré l’ombre de l’éternité qui le guette. Et la particularité du cadre nous démontre un fossé qui nous sépare du génie qui a eu une meilleure clairvoyance que nous autres, aussi paysans que son entourage. Personne n’arrive à le comprendre, pas même Paul Gaugain (Oscar Isaac), un confrère à la vision trop brusque selon lui. Il faudra toutefois s’attendre à une adaptation partielle de l’artiste, car les faits qui retracent sa vie ne sont pas toujours raccords, mais cela aidera davantage à comprendre les motivations et la puissance de ses coups de pinceau.

L’évolution du personnage est à la couleur de ses portraits, qui trouvent peu à peu une teinte plus éclatante. L’image est sublimée par un lyrisme qu’on reconnaît au réalisateur, adepte et même expert dans l’adaptation. C’est pourquoi son voyage vers le Sud fut une aubaine pour lui, car le soleil lui-même le guidait vers des tableaux somptueux, où la finesse de ses traits fut à l’image de sa rapidité de capture. À la fois chargé en émotion et en encre, chaque portrait qu’il dessinera alors lui apportera un peu plus la paix, celle qu’il n’arrivait pas à trouver, malgré le soutien ambigu de son frère cadet Théo (Rupert Friend). Le contact humain ne l’a pas tant aidé et cela nous est illustré avec force, jusqu’à en perdre la raison, ou même l’écoute de son entourage généreux et pourtant imparfait.

Le mythe de Vincent n’est pas toujours pertinent si l’on retrace le parcours de sa vie, c’est pourquoi ce court mais riche segment, qui l’oppose à ses confrères, lui a donné l’élan qu’il convoitait pour enfin se dessiner les ailes dont il avait besoin. « At Eternity’s Gate » évoque ainsi la tendresse à travers des instants simples et efficaces, notamment dus à un interprète de qualité qui ne cache rien de son humanité. Il fallait en apprendre plus de son vivant, afin de mieux comprendre ce qui le possédait et ce qu’il ne possède plus, à savoir ses toiles. Et tout le récit mentionne cet héritage comme une nécessité, car sans la mort d’un artiste comme lui, il y avait peu de chance de le voir triompher de son vivant. Cela remet alors en question cette temporalité que le peintre avait de toute évidence anticipé dans ses exploits. Il a réussi à tenir son discours à main levée, afin qu’il résonne dans le futur, là où il n’a sa place qu’à travers ses œuvres.
anonyme
Un visiteur
2,0
Publiée le 18 février 2019
Un film qui pourrait être bon s'il ne se perdait en longueur et en effets de narration douteux. Reste la prestation de Dafoe, tout à fait crédible en Van Gogh
Charlotte28
Charlotte28

203 abonnés 2 836 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 17 février 2019
Un travail sublime effectué sur la lumière pour magnifier la nature et en révéler les picturales couleurs que percevait Van Gogh dont la folie et la douleur sont retranscrites avec force talent par un Willem Dafoe habité. Une réflexion sur le génie rendue originale et pertinente par les rencontres avec divers personnages qui incarnent chacun un aspect de sa vie intérieure, personnelle ou artistique. Une ode mélancolique à la création.
JimBo Lebowski

447 abonnés 1 080 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 17 février 2019
Un biopic qui tente des choses en terme de mise en scène comme ces travellings subjectifs semblant être filmés avec un smartphone ou quelques champ-contrechamp en regard caméra, pour le reste c’est assez classique, où Schnabel s’intéresse aux divagations d’un Van Gogh désabusé et rongé par l’alcool, à son recul face à sa propre oeuvre et son caractère posthume. Sa faute étant sans doute d’appuyer son propos à défaut d’être réellement contemplatif et sonnant vrai, tout est un peu trop explicatif, en plus de convoquer sa pléiade d’acteurs reconnus pour combler un hypothétique manque d’attention (genre Mikkelsen en prêtre, pourquoi ?).
Un film qui s’emmêle quelque peu les pinceaux mais reste honorable.
Bruno O
Bruno O

3 abonnés 1 critique Suivre son activité

4,5
Publiée le 16 février 2019
très belle interprétation avec un wilem dafoe véritablement habité par van gogh. la réalisation est magistrale, des plans à quelques cm des visages qui nous font ressentir la souffrance du peintre, mais aussi ses joies internes,
surtout, les images sont colorées et les plans sont réalisés de façon telle qu'on voit des tableaux du maître en train de se réaliser sous nos yeux ! jamais je n'avais ressenti cette impression d'être au coeur de chefs d'oeuvres que tous nos contemporains connaissent et admirent, alors qu'à l'époque sa peinture était totalement incomprise.
FaRem

