Grand film de l’Actors Studio, «A streetcar named desire» (USA, 1951) d’Elia Kazan, pas moins que la trilogie du début des années 50 d’Antonioni, porte en son sein le trouble névrotique d’un monde endoloris, éclaté, reconstruit au lendemain de la seconde guerre mondiale. Tennessee Williams, écrivain de la pièce de théâtre originelle, est un grand auteur. La folie et le renfermement opaques que partagent ses personnages sont le fruit d’un monde ployé par la guerre mondiale. Le film de Kazan oppose deux grandes stars du cinéma américain : Marlon Brando et Vivien Leigh (dont l’interprétation insupportable de Scarlett O’Hara reste un douloureux souvenir). Autour de leur lutte, qui dresse violence physique contre faiblesse psychologique, Kim Hunter et Karl Malden apparaissent comme deux très grands acteurs. Films d’acteurs et de scénario, «A streetcar named desire» dispose d’une mise en scène qui, dans une grande efficacité, retranscrit parfaitement le déplacement des personnages, situe exactement les protagonistes dans l’espace pour accentuer leur impuissance à communiquer. La mise en scène d’Elia Kazan, comme souvent, est l’œuvre d’une grande rigueur. Pourtant, le dispositif scénique qui fonde la pièce de théâtre est rarement bouleversé. Hormis quelques fois où le personnage de Leigh rejoint celui d’Hunter au bowling, dans la scène du bal populaire et à l’usine, le tout se joue majoritairement dans la maison des Kowalski, conservant l’unité de lieu de la pièce de théâtre et, par ce biais, en accuse l’origine théâtrale. La musique d’Alex North et la photographie nébuleuse d’Henry Stradling Jr. participe à rehausser la valeur cinématographique de l’ensemble. L’acteur, pôle central et fascinant de l’œuvre, reste la grande réussite du film. Fruits de l’Actors Studio (à l’exception de Leigh), les comédiens réussissent à formuler, par leur geste et jusque dans la tonalité des voix, la nature viscérale des œuvres de Williams et de Kazan.