Pour son second film (après le confidentiel mais prometteur "Following"), Christopher Nolan a surpris tout le monde avec ce "Memento", une oeuvre devenue culte, qui va lui ouvrir les portes de la cour des grands à Hollywood. Il faut dire que le réalisateur y fait montre d'un extraordinaire talent, et ce à bien des niveaux. Le premier de ces talents est, sans doute, l'originalité... ce qui vaudra sur l'ensemble de sa filmo. Nolan aime surprendre et, surtout, créer... même lorsqu'il s'attaque à un remake ("Insomnia") ou à une adaptation de comic (la trilogie "Dark Knight"). Avec "Memento", il fait dans la création totale (aidé son son frère Jonathan Nolan à l'écriture) et innove sur tous les plans. Son pitch ? Une idée géniale (et, pourtant, toute simple) qui voit un homme, privé de mémoire immédiate, tente de retrouver l'assassin de sa femme... soit la promesse (tenue !) d'une intrigue forte en rebondissements et autres faux-semblants. Sa mise en scène ? Un modèle de virtuosité maîtrisée où Nolan s'autorise tous les effets sans jamais être dépassés par eux (les allers-retours temporels incessants marqué par le passage de la couleur au noir et blanc, la chronologie inversé comme vecteur de twists, la voix-off...) et en nourrit son récit, par petites touches successives. Le scénario en lui-même ? Un grand moment de noirceur désespérée où on ne peut se fier à personne, même pas au héros ! Quant au casting, il a été, à l'époque, vendu comme la réunion de deux des révélations du récent "Matrix", à savoir Carrie-Ann Moss et Joe Pantoliano (très bien tous les deux, d'ailleurs, dans des contres-emplois intéressants) mais il marque, surtout, la naissance d'un monstre de présence, Guy Pearce qui porte le film sur ses épaules sans jamais faillir. Sa classe naturelle, doublé d'une violence qu'on devine à fleur de peau en font un héros atypique comme on n'ne voit peu sur grand écran (mais pourquoi est-il à ce point sous-exploité par Hollywood ?). Enfin, "Memento" se paie le luxe extraordinaire de laisser au spectateur le choix d'interpréter, comme il le souhaite la fin du film
(qui a vraiment tué la femme de Léonard ? qui est vraiment Sammy Jankis ?)
.. ce que Nolan fera, à nouveau avec, entre autres, "Inception", "Interstellar" et "The Dark Knight rises". Même le caractère un peu "brut" du film (due à son budget serré notamment) m'a plu tant il sert le propos. "Memento" est, donc, une petite merveille qui marque la naissance d'un très grand réalisateur.