10 571 abonnés 11 461 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 8 février 2019
Huit ans après son dernier film, Julian Schnabel est de retour avec un nouveau film qui s'intéresse à la vie de Vincent Van Gogh de son passage à Arles à sa mort à Auvers-sur-Oise. Un passage dans le sud de la France pour éviter la grisaille parisienne avant que les choses se gâtent lorsque la santé mentale du peintre se dégrade. Comme face à une toile, on regarde d'abord ce qu'elle représente avant de tenter d'analyser sa signification. Pour le film, c'est un peu pareil, ça commence mollement avec des scènes jolies sur le plan visuel, mais sans intérêt avant que l'histoire ne devienne un brin plus intéressante lorsque l'artiste sombre peu à peu. Malheureusement, cette partie intervient trop tardivement et la grande majorité du film est ennuyeuse, la faute à un côté contemplatif désagréable qui fait que certaines scènes s'éternisent sans raison. À la base, je n'éprouve pas réellement d'intérêt pour l'Art ou ce genre d'artiste, mais je suis ouvert à tout en matière de cinéma seulement, ce n'est pas un film très accessible avec notamment cette mise en scène et ce début poussifs qui ne facilitent vraiment pas les choses... Si le casting est bon, le film est trop lent et ne nous apprend rien de plus de ce que l'on connaît déjà même pour un novice comme moi dans ce domaine. Bref, un film qui m'a grandement ennuyé.
Jorik V

1 363 abonnés 1 952 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 8 décembre 2018
Julian Schnabel est un cinéaste qui a toujours frayé avec les arts dont la peinture dans la majorité de ses œuvres et de ses documentaires hormis peut-être dans son film le plus connu chez nous « Le scaphandre et le papillon » avec Mathieu Amalric, ici dans un second rôle. Celui qui a mis en lumière le plus contemporain Basquiat avec son film éponyme fait un énorme saut arrière dans le temps en mettant en images l’un des peintres les plus connus qui soient : Vincent Van Gogh. Le sujet a déjà été traité avec le récent documentaire « La passion Van Gogh » ou dans le film des années 90 de Maurice Pialat avec Jacques Dutronc dans le rôle titre. Un traitement naturaliste à l’époque dont « A la porte de l’éternité » s’éloigne pour un style plus contemplatif et plus psychologique. Schnabel tente de percer les démons qui habitaient l’artiste-peintre en sondant les dernières années de sa vie. Tout en se frottant à l’aspect créatif de ses œuvres.

Il n’y a pas à dire, sur ce versant, c’est plutôt réussi. Le film exprime bien la relative folie qui s’emparait de l’homme et qui, peut-être car le cinéaste se garde bien de donner une réponse, se déversait sur son œuvre. Ensuite, il reste difficile d’innover dans le domaine du biopic, même si ce film n’en est pas vraiment un, mais également dans un des sous-genres qui lui est affilié, en l’occurrence le biopic de peintres. On en a eu une flopée dont récemment « Gauguin » avec Vincent Cassel que l’on retrouve ici incarné par un Oscar Isaac pas forcément le mieux indiqué pour le rôle. Mais aussi au sein de long-métrages qui, sans être des biopics, touchent à l’essence même de la peinture comme le très beau « La jeune fille à la perle » de Peter Webber qui s’intéressait à Vermeer. Difficile d’innover dans ce domaine donc et encore plus avec l’un des plus connus d’entre eux, dont les grandes lignes de la vie sont connues de tous. Mais Schnabel fait des choix de mises en scène originaux et adaptés. Pour nous soumettre aux tourments de Van Gogh, il choisit des plans caméras à l’épaule, des plans très rapprochés ou encore une voix off qui se superpose aux dialogues en cours. Des effets de mise en scène payants et en corrélation avec ce qu’il veut nous faire ressentir. Quant au travail sur la lumière, il est impressionnant et donne au film de sublimes plans sur la campagne autour d’Arles.

Mais le metteur en scène tombe trop souvent dans le piège du contemplatif. Certaines scènes s’étirent plus que de raison. Elles pourront charmer certains spectateurs et leur envoûter la rétine mais elles en lasseront aussi beaucoup. De plus, le film est très bavard et certains dialogues semblent trop pompeux et extraits d’un cinéma d’auteur pur jus plus que détestable. Dommage, car d’autres échanges sont passionnants, notamment lorsqu’ils parlent de peinture, Schnabel ne rendant pas cet art trop abstrait pour les profanes. Willem Dafoe est impeccable dans le rôle du peintre, alternant violence renfrognée et moments candides où la folie qui habite le peintre est retranscrite avec finesse, sans excès. Les seconds rôles lui servent la soupe, c’est tout. On trouve malheureusement le temps un peu long, les passages intéressants et les choix techniques pertinents perdant face à trop de moments ennuyeux et plats. « A la porte de l’éternité » n’est donc pas le film définitif sur ce peintre qu’il aurait pu être en dépit d’un traitement tout sauf classique et tous publics.

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