Fable sociale, conte moderne, allégorie politique... ? Heureux comme Lazzaro est tout cela et surtout et avant tout un vrai film. Avec un scénario déroutant, se permettant de nous embarquer là où on ne s'y attend jamais. Dès le début on se demande où et quand on est. Quel pays offre des paysages, des lieux pareils ? Quel siècle ? Qui sont ces gens ? Interprétés par des comédiens et des non-comédiens. On est perdus et tellement ancrés pourtant dans quelque chose qui nous semble si familier. On la sent cette exploitation du pauvre par le riche, du plus pauvre par les pauvres, on la sent, on la voit cette métaphore de notre société. Mais il y a beaucoup plus encore. Il y a cette pureté de l'image, du jeu, ces odeurs, ces bruits et puis cette poésie. Le film ne bascule jamais brutalement d'un genre à un autre, il nous porte, nous fait glisser. On n'attend rien, on se laisse guider. On ne se demande pas où on va, on y va. Le coeur palpitant. Et quand ça s'arrête on voudrait tellement être entourés de Lazaro et surtout que tous les autres n'existent pas. J'ai été profondément ému et bouleversé par ce film qui devrait servir de support à toutes les analyses politiques de la lutte de classe, tellement il frappe juste et fort. La bonté naturelle est une notion qui n'est pas assez prise en compte et qui, dans ce film, est parfaitement démontrée et expliquée et, à l'opposée, la bêtise et la méchanceté, le sont de la même façon. Avec un naturel qui pourrait être pris pour le naïveté s'il n'y avait cette maîtrise cinématographique qui vient étayer une véritable réflexion, un travail artisanal qui sent la sueur et la maîtrise du geste. Ce film est un grand film sur le physique, le charnel aussi. Chaque personnage est tellement physiquement présent. C'est époustouflant de présence ! Je ne peux rester qu'à la surface du film pour en parler tant toute description de telle ou telle scène pourrait être considérée comme un spoil. C'est une des forces du film aussi : c'est un tout, absolu. Une entité. Une oeuvre d'une personne dont la nationalité importe peu tant elle a un langage universel. Marchez, marchez comme Lazaro pour voir ce film, urgemment, car il ne sera sûrement que très peu programmé.