Ai vu "Enorme" comédie grinçante et décalée de Sophie Letourneur. Le titre est atroce, l'affiche peu engageante et la bande annonce guère mieux... C'est en entendant parler Marina Foïs des conditions originales de tournage que j'ai eu envie d'aller voir ce film. Et bien ce fut une agréable surprise. Le film n'est pas du tout le produit télévisuel racoleur qu'on pourrait avoir peur de voir. Le film utilise la grammaire cinématographique du documentaire et principalement le champ-contre-champ. L'image est carrée comme le bon vieux 35 mm. Le montage est incisif et excellent et Dieu merci pas de voix-off, une toute petite équipe de technicien (5) et pas de maquilleur et coiffeur et cela se voit... et ça fait du bien. Les deux seuls acteurs professionnels Marina Foïs et Jonathan Cohen ont improvisé certaines scènes d'après des improvisations faites avant le tournage par des amateurs. Ici les sages femmes sont des vraies, la prof de piano, le chaman, la médiatrice... idem, ce qui donne un côté reportage intéressant, naturel et dynamique. Il faut dire que Marina Foïs propose également une partition incroyable de justesse et envahit l'écran par son effacement progressif jusqu'à frôler l'annihilation la plus totale. Claire Girard, le personnage principal, est une pianiste internationale qui a laissé à son mari déjà très envahissant par nature, le monopole qui frise la dictature, de gérer toute sa vie... il est son agent, son cuisinier, son manager, son intendant, son mari et répond à sa place à toute les questions comme pour une enfant. Cet homme est vampirique voir même toxique. Claire n'a pas de place dans sa vie de concertiste pour un enfant, ni par gout ni par choix, la maternité est un dossier depuis longtemps classé pour elle. Mais comme beaucoup d'artistes uniquement auto-centré sur leur art, Claire a tout délégué, voir ici jusqu'à la distribution de sa pilule quotidienne. Frederic Girard ne vit que par procuration une vie d'artiste, de voyages, de rencontres intéressantes grâce à sa femme... et plus le temps passe plus il étouffe sa femme qui se retrouve à n'être que 10 doigts sur un piano avant de n'être qu'un ventre à partir du jour où il aura remplacé les pilules par des sucrettes. Le film parle avec justesse des "traumas" de certains artistes musiciens et de la vie de couple qui va avec. Le long métrage après une première partie qui est vraiment sur le mode de la comédie devient beaucoup plus grinçant et acide dans sa deuxième partie concernant la maternité... où l'on parle aux femmes dans les maternités comme à des enfants, où 5 sages femmes se relaient pour le même accouchement en fonction des heures de travail, du non désir de maternité chez certaines femmes incomprises par la société pesante à ce sujet, du poids pénible et insupportable de la phallocratie même quand ça part d'un bon sentiment... Entre ces deux parties quelques longueurs et quelques scènes loupées car un peu grotesque. Pas un chef d'oeuvre mais certainement ce qui se fait de mieux dans la comédie française écrite, rigoureuse, maitrisée, drôle mais qui fait réfléchir en posant de vraies problématiques.